Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
                       Partageons nos plaisirs. Vous lisez ! J'écris !      

                      Petite histoire de la prostitution en France.

 

                                              
 
 

                 






   Évitons de considérer la prostitution comme le plus vieux métier du monde. Le shaman, ou le sorcier, exercèrent leurs talents, me semble-t-il, bien antérieurement. Le métier de la prostitution, car métier il y a dès lors qu’il nourrit la prostituée et délasse le client, existe tout de même depuis fort longtemps. Il est de bon ton aujourd’hui de parler de la prostituée comme l’esclave d’un métier dangereux (?) et peu ragoutant. Il en est d’autres. Le vidangeur, par exemple, n’a-t-il pas un travail repoussant ? Et le tueur des abattoirs ?  Et pourtant ils font leur boulot sans s’attirer l’opprobre ou le mépris populaire. De tout temps la prostitution fut attaquée, plus ou moins violemment par les moralistes et admise, si ce n’est encouragée, par les hygiénistes.

Morale et prostitution :
  « La morale est la science des lois naturelles », disait Diderot. J’ajouterai qu’elle est censée définir ce qui est le Bien ou ce qui est le Mal selon la culture du moment. Par exemple, en occident selon une règle morale commune, la femme est dite l’égale de l’homme. Ce qui n’a pas toujours été perçu ainsi et ne l’est pas en Arabie Saoudite. L’État français a repris ce jugement pour l’encadrer dans une série de lois rendant cette égalité intangible. Les moralistes, en se fondant sur le sacré, la foi, l’idéologie ou la tradition, prônent, avec plus ou moins de rigueur, l’application de ce qu’ils considèrent comme étant le Bien. Ce qui a conduit a de redoutables excès à travers les âges car le bonheur, moteur de leurs exigences, n’était pas toujours au rendez-vous. L'hygiénisme, de son côté, est un ensemble de théories politiques et sociales dont le principe est de concevoir les règles de préservation de la santé publique. Les hygiénistes considèrent, entre autres choses, que la morale ne doit pas s’appliquer au détriment de la santé physique et mentale des citoyens. Cible de la colère des moralistes, tantôt légitimée, tantôt pourchassée, la prostituée est passée du statut de servante des dieux dans l’antiquité à celui de pauvre fille mise au ban de la société au XIX et XXème siècle. Dans l'histoire profonde de la France le monde antique, et en particulier la Grèce et Rome, eurent une influence décisive qui rejaillit sur notre monde contemporain, il est donc naturel d'examiner ce qu'était la prostitution avant la chrétienté.

