Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
                       Partageons nos plaisirs. Vous lisez ! J'écris !      

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   Tous les anciens élèves de l'école d'enseignement technique de l'armée de l'air se reconnaitront dans ce roman.


                 La chanson de Rosalie. (1999)

                                Roman.





                La chanson de Rosalie-Roman. Editinter éditions. 


     Un roman plein de rebondissements dans lequel on suit l'évolution d'adolescents voués à la carrière militaire emportés vers leur vie d'hommes. Roman ni à la gloire de l'armée de l'air, ni à la gloire de la guerre. Ces jeunes gens entrés à 16 ans dans l'école des apprentis mécaniciens de Saintes vont subir toutes les rudesses d'un régime de vie très éloigné du giron maternel. Ils connaîtront les petits chefs, la générosité de ceux, qui, parmi eux ont tout ou presque, l'amour comme un refuge et  l'indiscipline car il faut bien s'amuser.
  Les épisodes se passent dans un premier temps à Saintes et à Rochefort (Charente Maritime) puis en Algérie durant cette  guerre qui ne voulait pas dire son nom.
   Tiaret, Oran, Tlemecen, Sidi Bel Abbes, Blida, Aflou sont des villes et villages que nos héros vont découvrir. Sidi bel Abbes avec la Légion étrangère durant le putsch des généraux, Blida avec les commandos Georges, Oran durant l'exode des Pieds noirs. Pages sur cette guerre que Georges de Caune qualifiait d'un des meilleurs reportage sur le terrain.
     Vous y croiserez aussi Annie et ses quinze ans, Sylvette amoureuse ne nos deux héros Sandri et Jean-Philippe, Zora partagée entre l'Algérie et la France, Chichi vendeur de tartes, Riguett du commando Georges et bien d'autres... Entre le roman historique et le roman d'aventure. Humour et tragédie se côtoient tant et si bien que le lecteur a du mal à abandonner sa lecture.

Acheté en totalité par l'association des anciens élèves de Saintes -Paban ( bureau.national@arpete.com et www.arpete.com ) le roman est également disponible dans la boutique du croît Vif (info@croitvif.com et paolaauthier@croitvif.com ) tel 0546974652 au prix de 15,09€- 290 pages. 

                       

                                                   



- L'ouvrage fouillé et brillant ne manquera pas de surprendre tant le monde tout proche décrit ici nous parait lointain... Avec La Chanson de Rosalie Jean-Bernard Papi vient à l'évidence de signer son ouvrage le plus important, le plus abouti et le plus intime. Courrier français du 10 sept 99 Christian Robin

 

- De Saintes à l'Algérie... Ce roman, La chanson de Rosalie, relate la vie de deux jeunes gens faisant leur apprentissage d'homme et de soldat, de Saintes à l'Algérie en passant par Rochefort. Air actualité août 99.

 

- La chanson de Rosalie... ce roman qui fleurit d'anecdotes sur la vie militaire en France et en Algérie rend avant tout hommage aux arpètes. Armées d'aujourd'hui sept 99.

 

- ... le livre fourmille d'anecdotes sur la vie militaire de l'époque en France et en Algérie. AGPM N°202. (Sur La chanson de Rosalie)

 

Les arpètes y trouveront les moments heureux ou difficiles qui ont marqué le début de leur vie d'homme ; ils aimeront. Général Jean Rannou ancien chef d'état major de l'armée de l'air. (sur La chanson de Rosalie)

 

- Merci donc très vivement pour cette belle et nostalgique Chanson de Rosalie. Les arpètes et les autres y trouveront matière à se remémorer de vieux souvenirs. Beaucoup d'autres comme moi les découvriront au travers de ces anecdotes savoureuses. Général Michel Beaudoux ancien commandant la Région aérienne Atlantique (sur La chanson de Rosalie)

 

- On appréciera plus particulièrement le dernier chapitre où l'action s'enchaîne à la suite de son départ pour l'Algérie. Ce récit romancé se veut être avant tout un hommage rendu à tous ses héros de l'ombre qu'il a côtoyés, mais il constitue également un précieux témoignage sur la vie quotidienne dans cette école-caserne où bien des carrières se sont ébauchées et construites. Avec le talent de narrateur qu'on lui connaît, Jean-Bernard Papi a réussi, avec mention, cet exercice délicat, véritable prouesse technique consistant à assembler littéralement parlant le puzzle des mille et un souvenirs et autres anecdotes pour en faire un roman qui se lit avec un indéniable plaisir, celui d'écouter cette curieuse chanson de Rosalie qui bourdonne encore dans ses oreilles comme le chant de sirène du marin. L'océan et le ciel ont forcément quelque chose en commun : ils constituent chacun le miroir de l'autre. Les avions ne sont finalement que des voiliers du ciel. Sol'Air n° 21 / 2001. Laurent Bayart. (sur La chanson de Rosalie)

                                                                   

                                            



 

Premières pages de la Chanson de Rosalie :

          




 
Première partie : Saintes.

