Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                           (La littérature n'est pas une marchandise)
    
            
 
 
 

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                                    Journal de guerre de Laurent Papi, brigadier-chef,
Mort pour la France

Groupe de reconnaissance (82ème GRDI)  Escadron moto  Secteur 13647.

       (du 4 septembre 1939 au 11juin 1940 date de sa mort)

 

             Carnet de L Papi

Les termes en italiques destinés à éclairer le texte sont de la main du retranscripteur. Vous constaterez tout comme moi, que, contrairement à une légende tenace sur la mentalité des soldats de cette époque, à aucun moment Laurent Papi, pas plus que ses camarades, ne sont défaitistes, pacifistes et antimilitaristes. Au contraire, il combat vaillamment. Ses chefs, en particulier le Ltt Roussignhol, ses lettres adressées à l’épouse de Laurent en  témoignent, l’ont en sincère affection.

En dehors de la ponctuation et de quelques corrections d’orthographe le texte est resté tel qu’il fut écrit, au crayon, dans le carnet. (ci-dessus double page du 25 au 29 avril 1940)

  

Fiche signalétique & Extrait du livret militaire individuel

Nom : Papi
Prénom : Laurent
Cheveux : bruns ; yeux : marrons ; front : vertical ;
visage : ovale ; taille : 1m 65 ; nez : rectiligne.
le 28 Décembre 1909 à Limoges, département de la Haute Vienne
Certificat d’études primaires en date du 1er juillet 1922
Profession : Cordonnier- Maître patronnier.
Fils de Jean Félix Papi et de Madeleine Champeymont
Domiciliés à Limoges Chemin du champ Dorat Maison ( ?) Villoutreix.
Bureau de recrutement Limoges n°2508 classe 1929/3 incorporé 1er Escadron de chasseurs à cheval du 8ème Régiment de chasseurs à Orléans le 11-10-1930 libéré le 13-10-1931.
Affecté centre mobilisateur de cavalerie n°5 Groupe de reconnaissance de DI, Escadron Fusilier moto.
Période réserviste de 15 jours du 19 juin au 3 juillet 1938.
Grades : brigadier puis brigadier chef
Marié le 29 septembre 1934 avec France Geneviève Vallat  née le 2 avril 1915 à Angoulême Charente. Profession : Sténo dactylographe
Fille de : Emile Georges Vallat  et de Marie Madeleine Vignaud (décédée)
Enfant : un fils, Jean-Bernard né le 8 mai 1939 à Angoulême
Domicile du couple : 53 bis rue Montlogis Angoulême.(Charente)

                                 -------------O-----------------

            


    
           Mariage de Laurent et de France 29 sept 1934

                                  Journal

Embarqué le 4-9-39 (Déclaration de guerre le 3/09/1939) à Angoulême pour Limoges où je suis arrivé à 10 heures. Voyage par autobus passé normalement, mais surtout pensant à ceux que j’ai laissé.

Vu tous mes parents à Limoges sauf ma  sœur (Mathilde Chazelas) et son mari. Ai embarqué pour Orléans (Où il avait fait ses classes) à 13h30. Voyage sans incident. Vu beaucoup de train de réfugiés et assisté à beaucoup de dévouement de la part de scouts et de femmes pour la distribution de lait pour les enfants et de vivres pour les autres.

Arrivé à Orléans à 23 heures. Passé 10 heures dans le train mais pas trop fatigué car j’ai fait le trajet dans un wagon de 2ème classe.

Aussitôt arrivés à la gare, nous avons été encadrés et dirigés sur le Quartier  (Quartier Louis Rossat) où nous avons couché sur la paille et en dessous il y avait le ciment, enfin après une nuit assez agitée nous avons bu le jus et aussitôt après nous avons été recensés et dirigés en auto dans une ferme des environs pour être habillés et ensuite on nous a affecté une moto du civil.

Nous avons la tenue kaki et une chéchia comme les bicots, avec ça on se sent tout à fait bien. (Le GRDI auquel il est affecté fait partie de la 82ème division d’infanterie africaine du Général Armengeat) Enfin on a touché tout l’équipement et il y a quelque chose comme poids, heureusement que la moto n’est pas bien fatiguée.