La servante des dieux :
  Epousailles mystiques en Mésopotamie, des femmes attachées au temple d’Ishtar la prostituée sacrée, déesse de la fertilité, l’honoraient en s'accouplant avec tout le monde. Hérodote prétendait que les femmes mariées de Babylone devaient obligatoirement coucher avec un étranger à la cité, une fois au moins dans leur vie moyennant rétribution. Coutume qui probablement favorisait le mélange des gènes dans une population plus ou moins fermée.
  À l’époque romaine les prostitués, hommes et femmes, étaient avant tout des esclaves qui gagnaient ainsi leur quotidien dans des lupanars consacrés à l’amour vénal. Très peu appartenaient à la classe des hommes libres, c’étaient dans ce cas des courtisans et courtisanes chargés d’animer les fêtes et les banquets couteux. En Inde il existait, raconte Marco Polo, une caste de femmes, les devadasi, qui depuis des temps immémoriaux dansaient nues pour réconcilier les dieux entre eux, gage de fertilité et de bonnes moissons. Les anglais mirent fin à ces pratiques sans toutefois parvenir à ce qu’elles disparaissent totalement. Véritables courtisanes, elles jouissaient de privilèges dans leurs activités sexuelles auxquels les femmes mariées n’avaient pas accès.  
  Les grecs naturellement avaient leurs prostituées car la prostitution était une composante économique importante pour l’état. On attribue au pseudo Démosthène (IVème siècle avant JC), ce classement des femmes en trois catégories : Les prostituées pour le plaisir, les concubines pour les soins de tous les jours et l’épouse, gardienne du foyer, pour avoir une descendance légitime. Je ne suis pas certain que cette classification aujourd’hui serait approuvée non seulement par les féministes mais aussi par les femmes dans leur ensemble. Les grecs disposaient de maisons spéciales assimilées aux lupanars, les dicterions, voulus par Solon (640-558 avant JC) l’un des sept sages de l’antiquité, où l’on pouvait rencontrer femmes, enfants et jeunes hommes, tous esclaves. Oui, vous avez bien lu : enfants et jeunes hommes (pédérastie). Le prix d’une passe était dérisoire, une obole, ce qui permettait l’accès du lupanar au plus pauvre, ce qui satisfaisait les hygiénistes de l’époque.
   Dans "Les Adelphe", une pièce de Térence, l’auteur fait dire à l’un des personnages :« Toi, Solon, tu as fait là une loi d’utilité publique, car c’est toi qui, le premier, dit-on, compris la nécessité de cette institution démocratique et bienfaitrice, Zeus m'en est témoin ! Il est important que je dise cela. Notre ville fourmillait de pauvres garçons que la nature contraignait durement, si bien qu’ils s’égaraient sur des chemins néfastes : pour eux, tu as acheté, puis installé en divers endroits des femmes fort bien équipées et prêtes à l’emploi. […] Prix : une obole ; laisse-toi faire ! Pas de chichis ! Tu en auras pour ton argent, comme tu veux et de la manière que tu veux. Tu sors. Dis-lui d'aller se faire voir ailleurs : elle n'est rien pour toi. »
  La religion chrétienne et ses prêtres mirent bon ordre dans tout ça. Finies les danses pour les déesses, fini le libre arbitre en matière de choix sexuel, fini la recherche du bonheur ! Paul de Tarse, -saint Paul- dans ses lettres, oppose vigoureusement l’esprit à la chair et déclare que la concupiscence est un péché qui éloigne de Dieu celui qui s’y adonne. Le péché de chair venait d’être inventé et comme toute « idéologie » qui se respecte, l’objectif était d’imposer un changement de société en agissant sur les mentalités et les moeurs. Dans le respect toutefois des lois et de l’autorité laïque : « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu ».

La religion chrétienne et les prostituées :
  Eve, fut déclarée par l’église sexuellement perverse car coupable de la chute biblique d’Adam. Fort de ce principe, et en vertu des Écritures et de saint Paul, le clergé se donna pour mission de réglementer la copulation de ses ouailles. C’est ainsi que depuis l’origine de la chrétienté, et durant vingt-cinq conciles, l’église exigea de ses croyants la chasteté (la continence) avant le mariage, condamna le plaisir sexuel chez les couples mariés et interdit les positions qui ne servaient pas uniquement à la reproduction. « Il faut seulement avoir des relations conjugales pour l’amour d’engendrer des enfants et non pour la luxure » (Tobias-16-17-22) … Voilà pour la morale… Ce qui favorisa la prostitution car la prostituée était censée apporter au mari le plaisir que l’épouse lui refusait.
  En 503 le bréviaire d’Alaric roi des Wisigoth, un abrégé des lois romaines, et les lois de Justinien en 533, tout en déplorant la prostitution n’interdirent pas le proxénétisme mais le condamnèrent moralement. Charlemagne se montra extrêmement sévère pour les prostituées, sans ralentir la prostitution d'un iota. Plus tard et au Moyen Age les viols étaient courants car les jeunes gens partaient en bande « chasser la garce » et se conduisaient comme des voyous auprès des femmes célibataires, veuves ou délaissées. C’est donc pour contrer ces abus que les autorités encouragèrent à leur tour la prostitution, aidées en cela par les seigneurs et favorisée par les bons offices des religieux et religieuses.
  La contradiction entre la prostitution tolérée et l’adultère ou le concubinage, tous deux interdits par l’église, était pourtant flagrante. Ce fut résolu en admettant que le paiement de l’acte dédouanait le ou les coupables. Comme le plaisir entre époux était condamné et puisque le mari se satisfaisait chez les ribaudes, l’épouse eut des amants. Amants ou prétendants suivant les codes de l’amour courtois. Au XIIème siècle, Guenièvre, épouse du roi Arthur, a pour amant Lancelot du Lac, selon Chrétien de Troyes (in Le Chevalier de la charrette), et plus tard, mais dans le même esprit, madame de Rênal en 1830, mère de famille, prend son plaisir dans les bras du jeune Julien Sorel précepteur de ses enfants. (Stendhal : Le Rouge et le Noir.) Ce sont des personnages de roman mais ils reflètent les mœurs de l’époque. Du XIIème siècle au XVème siècle la chrétienté admettra la prostitution comme un moindre mal.  
  Au XIIème siècle, comme nous l’avons écrit, l’église et les autorités civiles, soucieuses de « bonheur et de tranquillité » organisèrent et règlementèrent la prostitution. Et au XIVème siècle en tirèrent un impôt qui enrichit villes et communautés religieuses. Les monastères, les chapitres avaient leurs lupanars ; dans les villes « les maisons de fillettes et les maisons municipales de prostitution » remplissaient ce même rôle. Chaque candidate à la prostitution, devait jurer qu’elle était là de son plein gré et promettre d’offrir de bons et loyaux services. Des fortunes se firent chez les tenanciers, -bourgeois, clergé et seigneurs-, les cités s’enrichirent et institutionnalisèrent la chose. Tout le monde y trouvait son compte même le pape Sixte IV y eut recours.
   Jeanne d’Arc, sans grand succès, voulut chasser les prostituées hors de son armée. « Si les soldats n’ont pas de femmes, ils abusent des hommes » écrivait un théologien, ce que Jeanne devait ignorer ; ou rechercher car selon les grecs les couples d’amants étaient meilleurs au combat.  Comment savoir, en dehors des lupanars, qui est prostituée ? Par le nombre des amants, répondaient certains théologiens, ce qui les opposa à de plus tolérants qui ne voulaient pas mettre à la rue des femmes de « bonne moralité » qui hélas fautaient plus souvent qu’à leur tour.