 Chapitre 1 : Dimanche 11 septembre.

 

 

     Pendant que, dans notre dos, un train traverse la gare sans s'arrêter, un aviateur coiffé d'une casquette blanche, un gradé sans aucun doute, sort du buffet et ordonne à notre petite troupe de le suivre et de quitter le quai. Dehors, sur la place et à l'ombre des platanes, des camions bâchés nous attendent. Une pancarte, avec une grosse flèche rouge, posée contre un arbre nous fait savoir que l'Ecole des apprentis mécaniciens de l'Armée de l'air commence ici, dans ces camions. Trop tard maintenant pour rebrousser chemin, j'appartiens à ce troupeau docile qui trottine, chargé de bagages, vers les véhicules.

     Les chauffeurs patientent dans les cabines ou fument, assis sur les marchepieds. Par signes, comme si nous étions sourds, ils nous montrent les plates-formes bâchées et les ridelles qu'il faut escalader. L'un d'eux me regarde dans les yeux et froidement crache à mes pieds. L'a-t-il fait exprès ? A quelques pas, le gradé en casquette blanche a suivi la scène sans piper mot. Donc, me dis-je, il ne l'a pas fait exprès.

     Cette fin de journée de septembre est encore très chaude et la chaleur emmagasinée sous les bâches m'étouffe et m'assomme. Dans la pénombre, le dos appuyé contre la cabine, quelqu'un parle tout seul. Il est arrivé par le premier train de l'après-midi et il se demande, d'une voix pâteuse et pour la centième fois certainement, s'il ne serait pas plus raisonnable de tout plaquer et de rentrer à la maison. J'ai même l'impression d'entendre un hoquet. 

     - Ici, on est moins que rien, dit un autre et on va en baver. Mon frère y est passé. Vaudrait mieux retourner au lycée ou chercher du travail.

     - Repartir chez nous ? On aurait l'air con ! commente son voisin.

     - Attendons, on verra bien. Après tout on a passé un concours pour être ici, affirme fièrement quelqu'un.

     C'est apparemment l'opinion d'une majorité. Comme s'il n'attendait que cette conclusion, le camion démarre en nous secouant sans ménagement. A cette époque les enfants, faciles à fabriquer et produits en abondance, comptent pour quantité négligeable. Au mieux, on est considéré plutôt comme des adultes ou des adultes en puissance. Les militaires chez qui nous nous rendons n'ont que faire de marmots. Ce qu'ils espèrent obtenir de nous, rapidement, à défaut de guerriers belliqueux c'est au moins des techniciens doublés de soldats passables. Et la patrie en a bien besoin. Elle se retire d'Indochine mais tiraille au Maroc, en Tunisie, envoie des troupes en Algérie pour un maintien de l'ordre contesté. A l'Est se signe le pacte de Varsovie. Mais sur Europe N°1 c'est Salut les copains !...

     Regardons les choses en face. Je vais confier à des étrangers, pour qui je ne suis rien et qui ne me sont rien, le soin de façonner mon avenir et, pour ce qui est du principal, de décider pour moi. Je devrai abandonner, pour longtemps, ma liberté de mouvement, contrôler mes sautes d'humeur et renoncer aux choix zigzagants qui m'ont servi, jusqu'alors, de ligne de conduite. Toutes choses auxquelles je n'avais pas encore réfléchi. J'avais le temps... La trouille s'empare de moi à m'en faire claquer des dents.

     Je me tourne vers celui qui m'a dit tout à l'heure s'appeler Sandri, qui s'est assis près de moi et qui me fait de la main un petit signe amical et rassurant. Tout ira bien, semble-t-il vouloir me faire croire.

     Je revois mon arrivée quelques heures plus tôt. C'était vers le milieu de l'après-midi et avec deux minutes d'avance, l'autorail venant d'Angoulême s'était immobilisé après une longue pétarade de diesel.

     - Saintes ! Saintes ! avaient crié les hauts-parleurs. Les voyageurs pour Bordeaux et La Rochelle changent de train. Les pensionnaires de l'école technique de l'armée de l'air se regroupent sur le quai numéro un.    

     Saintes. Ce nom douceâtre comme un bonbon, à consonance religieuse, crié à l'aplomb de mon compartiment m'avait cinglé, poussé dehors... Les pensionnaires ! brrr... Et déjà l'ordre militaire : "Rassemblement, quai numéro un !" J'avais tiré du filet ma pauvre valise Prisunic en regrettant que le voyage soit déjà terminé et guère rassuré sur la suite.