Mercredi. Nous avons été dans une autre ferme camper et avons fait un peu de classe, à pied et roulage en moto. A propos de moto, je m’en vais assez bien, je crois, je ne m’embêterai pas.

Vendredi 8 : Sans changement.

Samedi 9 : Même chose.

            Dimanche 10 ; Promenade en moto, après midi. Prière le matin à l’église du patelin.(Gidy)

Lundi 11 : Promenade en moto le matin, chute moto pour éviter une gosse, plaies aux mains et au coude gauche. Soigné dans une ferme et ensuite à l’infirmerie.

Mardi 12 : Exempt de service.

Mercredi 13 : Toujours exempt de service. Pris la garde de nuit.

Jeudi 14 : Toujours exempt de service.

Vendredi 15 : Mes blessures me font toujours mal. J’espère ne pas en avoir pour longtemps pour que ce soit guéri. Aujourd’hui un point de cafard qui ne durera pas. Petite manœuvre dans les environs.

Nous n’avons toujours pas bougé et ne sais pas quand nous partirons.

Samedi 16 : Mauvais temps  il pleut souvent. Avons fait une petite manœuvre en moto et à pied qui nous a changé les idées. Sommes allés coucher à deux ou trois copains dans un coin de ferme où nous n’avons pas eu froid.

Dimanche 17 : Allé à la messe et prié pour ceux qui me sont chers. Il fait beau et vais en profiter pour aller faire un tour dans la campagne avec un ami.

Jusqu’au 27 : Mêmes conditions que précédemment, manœuvres et moto. Mais nous n’avons pas bougé de notre patelin.

Fin de mois sans changement.

Avons quitté Gidy le 5-10-39 pour Chilleurs-aux-bois près de Pithiviers ( à 32 km), voyage en moto sans incident, arrivés dans la ferme de la Chamerolles près du château du même nom. Cantonnés dans une grange, la paille ne manque pas et nous n’avons pas froid, le patron de la ferme à l’air très chic. Au point de vue exercice il n’y a rien à faire car il pleut presque tous les jours. On ne sait que faire et on aurait presque le cafard si l’on n’avait pas de lette presque tous les jours.

Nous sommes le 9-10-39 et nous ne savons pas quand nous partirons.

Parti en permission le 15. Passé cette dernière d’une façon tout à fait charmante et reparti sans cafard mais trouvé que c’était bien court.

Le 17-10 nous avons touché des side-cars à Orléans et nous sommes revenus à la nuit. M’en suis très bien sorti malgré que ce soit la 1er fois que je montais là-dessus.

Nous avons embarqué le 18-10 à 5 h à Cercotte et il ne faisait pas chaud. Ai pensé à chez moi où j’aurais pu coucher  et être heureux auprès de ma petite chérie.

Passé la journée et la nuit du 19 dans le train et arrivé le 19 à 3h1/2 dans la nuit en gare du Quesnoy d’où nous sommes partis pour un village des environs : Jolymetz (Nord) où nous avons été reçus à bras ouverts. Les gens très chics  nous ont porté le café dans la rue.

Le 20-10 Installation du campement et le 21 : promenade en side-car.

22-10 Revue du casernement par le commandant.

23-10 Avons trouvé une villa où nous aurions pu coucher  et faire du feu, malheureusement le même jour à 11 heures nous avons reçu l’ordre de partir et à 14 heures nous avons décampé sur une destination inconnue. Arrivé le même jour à 6 heures dans un  fort… à Feignie (22km de Jolymetz) et avons fait partir des soldats déjà installés dans une brasserie pour prendre leur place ce qui ne s’est pas passé sans grincements de dents.

24-10 avons rien fait.

25-10 même chose que la veille.

26-10 ce matin avons été piqués, ou plutôt vaccinés sur le bras. Le soir roulement en side-car. (Laurent Papi à été vacciné contre la variole le 26-10-30 pendant ses classes avec succès. Il est revacciné-sans succès-  le 26-10-39)

27-10. Encore rien à faire. Exercice de camouflage contre avion de 11h à 13 heures.

