Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
                       Partageons nos plaisirs. Vous lisez ! J'écris !      

            Textes courts                

                                                   

              Mythologies 

                



    Caravane.       
 
    Vous savez tous que le dromadaire fut pendant longtemps le seul moyen de transport de l'Orient. On peut, parait-il le charger de cinq cents kilos de matériel sans lui rompre les rotules. En plus c’est un animal très gentil, aimable et serviable qui pour salaire se contente de peu. Du foin et de l’eau forment l’essentiel de son menu et au dessert quelques feuilles de figuier de barbarie sont les bienvenues mais non obligatoires. Bref le parfait ouvrier.
    Dans les temps très anciens il ne pouvait conserver, comme aujourd'hui, ses réserves de nourriture et de boisson dans le corps magnifique et fusiforme qu’il avait alors. J'ignore d'ailleurs encore aujourd’hui où mon propre dromadaire fourre tout ce qu'il avale. Bref, en ce temps-là, le dromadaire mangeait au jour le jour, comme vous et moi. Et comme vous et moi, il se déplaçait en caravane de plusieurs milliers de dromadaires sur plusieurs milliers de kilomètres. On appelait cela bosser.
    Or il advint que dans une caravane réputée pour son rendement, les dromadaires se trouvèrent très mécontent de la nourriture. Un peu comme dans « Le cuirassé Potemkine » si vous voyez ce que je veux dire. Ils se concertèrent, élirent des représentants, créèrent une coordination inter-caravanes, puis organisèrent un défilé en prenant grand soin de placer les plus sots devant, comme c’est l’usage. Le défilé des dromadaires n'inquiéta pas les patrons qui refusèrent, dans un communiqué forcément laconique, de changer ne serait-ce qu'un grain de mil dans ce qui leur était donné en pâture. Tout au plus proposèrent-ils de déplacer la fréquence du ferrage, on ferrait les dromadaires à cette époque cruelle, et la porter à 2,6 fers par ans et par dromadaire au lieu des 2,5 actuels. Les dromadaires firent la grimace, blatérèrent un bon coup puis jetèrent leur bât par terre et cessèrent le travail. Au bout de quinze jours et deux vents de sable, tous les observateurs étrangers présents constatèrent que non seulement la caravane était paralysée, mais qu’elle était aussi tout à fait ensablée. Chacun, comme on dit, "campait sur ses positions". Il fallait sortir de l'enlisement. Un dromadaire pas trop bête, sachant que sa valeur marchande n'était pas négligeable, proposa alors une grève de la faim. Les dromadaires avalèrent tout ce qu'ils purent d'eau et de médiocre foin puis se couchèrent sur le flan en se faisant une mine de circonstance. C’est à dire de martyr.
      Huit jours plus tard, ils se portaient comme des charmes. Mieux, lourdeurs, ballonnement et surtout flatulence qui est comme on sait la maladie chronique des dromadaires, avaient disparu. Vous pensez bien que les patrons avaient, eux aussi, observé la chose avec attention. Ils acceptèrent d'un coup toutes les revendications fourragères de leurs animaux, à la condition que leur pitance soit distribuée désormais tous les huit jours. Pour les patrons le gain pouvait s'évaluer ainsi : premièrement une économie d'un soigneur et des charges sociales afférentes, deuxièmement une économie substantielle sur le transport, le stockage et la surveillance du foin. Les dromadaires, la mort dans l'âme, reprirent le travail, furent nourris tous les huit jours et naturellement de plus en plus mal.
       Moralité, n'écoute pas l'imbécile qui croit avoir une idée de génie. Contente-toi de marcher derrière l'autre, car c'est comme ça que la caravane passe.
 
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    Pauvre Joseph.
 
