Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
                       Partageons nos plaisirs. Vous lisez ! J'écris !      

              



Portraits de famille. (2000)
            Recueil de Poèmes



Portraits de famille- Poèmes. Editinter éditions 

 
Cent poèmes sur vous, sur eux, sur les autres. Ennemi juré du JE nombriliste qui empoisonne la poésie d'aujourd'hui, Jean-Bernard Papi avec sa férocité habituelle et son humour grinçant nous invite à partager ses portraits de famille jamais complaisants et rarement aimables. 
Portraits de famille est en vente chez Editinter:  editinter@littérature.net et à la librairie du Croît Vif www.croitvif.com  95 pages 11,43 € tel 0546974652 et naturellement sur Amazon

La peinture de  couverture est de Marie-Claire Pajeille.
                  

                                              

                                  Quelques poèmes du recueil. 




L'absent.
                
Les enfants disent adieu
comme l'on monte dans le train,
la mort a tant de sens qu'elle n'en conserve aucun.
 

C'est une vacance un peu longue,                                                  
un espace soudain devenu silencieux,
il est parti, croit-on, pour Haïphong.

Toute l'Asie cache, désormais,
l'absent définitif.
Mon ami, mon garçon, ne sois pas si naïf
les morts ont grand besoin d'un peu de nos pensées
et il est un devoir qui ne lasse jamais
c'est de faire auprès d'eux la longue traversée

 sur la barque du temps
qui s'en va d'ici vers un port inconnu.
Que sont nos pères devenus ?
Que reste-t-il de ceux qui croyaient changer le monde ?
Rien. Si ce n'est ce tourment
de les sentir se perdre dans nos mémoires profondes..

                     
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 Agrippa d'Aubigné
c'était le nom chargé d'épines
du collège où il fallait aller
quand on habitait les HLM
d'une cité dite "à problèmes".
 
Agrippa c'étaient les cabinets
toujours bouchés et la cantine
jamais lavée. Les graffitis en verlan 
partout tenaient chroniques
des mesquineries des enseignants.
 
Certains disaient : Caravansérail,
pour nous c'était juste une boutique
que l'on soit Black que l'on soit Beur
le même marché aux voleurs.
 
Mais Agrippa vaille que vaille
nous distillait ce brin d'espoir
de voir un jour bouger les choses...
Ce n'était pas la vie en rose
mais c'était mieux que le trottoir.
 
Aujourd'hui, quand je reviens sur ma moto
voir les copains et la cité
en passant, comme ça, je dis : Banco !
à ce vieux machin d'Aubigné.
 
                                                                                                                                                         
          3        
                       
 
 
Le dimanche matin, Thérèse et Lucien
s'en vont pleurer sur la tombe de Médor
au cimetière des chiens
route de Rochefort.
 
Te souviens-tu Lu-chien ?
Nous l'aimions tendrement
beaucoup plus qu'un cousin
et autant qu'un enfant.
 
Il était plus doux
que Marie-Lou
plus alerte
qu'Alberte
plus aimant
que Fernand               
et plus fidèle
qu'Adèle.
 
Dévotement ce bon Lucien
dépose un pot de géranium
et puisqu'il est mécanicien
il passe deux couches de minium
sur la grille et les arceaux
la plaque et la petite croix,
car il doit être le plus beau
le tombeau du cher pékinois.
 
Plus fleuri
que celui de Kiki
et plus grand
que celui de Fanfan.
 
Thérèse en attendant a sorti son mouchoir :
Les petits chiens ont-ils une âme ?
Fera-t-elle dire une messe à sa mémoire ?
Amen. Et son doux c_ur se pâme.
 
Car il était
en vérité
plus saint
que Sébastien
plus croyant
que Jean-Jean
et plus pur
qu'Arthur.

 
                   4
 
 
 
           
 Vous les reconnaîtrez, ils aiment le chant des chiens
au bord des nationales,
mes cousins.
 
Ils gobent la télé. A l'heure du journal
ils ne pensent à rien,
mes cousins.
 
Ils sont de la farine qui fait du citoyen
le gogo idéal,
mes cousins.
 
Un petit peu voleurs mais plus souvent vandales
on les croit maghrébins,
mes cousins.
 
Leur héros c'est Mickey, un rat américain
dont ils sont le féal,
mes cousins.
 
Vous les connaissez bien, aux matchs de football
ils sont dans les gradins,
mes cousins.

 
        5
 
 
 
      
Quand Dona Maria Segalla
Traverse San-José, le vendredi
                        à midi
c'est pour se rendre au cimetière.                     
 
Sur la tombe de Don Luis Segalla
décédé à septante huit ans
de mort naturelle
            vendredi
            voici un an.
 
Dona Maria Ségalla
marche
dans la rue,
vêtue de noir
depuis un an, comme il est prévu
que cela soit
à San-José.
 
Sa jupe noire
colle sur ses cuisses,
sur ses fesses, sa fierté,
rondes et dodues.
Elle a lissé ses bas.
La vieille Célestine a vérifié 
qu'ils étaient bien droits
puis a posé la mantille noire,
noire comme le pelage des taureaux,
sur les cheveux blonds
de Dona Maria.
 
Qui est née à San-Sébastian
            il y a trente ans.
 
Calle San Juan, Don Esposito
le coiffeur, entrouvre ses rideaux
comme l'exigent les clients,
quand Dona Maria traverse la rue.
 
            Plazza Major
bavardent les étudiants.
Ils se taisent, Senior,
quand passe Dona Maria
la folle de son corps.
 
Les voix chuchotent et se font basses
quand Dona Maria passe.
 
Carlos le notaire et Juan le banquier
quittent leurs dossiers pour regarder
            la riche et belle
            et jeune Dona Maria
qui éblouit la rue sans ombre
et réveille de ses talons pointus
l'église de la Vierge sombre.
 
Dona Maria sait-elle
qu'on l'a vue embrasser Pablo
quand devant le curé,
le front baissé,
cent fois agenouillée
elle laisse perler
une larme de sueur au coin de sa paupière ?

 
                   6
 
 

  
                       
 
 
Ce sont de vieilles petites filles
blanches et grises
qui poétisent
entre photos et camomille.
 
Elles écrivent : "Les roses sont fanées
dans le vieux vase..."
Et leur emphase
s'alanguit de mots surannés.
 
Elles racontent leurs amourettesPour Poèmes
en capelines
dans l'Indochine
des capitaines de corvette.
 
Elles habitent des sous-préfectures
et se souviennent
des valses à Vienne,
Noël à la Kommandantur.
 
Elles cachent des jardins secrets,
des boucles blondes
et correspondent
avec de vieux messieurs discrets.
 
Pincent du bec quand elles me lisent
négligemment,
car de leur temps
on n'écrivait pas telles bêtises.
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