Jusqu’au 4-11 toujours pareil : Exercice et moto.

Le 6-11 passé à la réparation des chaussures de l’escadron et comme il y a beaucoup de travail, je ne perds pas mon temps.

10-11 avons été piqué à l’épaule gauche et j’ai eu la fièvre le soir vers 20 heures et n’ai pu dormir de la nuit. (Il s’agit vraisemblablement du TABDT  dont il avait déjà reçu une injection de 1cm3 le 8-10-30)

11-11-1939 Fête de l’armistice et ce mot a une cruelle ironie en ce moment.

Vais un peu mieux mais mon épaule me tire un peu.

12-11 Ressens encore une douleur dans l’épaule mais qui va s’atténuer bien vite. Avons fait un repas magnifique dont je vous signale le menu (Laurent s’adresse à un lecteur  ou une lectrice inconnue. Peut être sa femme ou ses parents.) : Saucisson beurre, saumon sauce vinaigrette, gigot, haricots, salade, fromage, gâteau, café, liqueur, cigare. (Il ne fumait pas) et l’après-midi suis allé avec trois copains au cinéma, ensuite avons mangé en ville.

13-11 Continue toujours les réparations de godillots.

14-11 Sommes attrapés avec l’adjudant parce qu’il m’avait mis de garde.

15-11 Suis exempt de toute garde ainsi que des corvées et trouve cela normal puisque je travaille ailleurs toute la journée.

16/17- 11-39 RAS

Jusqu’au 3 décembre toujours pareil. Travaille aux godasses et aujourd’hui 3 parti à Nauberger avec l’espoir de voir mon cousin Albert. Ai fait chou blanc. (Vraisemblablement il s’agit d’Albert Betoule affecté à la compagnie télégraphique n° 105/8)

4-12-39 Reçu visite d’Albert et avons été diner à Feignie. Malheureusement n’avons pas eu beaucoup de temps à passer ensemble.

6-12-39 Sommes partis de Feignie ce matin et avons rejoins notre ancien cantonnement à Jolymetz. En ce moment avons trouvé notre ancien logis inoccupé. Nous avons pu trouver un lit dans une villa que j’occupe avec un copain. (Ci- dessous la villa)

Jusqu’au 1er janvier rien à signaler. Avons quitté Jolymetz à cette date.

16-1-40 Parti de Jolymetz à 8 heures et sommes arrivés à Jenlain dans la matinée. (Jolymetz-Jenlain 11km)

17-1-40 Sommes repartis de Jenlain à 8 heures pour Jolymetz. Cela fait trois fois qu’on revient dans ce pays, sans doute pour ne pas faire mentir le proverbe. Ai pris froid en revenant et suis allé voir le toubib qui a déclaré que c’était des douleurs intercostales. Me suis fait poser par un copain deux rigolos qui ne m’ont pas fait rigoler mais qui m’ont bien soulagé.

18-1-40 Vais beaucoup mieux et pense que ça va bientôt passer complètement. Vais me chauffer chez des voisins qui sont charmants pour moi. (Peut-être M et Mme Leclercq chaussée Brunehaud ou M et Mme Flament-Trouillet rue Coulon. L’hiver 39/40 fut très rigoureux)

19-1-40 Me suis fait mettre des ventouses et sents que ça m’a fait beaucoup de bien. N’ai pas encore repris le travail et les clients rouspètent. Passé encore l’après-midi à me chauffer. Peut-être me remettrai au travail demain.

20- 1-40 Riens à signaler. Ai travaillé l’après-midi.

21-1-40 Aujourd’hui dimanche. Pas grand-chose  à conter. Ai fait ma lessive.

22-1-40 Me suis levé à 9 heures, ai travaillé comme d’habitude.

Jusqu’au 7- 2 Riens à signaler.

7-02 Riens à signaler.

19-2 Riens à signaler.