La santé des prostituées :
   Elles étaient censées ne pas pouvoir procréer. Les médecins de l’époque leur attribuaient un vagin trop élargi et encrassé, voire surchauffé, qui ne pouvait retenir la semence. Si l’accident arrivait malgré tout, les autorités prenaient soin de la mère et de l’enfant. Barbiers et matrones vérifiaient périodiquement la santé des filles, remplacés plus tard par un médecin officiel.

Et les courtisanes ?
   La courtisane n’est rien d’autre, sur le fond, qu’une prostituée. Éduquée, lettrée, nombre d’écrivaines, poétesses, actrices et chanteuses furent courtisanes et ce jusqu’à nos jours. C’est le côté idéalisé de la prostitution mais qui cache surtout un amour de l’argent et des honneurs. Parmi les courtisanes célèbres, Marguerite Steinheil, fut baptisée « La Pompe funèbre » à la suite de la mort de l’un de ses amants, le président Félix Faure, qu’elle envoya ad patres d’une fellation trop enlevée. Citons aussi au XVIIème siècle Marion Delorme, Ninon de Lenclos et au XIX et XXème siècle Liane de Pougy, La Païva, Marie Duplessis, Lola Montès etc. Ces femmes, comme la Dame aux camélias, préfigurèrent la femme libre d’aujourd’hui.

