Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
                       Partageons nos plaisirs. Vous lisez ! J'écris !      
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Journal de guerre de Laurent Papi, brigadier-chef,
Groupe de reconnaissance (82ème GRDI)  Escadron moto 
Secteur 13647.

                Mort pour la France 

                (Ci-dessous son journal tenu du 4 septembre 1939 au 11juin 1940 date de sa mort)

 

             Carnet de L Papi

Les termes en italique et en rouge destinées à éclairer le texte sont de la main du retranscripteur. Vous constaterez tout comme moi, que, contrairement à une légende tenace sur la mentalité des soldats de cette époque, à aucun moment Laurent, pas plus que ses camarades, ne sont défaitistes, pacifistes et antimilitaristes. Au contraire, il combat vaillamment. Ses chefs, en particulier le Ltt Roussignhol, et les lettres adressées à l’épouse de Laurent en  témoignent, l’ont en sincère affection.
Environ 100.000 militaires français furent tués dans ces quelques mois de guerre à comparer aux 4.000 résistants et fusillés durant l'occupation allemande.

En dehors de la ponctuation et de quelques corrections d’orthographe le texte est resté tel qu’il fut écrit, au crayon, dans le carnet. Ci-dessus double page du 25 au 29 avril 1940 écrit au crayon et difficilement lisible.

  

Fiche signalétique & Extrait du livret militaire individuel

Nom : Papi
Prénom : Laurent
Cheveux : bruns ; yeux : marrons ; front : vertical ;

visage : ovale ; taille : 1m 65 ; nez : rectiligne.


le 28 Décembre 1909 à Limoges, département de la Haute Vienne
Certificat d’études primaires en date du 1er juillet 1922
Profession : Cordonnier- Maître patronnier.
Fils de Jean Félix Papi et de Madeleine Champeymont
Domiciliés à Limoges Chemin du champ Dorat Maison Villoutreix.
Bureau de recrutement Limoges n°2508 classe 1929/3 incorporé au 1er Escadron de chasseurs à cheval du 8ème Régiment de chasseurs d'Orléans le 11-10-1930 libéré le 13-10-1931.
Affecté centre mobilisateur de cavalerie n°5 Groupe de reconnaissance de DI (Division d'infanterie) Escadron Fusilier moto.
Période réserviste de 15 jours, du 19 juin au 3 juillet 1938.
Grades : brigadier puis brigadier chef
Marié le 29 septembre 1934 avec France Geneviève Vallat  née le 2 avril 1915 à Angoulême Charente. Profession : Sténo dactylographe
Fille de : Emile Georges Vallat  et de Marie Madeleine Vignaud (décédée)
Enfant : un fils, Jean-Bernard né le 8 mai 1939 à Angoulême
Domicile du couple : 53 bis rue Montlogis Angoulême.(Charente)

                                                                    

            

 

    
Mariage de Laurent et de France (ou Francette) 29 sept 1934




                      Journal de Laurent.


-Embarqué le 4-9-39 (Déclaration de guerre le 3/09/1939) à Angoulême pour Limoges où je suis arrivé à 10 heures. Voyage par autobus passé normalement, mais surtout pensant à ceux que j’ai laissé. Vu tous mes parents à Limoges sauf ma  sœur (Mathilde Chazelas) et son mari. Ai embarqué pour Orléans (Où il avait fait ses classes) à 13h30. Voyage sans incident. Vu beaucoup de train de réfugiés et assisté à beaucoup de dévouement de la part de scouts et de femmes pour la distribution de lait pour les enfants et de vivres pour les autres.

 - Arrivé à Orléans à 23 heures. Passé 10 heures dans le train mais pas trop fatigué car j’ai fait le trajet dans un wagon de 2ème classe.Aussitôt arrivés à la gare, nous avons été encadrés et dirigés sur le Quartier  (Quartier Louis Rossat) où nous avons couché sur la paille et en dessous il y avait le ciment, enfin après une nuit assez agitée nous avons bu le jus et aussitôt après nous avons été recensés et dirigés en auto dans une ferme des environs pour être habillés et ensuite on nous a affecté une moto du civil. Nous avons la tenue kaki et une chéchia comme les bicots, avec ça on se sent tout à fait bien. (Le GRDI auquel il est affecté fait partie de la 82ème division d’infanterie africaine du Général Armengeat) Enfin on a touché tout l’équipement et il y a quelque chose comme poids, heureusement que la moto n’est pas bien fatiguée.