2-4-40 Jusqu’à cette date riens à signaler. Avons quitté le cantonnement ce jour et avons échoué  à Marbaix à quelques kilomètres de Jolymetz.

C’est avec le cœur bien gros que j’ai quitté mes bons voisins et ma jolie villa. (Sera détruite par les panzers plus tard. Lettre de Mme Leclercq du 11 sept 1940 à son épouse France) J’ai promis de revenir  si cela se pouvait, mais crois bien que ce ne sera pas bientôt.

9-4-40 Passé une bonne nuit dans un lit. Jusqu’à ce moment nous n’avons pas reçu d’ordre pour partir mais la journée n’est pas terminée.

4-4-40 Sommes partis le soir à 9 h de Marbaix et sommes partis pour une destination inconnue.

5-4-40 Passé la journée dans le train et le soir arrivé dans un patelin de la Lorraine, fais une promenade en moto, ce qui n’était pas une sinécure de rouler sans lumière la nuit. A Marainviller. (Près de Lunéville à 363 km de Marbaix )

6-4-40 Avons trouvé une chambre avec un copain et suis content de trouver un lit avant de monter en lignes, ce qui ne tardera pas je pense.

N’ai pas reçu de nouvelles depuis trois jours, je commence à la trouver mauvaise cette blague.

7-4-40 Ai reçu des nouvelles, tout le monde est en bonne santé, c’est le principal.

10-4-40 Suis allé faire des courses à Lunéville, c’est une ville assez importante. L’église est très jolie, intérieur clair. Ai fait une prière pour Aimée (sa femme) et Jean-Bernard. Il faut repasser à la chambre à gaz cet après-midi.

13-4-40 Arrivé à Lernguinberg (ville inconnue) toujours en Lorraine.

14-4-40 Partis du patelin plus haut, sommes arrivés à Diedendorf.

15-4-40 Sommes partis de Diedendorf le soir à 16 heures pour faire le cantonnement, arrivés à Willerwald à 17 heures (21km) C’est un petit patelin évacué, j’ai trouvé une maison de 10 pièces pour loger une 20ène de types, avons trouvé tout sans dessus dessous, la plupart des tableaux et cadres cassés. Enfin j’ai réussi à trouver des sommiers pour coucher. On ne risque pas boire de trop, on dirait que la peste s’est abattue sur ce pays, cela crée une drôle d’atmosphère.

16-4-40 Avons passé une journée chargée, nous avons débarrassé toutes les pièces de la saleté qui y était accumulée. Avons mangé dans la vaisselle des habitants et à table, car nous avons une salle à manger.

17-4-40 Journée calme.

18-4-40 Partis ce matin à 10h30 de Willerwald pour les avant-postes. Passé à Hundling qui sera notre base de repos et avons rejoint des postes dans une forêt. Fais le parcours sous une pluie battante et étions complètement éreintés lorsque nous avons touchés au but. Je me demande comment nous avons fait pour ne pas attraper de mal car nous étions mouillés de sueur et de pluie.

Ai passé une nuit calme malgré mes six heures  de garde.

19-4-40 Entendu le canon assez fréquemment mais n’avons pas eu à souffrir de bombardement ni d’attaque.
La pluie a disparue mais la boue est toujours épaisse souvent on enfonce jusqu’aux chevilles. Ai patrouillé le matin.

20-4-40 Au matin avons eu une alerte dès 5 heures, se tenir prêt pour combattre mais ça a passé et nous n’avons rien entendu. Le soleil a fait son apparition. Fais une patrouille le matin à 6 heures entre les postes, le temps était délicieux ai pensé au bon temps où nous faisions du tandem par des journées pareilles.
Hormis la musique des canons dont on entend les obus siffler sur nos têtes, il n’y a pas eu d’incidents.  Ça fait un drôle d’effet d’entendre le canon d’aussi près.  

21-4 Ce dimanche pareil aux journées précédentes, s’est passée sans accrocs. Le soleil est chaud et nous n’avons rien à boire.