     L'odeur de créosote qui montait par bouffées du ballast grillé par le soleil m'avait pris à la gorge, presque à vomir. De l'autre côté des voies, dans l'ombre de la gare, entre la lampisterie et la salle d'attente, une cinquantaine de garçons de mon âge patientaient. Debout, ou assis à même le ciment, tenant entre leurs genoux serrés leurs sacs ou leurs valises, on pouvait se croire devant des immigrés fraîchement débarqués attendant d'être fixés sur leur sort.

     C'étaient mes futurs compagnons. J'avais, comme eux, l'allure endimanchée, des gestes brusques et souvent maladroits à cause de mes longs bras et de mes longues jambes qui m'encombraient comme les pattes du crabe macropode. Dans ma poche, pliée et calée par mon mouchoir, j'ai tâté la convocation tricolore, à ne pas perdre surtout, qui m'a permis de voyager sans payer. J'ai traversé les voies.

     Les visages se sont alors tournés vers moi d'un même mouvement théâtral et j'ai subi, à contre coeur, ces yeux qui m'évaluaient avec la liberté d'un marchand de bestiaux. Des voix m'ont interrogé, des bouches voraces, mouillées de salive, ont mordu l'air dans ma direction. J'aurais voulu la solitude, le silence et cette petite foule turbulente, ces voix entremêlées, me brouillaient les idées.

     - D'où viens-tu ?

     - D'Angoulême.

     - Moi de Bordeaux... Tours... Mont-de Marsan... Metz... Paris

     Je pensais : combien de minutes ai-je devant moi pour prendre une ultime décision ? Je peux renoncer encore à cette condition dans laquelle, à chaque seconde, je m'enferme un peu plus comme un brochet dans une nasse. Ce milieu m'est aussi étranger que les bateliers de la Volga ou les terre-neuvas. Pour repartir, n'importe quel train fera l'affaire.

     La réputation de l'armée, toutes les armées, est exécrable dans l'esprit du Français moyen, fautrice de guerre, mange budget et, tant pis pour l'orgueil, mon orgueil, refuge des esprits de troisième ordre. Sans aucun doute, je suis le crétin qui pour prouver son courage saute dans la fosse aux serpents, et ça, parce que je trouve magnifique le couple de l'homme et de l'avion, ce bel animal de métal brillant...

     Chacun a ses motivations, les miennes étaient comme ça, pas plus étayées, pas plus solides. Mais qui interroger maintenant, à qui demander un avis ? Autour de moi les voyageurs s'empressaient et me bousculaient sans me voir. A l'annonce de mon départ, père, mère, oncles, tantes, avaient haussé les épaules et levé les yeux au ciel, considérant qu'il s'agissait là d'une nouvelle et passagère lubie, que mon retour ne se ferait pas attendre... 

     Dédoublé, je m'observais, indécis et figé comme un acteur perdu dans son texte, sonné par ce décor brutal et peu hospitalier, par ses odeurs pénétrantes et le brouhaha continuel des voyageurs. L'ensorcellement cessa soudain. Je me mis à tanguer sur mes jambes ankylosées, brutalement réveillé par des chocs de wagons heurtés. Un train, derrière moi, s'enfuyait.

     Je me suis alors avancé d'un pas et le groupe s'est refermé. Des mains m'ont saisi. On m'a tapé dans le dos, on m'a poussé, on m'a tiré. J'étais désormais agglutiné à cet essaim qui bourdonnait furieusement. C'est alors que l'on posa une toute petite valise verte près de la mienne.

     Un visage de peau et d'os, d'une vilaine couleur tabac, s'afficha devant moi. Exactement celui de la pathétique momie exhibée dans la fête foraine du quartier Saint-Roch, un cadavre desséché d'Inca qui portait sur son visage les stigmates d'une douleur mystérieuse. Le gros crâne pointu et bosselé de l'inconnu, ses orbites creusées et sombres accentuaient encore l'horrible ressemblance.

     Puis il m'a souri, sans dire un mot, un vrai sourire confiant qu'un regard brun-doré accompagnait. Celui-là ne cherchait pas à m'avaler tout cru. A mieux l'observer, je finis par trouver que son nez aquilin, sa bouche sinueuse et charnue, ses cheveux châtains collés en mèches sur son front bombé et ses dents larges et solides lui dessinaient plutôt la physionomie décidée et intelligente du Jules César en plâtre de mon lycée. Il était maigre ce César, ficelé comme un premier communiant dans un costume de flanelle grise trop juste. Sa poignée de main fut ferme et sèche.

     - Alexandre Sitlinsky, se présenta-t-il, mais tout le monde m'appelle Sandri. Je viens de Pau.

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