Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
                       Partageons nos plaisirs. Vous lisez ! J'écris !      
        rosalie




Escarmouche  d’Organo entre les Français et les Mexicains le 30 décembre 1862. Ou l'art de tirer la couverture à soi.
(Guerre franco-mexicaine 1861-1867)



Portrait du Sous-lieutenant Dartiguelongue
 
(Rapports du Capitaine Brian pour les Français, et du Colonel Diaz-Miron pour les Mexicains)
 
    Dossier établi par le Sous-lieutenant d’Artiguelongue (photo ci-jointe) du 62ème de ligne, peu après l’accrochage auquel il a participé.
    On notera le décalage entre les récits français et mexicain, en particulier sur le nombre des combattants et celui des tués et blessés. Le tout se lit comme un roman.( Les chevrons   indiquent les campagnes et/ou les blessures. Arriéros : muletier indigène au service de l’armée expéditionnaire.)
    On observera aussi que le colonel Diaz-Miron devait se méfier de 'armée française, réputées la meilleure armée de l'époque, en  raison de son fusil à canon rayé plus précis que les canons lisses mexicains. Les deux rapports semblent donner raison à ceux qui prétendent que la victoire appartient à celui qui la revendique de la voix la plus forte.     
                 
©Jean-Bernard Papi    2010
 
            
 