   J'ai bien connu la vierge Marie. Vierge ? vierge... C'est vite dit. Contrairement à ce que l'on croit, elle n'est pas née à Rome, ni dans les environ d'Ephèse, encore moins en Palestine. Elle est née à New Sodome où ses parents avaient une belle maison entourée de vignes dans le quartier grec, près du port. Ces idiots d'orientaux passent pour tenir fort à l'hymen des filles qu'ils épousent, et le vieux Joseph, le promis de Marie, n'échappait pas à la règle. S'il avait su de quelle manière elle s’amusait avec les garçons...
  Enfin ce n'est pas à moi de médire sur une fille plutôt sympa que tout le monde aimait dans New Sodome. On savait aussi que ça ne pouvait pas tenir bien longtemps cette promesse de mariage avec ce rustre de Joseph. Elle aimait trop s’amuser. Et puis, il y avait Gabriel toujours à roder près d’elle, à lui faire des courbettes et des génuflexions. Beau celui-là, comme un joueur de tennis, et qui savait parler aux femmes. Alors ce qui devait arriver arriva, malgré toutes les précautions prises, Marie est tombée enceinte.
   Croyez-moi si vous le voulez, mais elle a fait gober une fable incroyable à ce pauvre couillon de Joseph. Une histoire à dormir debout d'ange et d'annonciation, comme quoi elle avait été sélectionnée par Dieu et patin couffin. Par Dieu ! Et pourquoi pas par la télévision française tant qu'elle y était !  Joseph est tombé dans le panneau et à cru mordicus que le chérubin était d'essence divine. C'est pas moi qui arriverais à faire croire des choses pareilles à mon mari. Ce cher Thomas est bien trop méfiant !
  
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    Sacré H. !
  
   On peut dire de lui, d’Adolphe H., qu'il fut le promoteur de la petite moustache carrée. Une idée qui lui était venue en allant voir jouer un comédien anglais, un certain Charlot (prononcer Tcharlotte) qui possédait la même, ou presque. Après que cet Adolphe H. soit devenu un écrivain célèbre, malheureusement totalement dépourvu d'humour, toute l'Europe se mit à porter la petite moustache carrée qui dégénéra parfois en grosse tombante, en hirsute ou en touffe grossière façon Nietzsche.
   Une autre des caractéristiques de l'esprit géomètre de cet Adolphe H. était la volonté qu'il manifestait de passer tout le monde à la toise. Il aurait voulu que tout un chacun fut classé selon sa taille, ce qui est, il faut le reconnaître, une manière relativement honnête et incontestable de catégoriser les individus. C'est pourquoi il se promenait souvent en levant le bras. Il fit des adeptes par millier qui, à leur tour, se mirent à lever le bras pour toiser, ou métrer pour parler moderne, d'autres gens qui eux aussi… et ainsi de suite.
   Au bout de quelques années, il finit par épuiser jusqu'à ses amis et ses admirateurs les plus convaincus à force de leur demander de lever le bras. Il se mit alors à hurler après eux en roulant des yeux furibonds qui découragèrent même ceux qui l'aimaient vraiment. Et puis pourquoi s'obstiner à vouloir parler allemand et le faire apprendre à toute l'Europe ? Une langue qui ne semble faite que pour appeler les vaches au fond des grandes plaines russes.
 
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Chère Jeanne.
  