22-4 Nous devons être relevés ce matin, attendons ça avec impatience. J’ai une barbe de 5 jours et elle me pique, je ne suis pas beau à voir. À 11 heures avons rejoint Handling et aussitôt après le déjeuner ai pris un bain et changé de linge.

23-4 Passé une nuit à dormir comme je n’ai pas souvent dormi. Ai commencé mon courrier et après déjeuner fais une sieste.

24-4 Avons assisté à un duel d’artillerie, les obus boches nous sont tombés à 200 mètres environ. Les nôtres ont ripostés et comme les batteries sont très près de nous la maison en tremblait.

25-4 Journée calme, les pièces allemandes ne donnent pas, sans doute ont-elles été servies hier.
Devons monter aux avant-postes demain, il parait que la nuit dernière les postes ont été attaqués par des patrouilles boches. Ne connais pas le résultat.

26-4 Avons passé une mauvaise nuit (nuit du 25 au 26). Hier au soir à 22h30 avons subis un tir d’artillerie boche et français, les obus boches sont tombés sur la maison voisine de la nôtre et deux side-cars ont été démolis. Deux fois nous avons dû descendre dans la cave, les éclats nous sifflaient partout. Les camarades sont restés coucher dans la cave et je suis remonté avec un camarade coucher au premier étage comme précédemment.
Sommes partis ce matin à 6h30 pour la relève avons repris notre poste d’avant. La journée s’est bien passée. Il a plu souvent, nous avons de la boue partout et avons travaillé à renforcer les défenses des postes.

27-4 Avons passé une nuit assez calme. Vive fusillade sur les postes voisins 9 & 10 et avons bien craint d’être attaqués, nous étions prêts à tout.

La journée s’est passée dans la calme.

28-4 Avons entendu dans la nuit le poste 10 qui a bataillé à nouveau puis vers le matin tout s’est calmé. La journée s’annonce calme. La pluie descend à torrent. La cagna où il pleut comme dehors ressemble à une petite mare.

29-4 Nuit sans incidents. Journée calme et ensoleillée.

30-4 Journée sans histoire.

1-5 Descendus au repos à Woustviller (à 6km de Hundling)  ce matin, il fait un temps magnifique.

2-5 Toujours à Woustviller, il fait beau. Ai profité pour laver mon linge, nous n’entendons presque pas de canon. Avons mangé un plat d’escargot et la fête a continué jusqu’à une heure avancée de la nuit et certains copains avaient un petit coup dans l’aile.

3-5 Ce matin parti en chasse pour trouver des cagouilles. Il y avait des gueules de bois suite naturelle de la fête de hier.
Il fait bon vivre, être obligé de rester loin de ceux que l’on aime est bien une dure pénitence. Il faut des expériences comme celles-ci pour apprécier le charme de la vie à deux, sans compter que la venue d’un bébé embellit encore davantage un foyer. Journée calme.

4-5 Avons été réveillés au milieu de la nuit par une alerte et avons été prendre position à  Welferding P7. Ce matin pris position dans une maison de Welferding (devenu aujourd’hui un quartier de Sarreguemines). Il parait que ce devait être une manœuvre mais à 11 heures avons reçu l’ordre de rester.

5-5 Notre journée à été assez calme mais le soir à 9 heures a commencé le duel d’artillerie et des grenades, FM, mitrailleuse qui a duré jusqu’au matin du 6.

6-5 Journée calme et soir également.

7-5 La nuit s’est passée dans le calme en avons profité pour dormir un peu. Avons changé de poste et allés tout près de la Sarre. C’est à 11 heures (du soir) que nous avons fait la relève du poste situé sur la Sarre. C’est une ancienne fabrique de pâtes alimentaires et comme les portes et les fenêtres sont bouchée avec des couvertures ne voit pas où l’on marche. Il y a de quoi se casser la figure. C’est plutôt (du genre) maison hantée. Il ne faut pas avoir mal au cœur (être cardiaque) pour circuler la nuit sans lumière.