 
                              1/ Rapport des Français                  

El Encero le 3 janvier 1863

Mon colonel,


En exécution des ordres qui m’avaient été transmis par monsieur le commandant Cottat, je suis parti de Corofalso le 29 décembre1862 avec trois compagnie du régiment : 1er, 2ème, 4ème  du 1er bataillon formant un effectif de : officiers 5, troupe 189, total 194.
Je devais avec huit voitures mexicaines effectuer l’évacuation du poste de Puente National. Les instructions qui m’avaient été données m’avertissaient que les guérillas infestaient la route, et que, en conséquence, je devais prendre toutes les précautions militaires que comportait cette situation.
Je n’ai rien de particulier à signaler pour ma première étape de Corofalso à Plan d’el Rio. Le lendemain 30 décembre je partis à 6 heures du matin pour me rendre à Puente National ma destination ; la troupe était disposée de la manière suivante :
1/ 10 hommes  de la 2ème en avant-garde de 80 à 100 pas ;
2/ Le restant de la 2ème compagnie ;
3/ La garde de police composée de trois escouades prises dans les trois compagnies ;
4/ La première section de la 4ème compagnie moins une escouade ;
5 / 4 voitures mexicaines ;
6 / 2 escouades de la 4ème compagnie ;
7/ 4 voitures mexicaines ;
8/ 2 escouades de la 4ème compagnie ;
9/ La 1er compagnie.
     Environ une demi- heure après notre départ notre attention fut attirée par les traces récentes d’un gros campement : restants de nourriture, loques etc. Plus loin deux baïonnettes, des cartouches. De plus tous les villages venaient d’être brûlés, je ne marchais qu’entre des débris fumants. Ces indices indiquaient le passage d’une troupe nombreuse  à peu de distances devant nous.
     Je prévins mon extrême  avant-garde de redoubler d’attention et de soins, surtout aux coudes et dépressions de la route qui partout est à peu près la même, un sillon au milieu d’une forêt, le plus souvent impénétrable. Le reste du détachement marchait en  main, bien serré.
     Après une demi-heure de marche environ, en un point que je sais s’appeler depuis l’Organo, situé entre la Rinconnada  qui est à une lieue en avant et Palo Gaccho à une lieue en arrière mon avant-garde reçut du côté gauche de la route une décharge foudroyante. Le fourrier Zaepfell, qui la commandait fut tué roide et un homme blessé mortellement.
     Alors éclata, en avant et un peu à gauche, une fusillade des plus nourries. Aussitôt je lançai la 2ème tête baissée et au pas de course, dans l’intérieur du bois. Cette charge vigoureusement enlevée par M le Sous-lieutenant Dartiguelongue, qui commandait la compagnie eut pour résultat de nous dégager momentanément.
      Mais j’avais sur la route 8 voitures à garder et  à amener à  destination ; il était donc prudent de ne pas se laisser entamer  par une diversion qui les eût livrées à une vraie attaque car dans ces terrains on ne voit rien, on ne sait où est l’ennemi ; aussi je fis rétrograder mais très doucement.
   L’attaque alors se renouvela plus vigoureusement qu’avant, je fis sur le champ reprendre l’offensive à la 2ème et comme l’action était des plus vives, M le Capitaine de la Chaussée se porta à la fusillade laissant le convoi aux 4 escouades de sa compagnie qui s’y trouvaient attachées, et à M de Lauzun dont la compagnie gardait les derrières. Cette diversion dirigée  en partant du convoi puis rabattue sur la tête, fut de la plus grande utilité. Il y eut un instant de répit.
     Je voulus alors parvenir à mon but ; retourner à mon convoi et le faire marcher ; je simulais une charge pour en finir et essayais de me retirer : une troisième tentative éclata.
     Dès lors il n’y avait pas à hésiter ; je n’entendais qu’une maigre fusillade sur mes derrières mais le devant de ma route était si infesté d’ennemis qu’il fallait le déblayer vigoureusement pour passer ; il n’y avait qu’une ressource celle de l’offensive prolongée afin de dégager à fond, j’ordonnais de la prendre avec le plus de vacarme possible.