La prostitution mise au ban :
  Le XVIIème siècle devrait-être baptisé « Le siècle des dévots et des Tartuffes » appellation plus conforme que « Grand siècle » en raison des mouvements moraliste et religieux anti-prostitution et du resserrement des mœurs, hors de la cour s’entend. Un siècle où s’épanouirent des personnalités mystiques comme Blaise Pascal et saint François de Sale, où s’imposèrent les jansénistes austères de Port-Royal et les grands prédicateurs chrétiens comme Fénelon et Bossuet. Dans ce siècle les dévots s’opposaient aux libertins, ces derniers, des libres penseurs ébranlés par les guerres de religion, la condamnation au bûcher de Michel Servet et de Giordano Bruno par l’église, prônaient un refus des dogmes, en particulier religieux, et revendiquaient la liberté de conduire leur vie comme bon leur semble.
  Déjà au siècle précédent les maisons publiques, et la prostitution, commencèrent à être interdites en raison de la progression rapide de la syphilis, ou mal de Naples, ramenée d’Italie par les soldats. On soignait alors les patients atteint de ce mal dans les hôpitaux, mais pas les prostituées qui en étaient les vecteurs. Louis XIV mit en place une répression d’état qui devait coûte que coûte éradiquer la prostitution et arrêter la progression de la syphilis. La délation était au cœur de l’action policière qui procédait par rafles. Les jugements, parodiques, aboutissaient à des internements ou à l’exposition en place publique. On construisit à Paris un hôpital à l’emplacement d’un arsenal, la Salpêtrière, destiné aux mendiants et aux prostituées, véritable camp de concentration et de répression où elles étaient conduites en charrette et le crâne rasé sous les huées de la plèbe Les ordonnances royales de 1684 durcirent encore cette répression et la prostituée devint une criminelle et traitée comme telle. Les enfants, en particulier les jeunes filles qui s’adonnaient à la prostitution furent elles aussi internées à la Salpêtrière et les garçons de moins de 25 ans à Bicêtre. Plusieurs d’entre elles se firent religieuses, d’autres restèrent incarcérées ou furent déportées vers les colonies du Nouveau Monde. En province on construisit également des asiles -Les Dames Blanches à La Rochelle- tenues par des religieuses qui abritaient pour un temps plus ou moins long, les femmes infidèles, en concubinage, débauchées et prostituées qui étaient surveillées par des nones ayant fait voeux de chasteté. Nous sommes au siècle des lumières...
  Mais comme toujours, la prostitution survécu dans des bordels plus ou moins clandestins et dans la rue. Pour passer inaperçues les filles s’habillaient comme les femmes du monde et se mêlaient à la foule sur la place Royale ou aux Tuileries, draguant toutefois sans se cacher, la police exigeant sa part du trafic pour fermer les yeux. Ce qui bien entendu n’arrêta pas la progression des maladies sexuellement transmissibles. À l'hôpital, pour tout soin on se contentait de fouetter une fois par jour les malades parce qu’ils, ou elles, avaient péché.

L’âge d’or des maisons closes :                 
    En 1804 le Consulat posa les bases d’un système réglementaire où les prostituées devaient être fichées et suivies médicalement, qu’elles travaillent dans la rue ou en maison. Ces maisons dites "closes", devaient être tenues par des femmes; les filles, ou femmes publiques, étaient impérativement volontaires, elles payaient leur visite au dispensaire et ne pouvaient sortir que décemment vêtues avec interdiction d’adresser la parole aux hommes. Les maisons closes étaient sous la responsabilité des municipalités. En 1811 on mit en place un contrôle de salubrité de ces maisons qui imposait une chambre et des toilettes individuelles. Le médecin hygiéniste Alexandre Parent-Duchâtelet en 1836 , établit un règlement définitif sur les maisons de prostitution et les traitements à apporter à la syphilis pour la ville de Paris (1). « Les prostituées, dans une agglomération d’hommes, écrit-il, sont aussi inévitables que les voiries et les dépôts d’immondices ».  En 1837 fut créé la brigade des mœurs dissoute en 1881 à la suite de scandales impliquant des policiers maîtres chanteurs et racketteurs. L’intervention des municipalités était assez variable, certaines taxaient les maisons closes à outrance.
  Dans la rue, la prostitution, était plus difficilement contrôlable qu’en maison. Aussi les filles, les insoumises, étaient-elles harcelées par la police, fichées et souvent incarcérées dans des hôpitaux-prisons pour des motifs futiles. Mais aussi parfois pour avoir masqué leur syphilis. Malgré la réglementation, les maisons closes n’étaient pas exemptes de reproches, pour satisfaire la clientèle on renouvelait fréquemment les pensionnaires ce qui entrainait des abus et des violences physiques et psychologiques.
  En 1911 sous la gestion, remarquable par ailleurs, du préfet de Paris Louis Lépine, on « inventa » les brasseries avec serveuses « montantes » et les maisons de rendez-vous où les filles ne vivaient plus à demeure. Plus tard, sous le gouvernement de Vichy -il y avait la soldatesque allemande à satisfaire- le bordel devint une entreprise à part entière, le fond était cessible et les tauliers pouvaient s’organiser en chambre syndicale. Par soucis d’hygiène, la chasse aux prostituées clandestines, et occasionnelles, se doubla alors d’une chasse aux pervers et aux déviants (homosexuels) dès juillet 1940. Rappelons qu’en 1939 la prostitution et l’homosexualité étaient interdites en Allemagne. Les nazis en 1940 réquisitionnèrent les bordels français pour la troupe et créèrent des hôtels de passe pour les officiers. Toutes les armées en campagne ont leurs bordels, et les armées françaises n’échappèrent pas à la règle que ce soit en Indochine ou en Algérie avec leurs BMC, gérés et contrôlés par les militaires.