8-5 La nuit a été assez calme. Il y a bien eu quelques coups de fusil mais sans conséquences d’ailleurs nous n’avons pas tirés.
La journée s’annonce calme aussi, il est en ce moment 15 heures, j’ai fini mon courrier et vais aller me coucher un peu car la nuit ne permet pas de dormir beaucoup.

9-5 Nuit calme. Ai reçu une lettre de ma femme au sujet de transformations qui m’ont empêché de dormir. Voudrais bien être plus vieux pour savoir si ce projet tient toujours. Sommes partis au repos à 6 heures du soir et revenus à Woustviller.

10-5 Mauvaises nouvelles aux informations (L’Allemagne vient d’envahir la Belgique) Je crois que le repos sera de courte durée.

Il fait bon, le soleil chauffe dur et ce matin à 9 heures j’ai pris un bain dans le ruisseau à côté de la maison.

11-5 Journée sans accroc. Cet après-midi le lieutenant m’a pris à partie pour m’annoncer ma nomination au grade de Brig-chef. Il a fallu arroser ces galons et le soir il y avait de la gaité.

12-5 Avons eu une mauvaise surprise, nous avons eu une alerte à 4heures du matin et avons démarrés à 6 heures. Les avant-postes de la forêt de Gros ont été attaqués et il faut leur porter secours.
Avons subis un bombardement presque toute la journée, les branches d’arbres coupées par les éclats dégringolaient autour de nous. A 8 heures du soir nous avons changé de position et sommes arrivés dans un bois à 10 heures. Nous avons couché à même le sol, la fraîcheur nous a empêchés de dormir et depuis le départ nous n’avons presque rien mangé.

13-5 Ce matin nous étions raides comme des morceaux de bois, heureusement nous avons eu du café qui nous a réchauffé. A 10 heures le bombardement a recommencé jusqu’à midi. On aurait dit un roulement de tambour tellement ça crachait. Cet après-midi nous avons été assez tranquilles  et avons fabriqué des petites cabanes en branchages pour nous préserver de la fraîcheur. J’espère que la nuit se passera sans incidents. (Le 13 mai les panzers entrent en France)

14-5 Nuit calme. Avons reçu l’ordre de partir pour prendre position un peu plus loin. Avons encore fait des abris, tranchées et rondins. Journée calme.

15-5 Nuit calme. Ai couché à la belle étoile, la température n’était pas très chaude aussi n’ai pas très bien dormi. Sommes partis de ces positions le matin à 8 heures pour Woustviller où nous devons passer la journée. Avons retrouvés nos side-cars qui ont subi l’artillerie. 1 complètement crevé et le mien a reçu deux éclats dans le coffre arrière.
Avons profité de notre journée pour se laver et faire la lessive. Heureusement que le soleil est chaud, notre linge était prêt pour le soir. Sommes repartis de Woustviller pour aller à Welferding prendre position dans le moulin, comme il a une quinzaine. Avons fait la relève de nuit, étions fourbus à l’arrivée.

16-5 Nuit calme ainsi que la journée.

17-5 Nuit sans incidents et journée calme, même un peu trop calme

18-5 Nuit sans accrocs, journée calme.

Je venais de me coucher à 9heures quand nous avons été réveillés. L’ordre venait d’arriver de se replier. Il parait que les boches vont attaquer avec des engins blindés. Nous nous sommes repliés à 1km environ de Welferding.
 Avons laissé un groupe dont je faisais partie pour protéger le reste des avant-postes. J’ai passé la nuit sur un pont à guetter l’arrivée des Allemands.

19-5 Le commandement a dû rêver car il n’y a pas eu d’attaque et pas vu la trace d’un boche. Journée assez chaude qui nous a remis de la nuit, le matin j’étais mort de froid et passer une nuit sans fermer l’œil n’a rien de bien intéressant. Attendons l’ordre de la relève mais je crains bien de passer encore une nuit sur la voie ferrée.