    On s’enfonça dans la broussaille perpendiculairement à la route, puis parallèlement, aussi lestement que les obstacles le permettaient ; tout ce que j’avais sous la main : 2ème compagnie et 1er section de la  4ème compagnie fournit la battue de la sorte aux cris mille fois répété de : Vive l’Empereur ! Accompagnés de l’effet des tambours et clairons. Cette charge poussée à près d’un kilomètre nous dégagea en avant ; on tourna alors à droite pour revenir sur la route en laissant quelques hommes à courte portée dans l’intérieur des fourrés. A cet endroit de la route le hasard nous avait conduits sur une gare des plus favorables.
      J’y fis arrêter, et l’on embusqua les hommes derrière un rond-point qui était là, comme exprès pour recevoir les voitures.
       Mais au même moment sur les derrières où se trouvait la 1ère compagnie et la 2ème section de la 4ème, l’attaque recommença. On y entendait une très vive fusillade, des cris ; on voyait les Mexicains se rouler aplatis pour traverser la route.
      Je voulus faire pour la gauche ce qui venait de réussir à droite, un retour prolongé et, de plus, laisser des embuscades pour attendre que le convoi eut gagné quelque distance.
    Je laissais au capitaine de la Chaussée le soin d’organiser les choses en avant et, comme naturellement on était fort mêlés, je pris 40 hommes, les premiers sous la main. Je les mis sous le commandement de M le sous-lieutenant Stéphanopoli avec l’ordre de revenir en arrière au pas de course le long de la route , en rasant les bois, puis de se jeter dans l’intérieur, mais obliquement  au-dessus de l’attaque, comme pour tourner et l’enlever aux cris plusieurs fois répété de : Vive l’Empereur ! car ce cri anime tous les hommes ; il devait rendre courage à ceux  que l’on dégageait au cas où leur position eut été délicate, enfin, il devait faire lâcher pied à l’ennemi.
      Cette charge sur la gauche fut poussée à fond ; j’en dessinais une deuxième pour occuper mon monde, le tenir en animation et surtout donner aux voitures le temps de partir, ce qu’elles firent, moins la dernière où une mule blessée causait les plus grands embarras.
      En attendant la mise en état de cette voiture et son départ, je fis des retours bien accusés, mais immédiatement arrêtés, pendant que le clairon continuait à sonner ; en même temps on ramassait les blessés, les morts, on les chargeait, moins un seul que je n’ai pas eu le bonheur de faire retrouver dans ces terrains si couverts où l’homme échappe. Au retour j’ai rencontré ce malheureux  sur la route ; il n’était pas mutilé on l’enterra sur le champ.
    Tel est l’ensemble de l’affaire, mon colonel ; elle a été bien rude, bien acharnée de la part de l’ennemi qui semblait regarder le convoi comme une prise assurée, comme une proie que la fortune lui jetait au passage.
    Je ne puis vous préciser le chiffre des attaquants, mais les rapports les plus modérés les portent de 600 à 800 hommes, qu’on m’a dit  être des réguliers commandés par Diaz-Miron. La tenue en blanc était uniforme et les fusils avec baïonnettes uniformes aussi. Pour moi je n’hésite pas à accepter au moins ce chiffre en raison de la ténacité, de la durée de l’affaire et des groupes qui, coup sur coup, venaient à la fusillade. Nous n’avons jamais fait que prendre l’offensive et cependant  il nous a été impossible de dégager la droite et la gauche avant une grande heure de combat.
            Un peloton de cavalerie, fort de 50 à 60 hommes se tenait à cheval sur la route, vers Puente Nacional hors de portée, attendant le résultat de l’affaire. Pour la mener à bonne fin, il nous a fallu enlever deux lignes successives d’embuscades en pierres sèches, espèces de taupinières à ras de terre, recouvertes de broussailles, et d’où les mexicains tiraient à coup sûr, certains d’avoir une issue en arrière de ces abris ; l’endroit avait été solidement disposé ; à notre retour je l’ai encore fait remarquer à tous les contingents du détachement.
            La rencontre a donc été des plus sérieuses ; mais j’avais avec moi d’excellents officiers dont l’honneur et la bravoure ont éclaté aux yeux de nos petits fantassins qui en étaient à, leur premier coup de feu.