   Cette Jeanne! Quelle grosse plouc, tout de même ! Et sotte comme ses oies. Qu'elle soit encore vierge à seize ans ne m'étonne pas du tout. Il fallait voir sa dégaine avec ses bas bleus et ses sabots, son fuseau à filer et son paquet de laine dans les bras, on aurait dit qu'elle transportait de la barbe à papa. Elle s'habillait comme une bonne soeur, avec du gros drap gris militaire et des cols en fourrure de chat. La mode, pensez, était au velours fin et à la zibeline.
Son pire défaut était encore cette espèce de stupide innocence, cette cervelle creuse qui l'amenait à croire tout ce qu'on lui racontait. On ne s'en est pas privé avec les copains. Ce qu'on a pu lui faire gober à la Jeanne ! Qu'il fallait qu'elle sauve le royaume, qu'elle fasse couronner le roi ! Et d'autres conneries du même tabac.
   On se cachait derrière la haie où elle avait l'habitude, au petit jour, de venir faire ses petits besoins. On se faisait passer pour Sainte Marguerite et Sainte Geneviève en contrefaisant nos voix. Et elle y croyait l'ébaubie. Elle roulait ses gros yeux bleus en nous montrant son derrière blanc, qu'elle avait généreux par parenthèses. On riait après coup à s'en faire péter la boyasse.
   Puis un matin elle est partie. Longtemps après on a su qu'elle était au service d'une dame, du côté de Patay. Aux dernières nouvelles elle accompagne les armées du roi de France, comme cantinière. C'est une situation qui peut mener loin si on a du savoir-faire et des copains hauts placés.
 
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BHL PLV.
 
   Il était une fois, Salman Rushdie, en blanc et l'Ayatollah Komeiny, en noir. Le premier écrivit que l'ancêtre du second, ou le supposé tel, n'était pas aussi dépourvu de défauts qu'on voulait bien le faire croire. En particulier, il aurait oublié de relire certains passages du bouquin qui faisait son succès et qui semblait bourré de coquilles. Les scribes de l'époque n'étaient pas plus doués que nos dactylos d'aujourd'hui. Ces scribes, paraît-il, se seraient trompés en retranscrivant les paroles de l'ancêtre sur des omoplates de chameaux. Pas de quoi fouetter un chat si le gars en noir n'avait pas juré ses grands dieux que tout était ok, même les bourdes des scribes étaient ok. Ce qui faisait bien rigoler le gars en blanc.
   Alors le gars en noir à jeté une malédiction au gars en blanc et en a fait une sorte de jeu à l'échelle du globe qu'il a appelé Fatwa. (De Fat : "gros lard" en anglais et de Wa : "on va bien rigoler" en patois saoudien). Il est dit dans ce jeu que le premier qui ramènera les testicules du gars en blanc au mec en noir, aura droit à un aller simple pour le paradis en première classe. Il faut croire que la vie sur terre n'est pas digne d'être vécue, car il y a eu des candidats à la pelle.
  Entre les deux, un troisième mec s'est glissé, BHL est-il nommé, ce qui signifie dans sa langue "Habillé de noir et de blanc". Son idée, c'est d'amener chez lui le gars en blanc, sans que le gars en noir ait à y redire. Autant avouer que le genre de jeu auquel veulent nous faire participer le type en blanc, le mec en noir et le gars en noir et blanc n'est pas très passionnant. D'ailleurs chez moi tout le monde s'en fout !
  
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Pauvre Hitchcock.                                                    
  
  Je l'ai vu lorsque j'ai voulu fermer mes volets. C'était un oiseau un peu plus gros que mes deux poings, avec un plumage sombre et terne et une curieuse aigrette rose. Rien de plus normal, me direz-vous. Attendez, je me dois d'ajouter que la nuit était tombée depuis une bonne heure quand je l'ai aperçu. Une chauve-souris alors ? Impossible, nous étions en février. Une brume de givre, que la lumière de ma chambre nimbait de jaune, coiffait le squelette de mon cerisier.
  L'oiseau a traversé cette brume à plusieurs reprises. Un trait noir, rapide et vif. Il cherchait une proie. Mais quelle proie en cette saison et à la nuit tombée ? Les oiseaux ne chassent pas la nuit ; sauf les hiboux ou les chouettes me direz-vous. Rien à voir avec un hibou ou avec une chouette. Je dirais plutôt qu'il ressemblait à une grosse pie ou un gros corbeau, avec un bec clair, très long et très pointu, et une aigrette. Il s'est posé sur une branche, devant mon nez et à portée de ma main, pas effrayé le moins du monde par ma présence.
 C'est à cet instant que j'ai vu ses yeux. Ils étaient d'un rouge intense et flambaient comme deux braises. Il m'a bien regardé, m'a soupesé si je puis dire, et j'ai cru y discerner comme une lueur de férocité gourmande. Que je tombe raide mort si je mens, mais un frisson d'angoisse m'a parcouru. À cet instant, le ciel s'est empli de cris aigus et de battements d'ailes saccadés et puissants. Comme si des milliers d'oiseaux qui auraient patienté au-delà des nuages, cherchaient maintenant à se poser.
  C'est alors que j'ai entendu une voix énorme tomber du ciel qui disait : "T'as rien à craindre patate, ce n'est pas du Hitchcock, on est des anges qui allons à un bal costumé ; non mais, en v'la une gourde..."