Les signes de la prostitution au XIX et XXème siècle :

    La maison close tire son nom des volets, fenêtres et persiennes obligatoirement fermés et cadenassés. Souvent elle arbore un numéro plus grand que les autres et parfois une lanterne rouge allumée dès la nuit tombée. On recommanda d’habiller les prostituées de jaune mais sans que cela soit vraiment suivi, sauf par celles qui voulaient être plus visibles la nuit. Au XIX siècle la prostitution fut un sujet pour les artistes peintres comme Degas et Toulouse Lautrec, des écrivains s’en inspirèrent, Zola, Baudelaire, Maupassant, Pierre Louÿs, les Goncourt etc. Un « Guide rose » fut édité qui répertoriait les maisons avec leurs spécialités et les tarifs. Elles furent fréquentées par la fine fleur intellectuelle, politique et ecclésiastique française.

Le monde moderne
  En 1945 il existait 1500 bordels en France, 177 rien que pour Paris. Les maisons closes furent dénoncées par Marthe Richard, elle-même prostituée jusqu’en 1915 et conseillère élue dans le 4ème arrondissement de Paris, comme des « centres actifs de trahison et leurs tenanciers comme des pourvoyeurs de la gestapo ». Assertions qui relevaient plus de la justice que de la morale, oubliant au passage qu’elles furent aussi un centre d’espionnage au profit de la Résistance. Marthe Richard, déposa ensuite, en décembre 1945, un projet de fermeture des maisons closes devant le conseil municipal de Paris qui l’approuva. Le préfet de Paris, Charles Luizet (2) qui craignait des débordements, ordonna immédiatement la fermeture des maisons et bordels de Paris sans préavis. Marthe Richard (3) fit ensuite une campagne de presse qui aboutit à une loi ordonnant la fermeture généralisée de toutes les maisons closes française le 6 novembre 1946. Elle s’assura en personne que le fichier national de la prostitution, dans lequel elle figurait, fut bien détruit selon l’article 5 de la loi en question.
  Les prostituées à la rue désormais continuèrent le tapin puisque, pour la plupart, elles ne savaient rien faire d’autre. La prostitution demeura tolérée, seuls étaient interdits le proxénétisme et ses manifestations visibles. Les hôtels de passe virent le jour, mais dans la rue les filles subissaient la loi du plus fort.

Aujourd’hui :
  La France en 1960 a signé la Convention internationale pour la Répression de la traite des êtres humains et l’exploitation de la prostitution d’autrui. (Les Pays-Bas, l’Allemagne et les USA ne l’ont pas signée). Aujourd’hui en France - c’est le cas également de la Norvège- dans une loi copiée de la Suède, seul le client est punissable d’une forte amende, ce qui oblige de nouveau les prostituées à la clandestinité dans des pays où les jeunes hommes, issus de l’immigration, abondent. Le racolage en France est interdit, de même que le démarchage et la publicité. Même le racolage passif est interdit (Loi Sarkozy). Ce qui n’empêche pas les prostituées d’être imposables sur le revenu . D’où, situation paradoxale en regard des lois nationales, on trouve des prostituées qui vantent leurs charmes sur Internet, soit librement et à proximité, soit sur des sites de rencontre, avec ou sans proxénète et à l’abri des regards des non avertis. La police surveille discrètement…et Faceboock et Google enregistrent. Malgré ces lois draconiennes, on observe aujourd’hui en France une recrudescence de la syphilis (par bonheur guérissable) et 500 nouveaux cas annuels sont comptabilisés.