            Comme toujours, le cœur de nos hommes a répondu vivement aux élans généreux qui leur étaient inspirés. Capitaines et sous-lieutenants ont enlevé leur monde carrément et si, après le combat, les hommes ont crié « Vive les officiers », les officiers à leur tour pouvaient féliciter chaleureusement leurs soldats. je ne citerai donc personne parmi les officiers. Il y a de nobles services à récompenser, je le sais, mais je sais aussi, Mon Colonel, que je ne puis faire mieux qu’abandonner ces messieurs à toute votre bienveillance ; c’est la meilleure garantie que je puisse leur donner.
            Dans la troupe, je citerai :
Salmon, sergent major de la 1ère, grand entraînement.
Rougier, soldat à la 2ème, soldat bien dévoué, gravement blessé en ramenant un de ses camarades, moral très-élevé ;
Plumiau, soldat à la 4ème, quoique blessé sérieusement à la cuisse, n’a pas voulu être emporté avant l’issue de l’affaire et tirait toujours.
Bauer, sergent à la 4ème sous officier âgé mais rempli de vigueur comme un jeune homme.
Cosson, soldat à la 2ème, 3 chevrons, grande bravoure, bel exemple aux jeunes soldats.
Harmand, soldat à la 1ère. Toujours en avant de sa compagnie.
Devèze, soldat à la 2ème, a eu les cuisses traversées en marchant bravement.
Filias, soldat à la 4ème. Tombe dans une embuscade, s’est vigoureusement servi de sa baïonnette.
      Tous ces hommes, selon moi, mériteraient des récompenses signalées.
    En outre, j’aurai l’honneur de vous remettre une liste d’hommes qui mériteraient bien les compagnies d’Elites avec un beau libellé.  Je ne puis pas non plus, Mon Colonel, ne pas mentionner la conduite fort digne des deux majordomes du convoi :
Dastas, 1er majordome qui a été blessé gravement à la main.
Pourrière, 2ème majordome qui s’est occupé de la dernière voiture si gênante.
De plus, un arrièros, attaché au convoi, a fait très –bravement le coup de feu, c’est un garçon qui a du cœur, le nommé Martinez. Je crois que ces trois personnes mériteraient au moins une parole des plus flatteuses.
     J’arrive enfin au chiffre de nos pertes : 7 tués, 5 blessés, total 12 hommes hors de combat. Ce sont des pertes sensibles mais qui semblent encore modérées lorsque l’on songe que le détachement avait à faire à des forces si supérieures que l’ennemi assassinait en quelque sorte d’un terrain bien étudié et préparé. Et, cependant en dépit d’avantages si considérables il a été débusqué et dispersé. Ses pertes d’après les rapports les plus modestes sont de 40 à 50 hommes tués ce qui fait supposer un nombre de blessés fort important. Plusieurs ont été tués à la baïonnette tout proche des voitures, car il y avait de la part de l’assaillant une audace qui tenait, je crois, à la certitude qu’il avait de nous enlever.
     De plus, pendant l’affaire, huit mules de renfort libres, effarées par la fusillade, ont pris la fuite dans les bois. Deux mules ont été blessées aux voitures Enfin le convoi a été mis en marche doucement, avec ses blessés, ses morts chargé, moins celui qu’il a été impossible de trouver. Nous sommes repartis avec une belle contenance, sans précipitation ni tapage, comme des gens qui ne s’en vont pas mais qui marchent à leur destination ; on se tenait sur ses gardes, prêt encore à montrer vigoureusement les dents, car la troupe était fière d’elle- même et dans l’état moral le plus brillant ;
    Mais il n’y eut que des coups de fusils isolés qui ne méritaient pas la riposte. Nous sommes arrivés à Puente Nacional vers 1heure ½.
Pour mon retour outre la mort de trois malades de l’hôpital, 1 homme du 51ème de ligne et 2 zouaves, je n’ai qu’un fait à signaler : à la Rinconada, j’ai envoyé une corvée à l’eau sous la protection d’une section du 62ème  et d’une  section de zouaves, elle a été accueillie par un feu de 30 à 40 fusils déchargés à la fois ; un zouave a été contusionné ; le terrain ne permettait pas de donner la chasse à ces quelques bandits.
J’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect, Mon colonel, Votre très –humble et très-obéissant serviteur.
                        P de Brian, Capitaine au 62ème de ligne.
 