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  Papillons.
 
 On dit que la plupart des papillons voyagent la nuit et qu'ils sont capables, en période de fécondation, de sentir l'odeur d'un congénère à plusieurs kilomètres de distance. Près de M. on raconte que ces insectes, qui sont par la couleur et la forme de leurs ailes des merveilles de la création et passent d'ordinaire pour les animaux les plus innocents qui soient, quittent durant une seule nuit de juin les marais avoisinants pour s'envoler en bandes compactes.
  Ce sont plusieurs millions d'individus qui se déplacent ainsi dans une unique nuit. Ils suivent des itinéraires qui semblent capricieux, en évitant les routes et les voies de chemin de fer. On ignore où ils vont. On cite seulement le cas de dizaines de nourrissons étouffés par ces lépidoptères qui, dans la nuit, se posent sur leur corps.
  Ils y demeurent presque immobiles, serrés comme les pétales d'une jeune rose, battant à peine des ailes. On croirait qu'une brise imperceptible fait palpiter une soie chatoyante oubliée sur les petits corps. Ils attendent là je ne sais quel évènement surnaturel et meurent en même temps que l'enfant.

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Vacheries.
 
   Beaucoup soutiennent que les vaches batifolent très peu et seulement pour exprimer un contentement purement viscéral. Pourtant rien ne ressemble plus à un jeu que cette étrange manifestation bovine observée par les habitants du village de S. en Charente. Chaque jour depuis deux mois, le troupeau à peine arrivé dans son pré se scinde en deux groupes. Un groupe se dirige vers l'est, jusqu'à atteindre la clôture en fil de fer barbelé. Tandis que l'autre, de la même manière tranquille se dirige vers l'extrémité opposée, l'ouest par conséquent. Puis chacun fait face à l'autre.
C'est alors qu'une vache quelconque s'élance vers ses semblables d'en face. Cependant, au lieu de se mélanger aux autres, elle les contourne en meuglant comme une désespérée. Elle ne s'arrête qu'au bout de la file. Le manège se poursuit alternativement d'un groupe à l'autre jusqu'à ce que les vaches placées à l'est se trouvent à l'ouest et vice versa. Et toujours en meuglant. Les habitants de S. jurent observer ces curieux agissements chaque matin. Ceci fait, les animaux se mettent à paître paisiblement comme des vaches ordinaires.
   On parle dans les journaux locaux de vaches droguées, de radiations émanant du sol, d'une plante inconnue qui obligerait les ruminants à cette étrange cavalcade. Les examens du terrain et des animaux n'ont pourtant rien donné. Les mauvaises langues murmurent que le propriétaire du troupeau se débarrasserait de la râpe de ses raisins en la donnant en pâture à ses vaches avant qu’elles ne quittent l’étable. Balivernes. Le seul élément positif relevé par les gendarmes qui mènent l'enquête, c'est que le pré jouxte le terrain de sport où l'équipe locale de rugby vient trois ou quatre fois par semaine s'entraîner.
  Jusqu'à aujourd'hui seuls quelques singes imitaient l'homme, mais si les autres bestioles s’y mettent, il faudra s’attendre à des surprises. On n’est pas sorti de l’auberge, c'est moi qui vous le dit.