Et ailleurs :
  En Allemagne ainsi qu’en Autriche, Pays-Bas, Suisse, Grèce…  La prostitution est autorisée et encadrée. En Roumanie, Croatie, Lituanie, Malte, la prostitution est interdite. Elle est légale en Espagne

Conclusion :
  À la lecture de ce texte on voit qu’au fil des siècles, à propos de la prostitution, moralistes et hygiénistes ont eu des positions souvent opposées et contradictoires, sans qu’elle soit pour autant éradiquée. Parent-Duchâtelet raillait les moralistes qui du fond de leur province, et de leur fauteuil, s’enflammaient contre la prostitution sans en connaître. À l’heure où les flux migratoires provenant d’Afrique et du Moyen Orient, s’intensifient dans les pays européens, il serait bon que l’Europe desserre le carcan qui enserre la prostitution et propose un modus vivendi dans lequel moralistes et hygiénistes puissent se mettre d’accord sur une doctrine qui ne pénalise ni les femmes qui ont fait le choix de vendre leur corps, ni la population des villes que ce genre de commerce indispose. En outre, il est indéniable que l’on assiste à une recrudescence des MST qui vont se propager sans aucun contrôle à partir du moment où les prostituées exercent dans la clandestinité ou sur l’Internet. En France comme leur collectif le revendique, elles veulent continuer à être libres dans un pays libre, sans souteneurs et avec un statut de citoyenne à part entière. Elles reprennent d’ailleurs le slogan qui accompagna les lois sur l’interruption volontaire de grossesse et sur la contraception : « Mon corps est à moi ».
  Nota : Je n’ai pas cru nécessaire de faire appel aux Pères de l’église pour éclairer mon texte. On dit qu’au IVème siècle, Augustin, évêque d’Hippone considérait la prostitution comme naturelle et plus tard Thomas d’Aquin la jugea nécessaire, « comme les toilettes dans une maison » » Des textes qui peuvent en contredire d’autres et sont de toute manière, difficilement vérifiables. Par contre Montaigne confirme : "Solon fut le premier en Grèce, dit-on qui par ses lois donna liberté aux femmes de pourvoir à leurs besoins aux dépens de leur pudicité." Ce qui sousentendrait qu'il n'y avait pas que des esclaves dans les lupanars grecs.
 
(1)   De la prostitution dans la ville de Paris, considérée sous le rapport de l'hygiène publique, de la morale et de l'administration : ouvrage appuyé de documents statistiques puisés dans les archives de la Préfecture de police, J.-B. Baillière éditeur, 1836, 2 volumes, 624 et 580 pages
(2) Charles Luizet ancien Saint Cyrien, officier, résistant, compagnon de la libération a tranché dans le vif pour éviter des désordres. C’était à Paris l’époque des règlements de comptes, des dénonciations et des exécutions arbitraires.
(3) Marthe Richard née Betenfeld (1889-1982) Prostituée depuis l’âge de 16 ans jusqu’en 1915, elle épouse en 1915 Henri Richet. Elle devint alors une riche bourgeoise et apprend à piloter. Après la mort de son mari en 1916 elle devient espionne pour le compte de la France. En 1926 elle épouse Thomas Crompton qui meurt en 1928. Surnommée La veuve Joyeuse elle mène grand train. Elle publie ses mémoires largement affabulées et devient une héroïne aux yeux du peuple, effectuant des conférences et des vols de démonstration sur Potez 43. À l’été 1944 elle intègre les Forces françaises de l’intérieur. Héroïne de deux guerres elle est élue conseillère dans le 4ème arrondissement de Paris. Elle meurt le 9 fév. 1982.
 
Références :
-Les maisons closes. Mémoires du Poitou Charente (Éditions du Pertuis)
-Rapport d’information par la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la république en conclusion de la mission sur la prostitution en France. 13 avril 2011. Rapporteur M Guy Geoffroy.
- Wikipédia, la bible et nombre de sites pour ou contre la prostitution.
 - De la prostitution dans la ville de Paris de Parent-Duchâtel, ouvrage déjà cité en (1)
- L'auteur de la photo de l'intérieur d'une maison close n'est pas connu. Le dessin est de E. Degas. Les deux peintures sont de Toulouse Lautrec                                                                                                            
                                                                                                              La visite médicale. Toulouse-Lautrec
Jean-Bernard Papi ©                                               
 
                                         

       

  La note d'information qui va suivre, toute volontairement naïve et paternaliste qu'elle soit, montre combien les préoccupations d'aujourd'hui sont de tous les temps. L’auteur, le Général Dubail (1851-1934) fut un des plus humains et des plus brillants chefs de guerre en particulier durant les années 1914-1918.  Auteur de livres de géographie, d’instruction et d’éducation militaire, ce texte montre ses préoccupations hygiénistes.
 
                                    

      

<   Page précédente