                                         
 
2/ Traduction du rapport du Colonel Diaz-Miron (Mexique) (transmis au Général Ortéga, Commandant de l’Armée d’Orient.)
                                              


Armée d’Orient
Général en Chef.


                                   Citoyen Ministre,                                        




    Le colonel Manuel Diaz-Miron, Commandant militaire de l’état de Vera –Cruz, par dépêche du 31 du mois dernier, datée d’Actopan, m’écrit ce qui suit :
   «  Ayant reçu avis qu’avant-hier, il était arrivé à Plan d’El Rio, un convoi  venant de Jalapa avec vingt voitures vides et escortées par une force française assez considérable, je me mis en mouvement dans la nuit du même jour, avec une troupe dans le dessein de surprendre l’ennemi, ce qui ne put avoir lieu parce qu’une partie des troupes qui devaient commencer l’attaque en tombant sur les derrières du point désigné, s’égara en chemin et n’arriva  pas à temps.
Prenant alors le parti de me retirer dans la matinée, je suivis la route nationale et vint prendre position à un point de cette route appelé Organo. Là j’embusquais mes forces disposant de l’autre côté de la route quelques soldats également embusqués et qui devaient ouvrir le premier feu pour attirer l’attention de l’ennemi pendant que le reste tomberait sur ses derrières. Un peu plus en avant je répartis 150 hommes des deux côtés destinés à déboucher et à faire face à l’avant-garde pour la contenir pendant que, d’une autre part, on harcellerait le centre.
  À 7 heures du matin, l’ennemi apparut. Dès qu’il fut à hauteur de nos embuscades celles –ci  ouvrirent sur lui un feu très-vif dont la précipitation l’empêcha de pénétrer plus avant et par suite de se compromettre davantage. Aussi eut-il le temps de former des colonnes d’attaque et de détacher des tirailleurs qui se lancèrent dans l’intérieur du bois et ouvrirent le feu sur nous. Le combat prit alors un autre aspect. Nos troupes cependant se maintinrent dans leurs positions soutenant le feu pendant deux heures et sortant même presque toutes pour se battre à découvert. C’est alors que déboulant par la route nationale la troupe qui s’était égarée dans sa marche sur Plan d’El Rio, et qui arrivait par cette même route ouvrit sur les derrières de l’ennemi un feu très- vif  qui introduisit la confusion dans ses rangs et lui fit promptement lâcher pied. A ce moment mon escorte à cheval chargea, mais elle dut se retirer à cause de sa faiblesse numérique, après avoir perdu quelques chevaux. Pendant ce temps les voitures suivaient rapidement leur chemin chargées de morts et de blessés que les Français enlevaient à mesure qu’ils tombaient, laissant partout des traces de sang. Ma troupe parvint à enlever 10 mules du convoi et en quittant  le lieu de l’action on recueillit deux morts du 62ème l’un d’eux officier ou chef, quelques fusils rayés d’infanterie, des baïonnettes et des havresacs.
   Dans cette rencontre nous avons eu cinq morts, seize blessés (dont 2 officiers) et douze disparus. La perte des Français peut s’évaluer à 60 hommes hors de combat.
J’éprouve la plus grande satisfaction à vous donner connaissance de ce fait d’arme et je dois ajouter que ce combat acharné a notablement amélioré le moral de nos troupes. Durant l’action, on a vu des traits de valeur et des luttes corps à corps qui font honneur aux défenseurs de l’Indépendance que j’ai eu l’honneur de conduire au combat.
   Le nombre de nos combattants était de 500 hommes tandis que l’ennemi en comptait 1200, la plus grande partie du 62ème de ligne.
   J’ai laissé une force imposante pour intercepter la route et couper la communication. Pour moi, je suis venu occuper avec le reste de ma troupe ce point qui est plus à même de fournir à notre subsistance.
    Je pense faire d’autres mouvements dont je vous parlerai ultérieurement.
    Telle est la relation des faits que j’ai l’honneur de soumettre à votre  haute appréciation. »
                                                           Liberté et réformes,
Quartier Général à Saragoza, le 21 janvier 1863
J.G Ortéga

                                          
  
Ordre du régiment (Français):


   Trois compagnies du régiment, la 1ère, 2ème et 4ème du 1er bataillon, formant un effectif de 200 hommes et allant effectuer l’évacuation de Puente Nacional ont été assaillies le 30 décembre par des forces bien supérieures qui les attendaient dans des positions choisies et fortifiées entre Plan Del Rio et la Rinconada.
   Après un combat très vif de plus d’une heure, nos ennemis culbutés dans tous les sens ont dû prendre la fuite laissant un grand nombre de morts sur le terrain. Nous n’avons eu à regretter que la perte de sept braves, entr’autres du fourrier Zaepfel et du caporal Nasich.
M le capitaine de Brian qui commandait le détachement a montré dans cette occasion l’intelligence et l’énergie que le Colonel attendait de lui. MM les capitaines de la Chaussée, les Sous-lieutenants Dartiguelongue, Stéphanopoli, Vidal de Lauzun ont enlevé leurs troupes avec vigueur et celles-ci ont répondu à l’appel de leurs officiers avec un élan qui leur fait le plus grand honneur.
    C’est un beau début pour le 62ème de ligne sur la terre du Mexique.
Tout le monde a donc fait noblement son devoir mais le Colonel est heureux de pouvoir citer d’une manière particulière les sous-officiers et les soldats dont les noms suivent :
1ère Cie : Salmon  Sergent major
     «       : Harmand  Fusilier
2ème Cie : Rougier        ‘’       blessé
                Cosson          ‘’         ‘’
                Devèze          ‘’         ‘’
3ème Cie : Bauer          Sergent
               : Plumiau      Fusilier    Blessé
                : Filias              ‘’
Le colonel s’empressera de faire valoir, comme ils le méritent, les droits à des récompenses de ceux qui lui ont été signalés comme les plus méritants.