20-5 En effet avons passé la nuit comme l’autre et dans la journée avons reçu l’ordre d’occuper à nouveau le moulin de Welferding, ce que nous avons fait avec empressement. Comme nous avions fait des patrouilles les matins dans le moulin, nous étions sûrs que les boches nous avaient pas joué des tours. Café dans le moulin, c’était dommage de le laisser. (de le perdre)

21-5 Avons passé une bonne nuit sur nos sommiers qui nous a remis de nos émotions ; Avons reçu l’ordre de repartir le soir pour Woustviller. Nous sommes relevés par le GRCA.

(Ci-dessous plan de la région Woustviller-Welferding)

22-5-40 Arrivés à Woustviller à 3 heures. Après quelques heures de repos attendons l’heure de départ qui je crois ne tardera pas.
Somme partis pour Epping à 17 heures. (Ou Ippling)-(Woustviller-Epping 27km-Woustviller-Ippling 7Km) et avons passé la nuit dans un abri à ciel ouvert. Ce jour a été fertile en incidents. Etions installés à la lisière d’un bois et devions y passer la nuit. Je suis parti à 19 h pour la corvée de soupe avec deux camarades. La soupe ayant du retard sommes revenus à 21 heures à notre poste. Il fallait traverser la forêt et faire au moins deux km pour y aller. Lorsque nous sommes arrivés à la lisière le peloton était parti. Comme nous ne savions pas quoi faire nous avons repris le chemin d’aller. Il faisait nuit noire et avons eu toutes les peines du monde  à retrouver notre route. Enfin avons fini par découvrir les camarades qui avaient reçu l’ordre de partir pour de nouvelles positions. Après un moment de repos sommes repartis pour les lignes qui étaient à 3 km, au moment où nous sommes arrivés les tirailleurs étaient aux prises avec les boches. Les balles traceuses et les autres nous sifflaient aux oreilles (Ipling) ( ?) (Confusion bien compréhensible entre Epping et Ippling distant l’un et l’autre de 27km alors que les lignes sont à 3km. En fait il s'agit d'Ippling)

23-5 Au moment où nous sommes arrivés il était 1heure du matin  et jusqu’à 3 heures la musique a continué avec accompagnement d’artillerie. Enfin tout s’est calmé et avons passé la journée sans incident. Avons fait un toit pour l’abri avec des gerbes d’avoines coupées en septembre dernier.

24-5 Ce matin à 2h1/2 vive fusillade comme la veille. À 3heures 15 c’était fini. La journée s’est passée dans le calme.

25-5  (Moselle) Avant-postes d’Ipling. Avons été relevés des avant-postes ce matin à 5heures et sommes venus en side-car à Keskastel (Ippling-Keskastel 21km) et devons en repartir ce soir.
Avec quel plaisir j’ai pris un bain dans la rivière qui passe tout à côté du patelin. Cela faisait  trois jours que je ne m’étais pas lavé, n’ayant pas d’eau.

26-5 (Meuse) Sommes partis ce matin à 5 heures de Kestkastel pour arriver à 11heures à Koeur-la-Petite. Avons fait 160km. Route sans incidents.

27-5 (Marne) Sommes repartis de Keur-la-Petite à 6h30 arrivé à Auve, tout près de Chalons-sur-Marne à 10h30. Le patelin est tout petit il n’y a ni bistrot, ni magasin d’aucune sorte. Ce n’est pas ici que l’on prendra une cuite.

29-5 Nuit, journée calme, on se repose car on en a besoin.

30-5 Comme la veille. Rien à signaler.

31-5 RAS

1-6 Toujours au repos. RAS

2-6-40 RAS

3-6-40 RAS

4-6-40 Journée calme. On doit partir ce soir d’Auve à 8h1/2, direction inconnue.
Sommes arrivés à Vaudemange à 11heures.(Châlons-Vaudemange 21km)

5-6-40 Le pays malgré son peu d’étendue n’est pas désagréable. On peut boire du vin de champagne. C’est le meilleur que j’ai bu il y a longtemps.

6-6-40 Journée sans histoire. Avons été survolés par 11 avions allemands qui ont jeté 4 torpilles. Heureusement qu’elles ne nous sont pas tombées dessus.