- Mercredi. Nous avons été dans une autre ferme camper et avons fait un peu de classe, à pied et roulage en moto. A propos de moto, je m’en vais assez bien, je crois, je ne m’embêterai pas.

- Vendredi 8 : Sans changement.


- Samedi 9 : Même chose.

Dimanche 10 ; Promenade en moto, après midi. Prière le matin à l’église du patelin.(Gidy

- Lundi 11 : Promenade en moto le matin, chute moto pour éviter une gosse, plaies aux mains et au coude gauche. Soigné dans une ferme et ensuite à l’infirmerie.

- Mardi 12 : Exempt de service.

- Mercredi 13 : Toujours exempt de service. Pris la garde de nuit.

- Jeudi 14 : Toujours exempt de service.

- Vendredi 15 : Mes blessures me font toujours mal. J’espère ne pas en avoir pour longtemps pour que ce soit guéri. Aujourd’hui un point de cafard qui ne durera pas. Petite manœuvre dans les environs. Nous n’avons toujours pas bougé et ne sais pas quand nous partirons.

- Samedi 16 : Mauvais temps  il pleut souvent. Avons fait une petite manœuvre en moto et à pied qui nous a changé les idées. Sommes allés coucher à deux ou trois copains dans un coin de ferme où nous n’avons pas eu froid

- Dimanche 17 : Allé à la messe et prié pour ceux qui me sont chers. Il fait beau et vais en profiter pour aller faire un tour dans la campagne avec un ami.

- Jusqu’au 27 : Mêmes conditions que précédemment, manœuvres et moto. Mais nous n’avons pas bougé de notre patelin.

- Fin de mois sans changement.

- Avons quitté Gidy le 5-10-39 pour Chilleurs-aux-bois près de Pithiviers ( à 32 km), voyage en moto sans incident, arrivés dans la ferme de la Chamerolles près du château du même nom. Cantonnés dans une grange, la paille ne manque pas et nous n’avons pas froid, le patron de la ferme à l’air très chic. Au point de vue exercice il n’y a rien à faire car il pleut presque tous les jours. On ne sait que faire et on aurait presque le cafard si l’on n’avait pas de lette presque tous les jours.

- Nous sommes le 9-10-39 et nous ne savons pas quand nous partirons.

- Parti en permission le 15. Passé cette dernière d’une façon tout à fait charmante et reparti sans cafard mais trouvé que c’était bien court.

- Le 17-10 nous avons touché des side-cars à Orléans et nous sommes revenus à la nuit. M’en suis très bien sorti malgré que ce soit la 1er fois que je montais là-dessus.

- Nous avons embarqué le 18-10 à 5 h à Cercotte et il ne faisait pas chaud. Ai pensé à chez moi où j’aurais pu coucher  et être heureux auprès de ma petite chérie.

- Passé la journée et la nuit du 19 dans le train et arrivé le 19 à 3h1/2 dans la nuit en gare du Quesnoy d’où nous sommes partis pour un village des environs : Jolymetz (Nord) où nous avons été reçus à bras ouverts. Les gens très chics  nous ont porté le café dans la rue.

- Le 20-10 Installation du campement et le 21 : promenade en side-car

- 22-10 Revue du casernement par le commandant.

- 23-10 Avons trouvé une villa où nous aurions pu coucher et faire du feu, malheureusement le même jour à 11 heures nous avons reçu l’ordre de partir et à 14 heures nous avons décampé sur une destination inconnue. Arrivé le même jour à 6 heures dans un  fort… à Feignie (22km de Jolymetz) et avons fait partir des soldats déjà installés dans une brasserie pour prendre leur place ce qui ne s’est pas passé sans grincements de dents.

- 24-10 avons rien fait.

- 25-10 même chose que la veille.