                                               Jalapa, le 5 janvier 1863
                                               Le Colonel  Aymard
                  
                                                

Ordre général (Français)
 
   Le Général en chef a encore un nouveau fait d’armes à faire connaître au Corps expéditionnaire. Il s’agit d’un rude combat livré par quelques compagnies du 62ème de ligne le 30 décembre dernier et dont le rapport ne lui est parvenu  qu’hier par suite des difficultés qu’  ont présenté les communications de la colonne, sous les ordres du Général Bazaine, avec le quartier général.
    Le 30 décembre , 3 compagnies du 62ème sous les ordres du Capitaine de Brian se rendaient de Jalapa à Puente Nacional  pour protéger l’évacuation de ce poste, lorsque arrivé au point nommé l’Organo entre Palo-Gaccho et la Rinconnada elles furent vivement attaquées par les troupes mexicaines au nombre de 800 hommes environ, commandées par Diaz-Miron ; l’ennemi s’était fortement retranché derrière des abris en pierres sèches couvertes de broussailles, et ce ne fut qu’après une heure de combat que les Mexicains chargés à la baïonnette furent délogés de leurs embuscades et dispersés dans toutes les directions sous les yeux de leur chef qui se tenait prudemment hors de portée avec sa cavalerie.
    C’est la deuxième fois que, sur le même terrain où s’est livré le combat  du 3 novembre, Diaz-Miron a vu ses bandes occupant de fortes positions ont fui devant une poignée de nos braves soldats ;
    Le général en chef est heureux de saisir cette nouvelle occasion de signaler l’entrain avec lequel nos soldats abordent des forces bien supérieures et établissant, ainsi qu’ils l’ont fait de tous temps leur supériorité dans l’attaque.
   Les militaires appartenant à ces 3 compagnies du 62ème qui se sont le plus particulièrement fait remarquer par leur énergie et leur courage dans cette affaire qui leur a coûté 7 hommes tués et 5 blessés sont :  
MM de Brian, Capitaine Commandant le détachement, qui dû n’éprouver aussi peu de pertes qu’à ses bonnes dispositions  et à la vigueur avec laquelle il a fait attaquer la forte position de l’ennemi.
de la Chaussée Capitaine, Stéphanopoli, Dartiguelongue, Vidal de Lauzun, Sous-lieutenants, ces 4 officiers ont enlevé leurs soldats avec la plus grande vigueur.
Salmon, Sergent Major
Bauer, Sergent
Filias, fusilier est resté au feu étant blessé,
Cosson   ‘’      grièvement blessé
Rougier    ‘’          ‘’
Plumiau     ‘’         ‘’


L’ennemi a laissé sur le terrain 50 morts et a eu un grand nombre de blessés ;
                                    Au quartier général  à Orizaba le 26 janvier 1863
                                               Le Général Commandant en chef
                                                           Forey.

                                            


Ordre général N°2 (Français)


  Le Général commandant en chef le corps expéditionnaire du Mexique porte à la connaissance des troupes qu’à la suite du combat de l’Organo (30 dec. 1862) il a conféré provisoirement  en vertu des pouvoirs qui lui ont été dévolus par le décret impérial du 21 juillet 1862, les décorations ci-dessous désignées au 62ème de Ligne :
1° La croix d’Officier de la Légion d’honneur à M de Brian de Foussière Fonteneuille, Capitaine ;
2° La croix de Chevalier à MM de la Chaussée, Capitaine ;
     Dartiguelongue Sous –lieutenant ;
3° La médaille militaire aux nommés :
     Salmon,     Sergent major
     Bauer         Sergent
      Filias         Fusilier
     Harmand      ‘’
     Rougier         ‘’
     Plumiau         ‘’

Au Quartier Général à Orizaba le 27 janvier 1863
            Le Général Cdt en Chef
                        Forey
PCC Le Chef d’Etat major de la 1ère division
                        Signé Lacroix