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Le guide.
        
  Le guide nouveau a les épaules carrées de couleur noires. Quelquefois, sa carcasse tremble fortement quand roule le métro ou passe un autobus mais il sait promptement se ressaisir et s'il a peur, il n'en laisse jamais rien paraître. Emporté par sa rage de convaincre, il est indifférent aux incommodités. Par exemple, chez moi où se mêlent tant d'odeurs désagréables, tout au plus me recommande-t-il parfois un désodorisant, avec beaucoup de tact et de musique.
   Le guide nouveau garde toujours une voix délicieusement calme et rafraîchissante. Il ne se montre jamais aux balcons. Non qu'il déteste la foule, mais il préfère l'intimité d'un tête-à-tête ou une petite réunion de famille. Vous avez, naturellement, le droit de lui couper la parole, mais ne vous étonnez pas alors s'il continue son discours chez votre voisin

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 Religion.        
 
  Beaucoup de gens aspirent à me rendre heureux et veulent, à toute force, m'aider à y parvenir. Certains utilisent la menace : Si vous ne changez pas de comportement vous grillerez sous le feu ardent venu du ciel. D'autres me voient gonflé de gaz carbonique et privé définitivement de baleines, de mouettes ou de pins sylvestres ! Juste ciel, qu'ai-je fait pour en arriver là ! De plus généreux veulent bien fermer les yeux sur mes erreurs à condition de m’employer à combler le vide indiscutable de mon existence par un amour clairement manifesté pour les animaux utiles ; à commencer par ceux qui se nourrissent de CAL. Comme chacun sait, ce CAL n'est que de la viande de chevaux sauvages et de kangourous surnuméraires, Dieu merci.
  Enfin, mon médecin est désormais si près de moi que je sens son souffle froid et attentif sur ma nuque. Après m'avoir exploré le corps puis la conscience, le voici qui se charge de ma foi en m'enseignant ce que tant d'années de catéchisme n'avaient pu faire : la véritable charité chrétienne des ONG qualité France. Admirable saint civique qu'il faudra bien canoniser un jour.
  J'allais oublier mon avocat, remarquable gestionnaire du temporel, encore au nid, certes, et dont le bec est encore bien fragile mais qui s'apprête à grandir, grandir, grandir...
 
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Pécheurs et pécheresses.
 

 
 
   Qui n'aime pas assister à une naissance ? Pas celle d'un bébé, naturellement, pouah ! Il n'y a que les bonnes femmes et les gynécologues pour trouver ça chouette, sympa et super. Je parle de la naissance des poissons dans la rivière qu'il y a au coin de chez moi.
   L'évènement se produit en automne. Je suppose que les parents ont dû niquer au printemps comme tous les mammifères. Bon, passons. Il faut être patient, c'est indispensable car on ne sait pas si l'événement aura lieu le 9 ou le 10 octobre, à cause de la fin des dernières règles des poissonnes qui n’est pas bien connue. A 7 heures du matin pile, le 9 ou le 10, voilà la surface de l'eau qui se met à bouillonner. Des dizaines de milliers de petits poissons viennent crever la surface de l'eau pour prendre leur premier repas. C'est attendrissant et merveilleux, tant d'espoirs reposent sur cette frétillante jeunesse.
  Hélas, les mioches ne sont pas plutôt attablés qu'ils se font bouffer à leur tour par de plus gros. Les grands frères sans doute. Lesquels disparaissent dans la gueule d'encore plus gros. Magnifique, disent les pêcheurs qui déplient leurs gaules. Il ne reste plus aux spectateurs qu'à s'en aller le coeur gros. "Ils sont cons ces poissons, dit quelqu'un, s'ils n'avaient pas un foutu penchant pour la partouze, leurs gosses ne naîtraient pas tous en même temps".

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