7-4-40 Partis de Vaudemange à 3h1/2 du matin. Arrivés dans un village à 4km de Vaudemange qui s’appelle Ambonnay. Un temps superbe, avons bu du champagne dans la cave même du producteur. C’était tellement bon, je n’en avais jamais bu de meilleur. Malheureusement voici l’ordre de partir, il est 19heures. Sommes partis à minuit.

8-6-40 Arrivés à 1heure à Bouy. Un petit pays sans grand intérêt. Là il n’y a pas de champagne. D’après le capitaine il parait que l’on en a trop bu à Ambonnay, maintenant il faut se restreindre.

9-6-40 La matinée a été plus mouvementée. Un avion a été abattu, nous avons été désignés pour aller à sa recherche. Avons découvert l’appareil, mais ce n’était pas un boche. C’était un Curtiss piloté par un Français, le malheureux avait reçu trois balles et une fracture du bras. Malgré cela il avait pu atterrir sans avarie, l’appareil était criblé de balles, c’est un miracle qu’il ait pu s’en sortir.

Le carnet s’arrête là.

 Le 10-6-40 il écrit à sa femme «  … On doit repartir pour un autre patelin à 18h1/2 et il est 18h… »  
Apparemment le 82ème GRDI se porte en avant de l’ennemi.

Le 11-6-40 il est blessé par les Allemands alors qu’il effectuait une patrouille en side-car sur l’axe Marfaux-Chaumuzy-Fismes. Arrivé à hauteur de Chaumuzy il a été atteint de deux balles de mitrailleuse dans la poitrine. L’une d’elle a d’ailleurs traversé son livret militaire qu’il portait sur lui. Un de ses camarades dans un second side-car a été également blessé. Laurent mourra peu après et sera enterré près du monument aux morts de Chaumuzy. Lors de son exhumation en vue de transférer le corps dans le cimetière communal on s’apercevra que tous les objets de valeur qu’il portait sur lui, montre et alliance avaient disparus.

Il aura le temps d’écrire quelques mots au dos d’une enveloppe destinée à sa femme : "Aujourd’hui 11-6-40 j’ai été touché par deux balles et je vais mourir en pensant à ma femme, mon fils et mes parents et beaux parents je les embrasse tous pour l’éternité. Laurent"

Enveloppe avec les derniers mots de Laurent.

Il sera cité par ordre 871/C à l’Ordre du Corps d’Armée, citation donnant droit au port de la Croix de Guerre 39/45 

 

PlanChaumuzy-Marfaux 


Voici le récit des événements fait par le Lieutenant Roussignhol, chef du peloton moto le 13 octobre 1940 :

« Le 11 juin 1940 je me trouvais à Pourcy au sud-est de Fismes. Apprenant que les Allemands étaient aux environs de Fismes le Colonel m’avait donné l’ordre de faire une reconnaissance dans cette direction.

J’ai donc envoyé une patrouille sur l’axe Marfaux-Chaumuzy-Fismes. Cette patrouille était composée de 3 side-cars montés l’un par le brigadier-chef Papi, conducteur et le maréchal des logis Guyot chef de patrouille. Le 2ème par le brigadier chef Perrin, le 3ème par Decenty  et Milpieds. Cette patrouille, après avoir reconnu le village de Marfaux s’est avancée sur le village de Chaumuzy.

Au moment où j’arrivais moi-même à Marfaux j’ai entendu des coups de feu venant de la direction de Chaumuzy. J’ai immédiatement envoyé une nouvelle patrouille pour dégager la première mais elle n’a pu arriver jusque là et s’est repliée sur le village de Marfaux dont j’avais aussitôt installé la défense.

Milpieds a pu revenir quelques heures après et m’a rapporté que Perrin avait été fait prisonnier que Laurent Papi et Decenty avaient été blessés et le maréchal des logis Guyot était resté pour les soigner.

Depuis ce temps j’ai su que Guyot avait été fait prisonnier alors qu’il se tenait auprès de Papi. »


Livret individuel avec, au centre, l'impact de l'une des balles de mitrailleuse

 

 


 

  










  Ci dessous Citation à l'ordre du Corps d'Armée

 

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