- 26-10 ce matin avons été piqués, ou plutôt vaccinés sur le bras. Le soir roulement en side-car. (Laurent Papi à été vacciné contre la variole le 26-10-30 pendant ses classes avec succès. Il est revacciné-sans succès-  le 26-10-39)

- 27-10. Encore rien à faire. Exercice de camouflage contre avion de 11h à 13 heures.

- Jusqu’au 4-11 toujours pareil : Exercice et moto.

- Le 6-11 passé à la réparation des chaussures de l’escadron et comme il y a beaucoup de travail, je ne perds pas mon temps.

- 10-11 avons été piqué à l’épaule gauche et j’ai eu la fièvre le soir vers 20 heures et n’ai pu dormir de la nuit. (Il s’agit vraisemblablement du TABDT  dont il avait déjà reçu une injection de 1 cm3 le 8-10-30)

- 11-11-1939 Fête de l’armistice (de la Grande Guerre) quelle ironie en ce moment.Vais un peu mieux mais mon épaule me tire un peu.

- 12-11 Ressens encore une douleur dans l’épaule mais qui va s’atténuer bien vite. Avons fait un repas magnifique dont je vous signale le menu (Laurent s’adresse à un lecteur  ou une lectrice inconnue. Peut être sa femme ou ses parents.) : Saucisson beurre, saumon sauce vinaigrette, gigot, haricots, salade, fromage, gâteau, café, liqueur, cigare. (Il ne fumait pas) et l’après-midi suis allé avec trois copains au cinéma, ensuite avons mangé en ville

- 13-11 Continue toujours les réparations de godillots.

- 14-11 Sommes attrapés avec l’adjudant parce qu’il m’avait mis de garde.

- 15-11 Suis exempt de toute garde ainsi que des corvées et trouve cela normal puisque je travaille ailleurs toute la journée.

- 16/17- 11-39 RAS

- Jusqu’au 3 décembre toujours pareil. Travaille aux godasses et aujourd’hui 3 parti à Nauberger avec l’espoir de voir mon cousin Albert. Ai fait chou blanc. (Vraisemblablement il s’agit d’Albert Betoule affecté à la compagnie télégraphique n° 105/8)

- 4-12-39 Reçu visite d’Albert et avons été diner à Feignie. Malheureusement n’avons pas eu beaucoup de temps à passer ensemble.

- 6-12-39 Sommes partis de Feignie ce matin et avons rejoins notre ancien cantonnement à Jolymetz. En ce moment avons trouvé notre ancien logis inoccupé. Nous avons pu trouver un lit dans une villa que j’occupe avec un copain. (Ci- dessous photo de la villa)

- Jusqu’au 1er janvier rien à signaler. Avons quitté Jolymetz à cette date.  
  
- 16-1-40 Parti de Jolymetz à 8 heures et sommes arrivés à Jenlain dans la matinée.  (Jolymetz-Jenlain 11km)




- 17-1-40 Sommes repartis de Jenlain à 8 heures pour Jolymetz. Cela fait trois fois qu’on revient dans ce pays, sans doute pour ne pas faire mentir le proverbe. Ai pris froid en revenant et suis allé voir le toubib qui a déclaré que c’était des douleurs intercostales. Me suis fait poser par un copain deux rigolos qui ne m’ont pas fait rigoler mais qui m’ont bien soulagé.


- 18-1-40 Vais beaucoup mieux et pense que ça va bientôt passer complètement. Vais me chauffer chez des voisins qui sont charmants pour moi. (Peut-être à Jolymetz M et Mme Leclercq chaussée Brunehaud ou M et Mme Flament-Trouillet rue Coulon. L’hiver 39/40 fut très rigoureux)

- 19-1-40 Me suis fait mettre des ventouses et sens que ça m’a fait beaucoup de bien. N’ai pas encore repris le travail et les clients rouspètent. Passé encore l’après-midi à me chauffer. Peut-être me remettrai au travail demain.

- 20- 1-40 Riens à signaler. Ai travaillé l’après-midi.

- 21-1-40 Aujourd’hui dimanche. Pas grand-chose à conter. Ai fait ma lessive.

- 22-1-40 Me suis levé à 9 heures, ai travaillé comme d’habitude.

- Jusqu’au 7- 2 Riens à signaler.

- 7-02 Rien à signaler.
 

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