Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
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                     Ecologie : science ou religion ?
                                                                                                                                                             Peinture de Kael (Michael Fleury)(2014)








   Commandé en 1970 par le Club de Rome, un groupe d'élites internationales, le rapport Meadow intitulé « Halte à la croissance », est sorti en 1972, pendant le premier « choc pétrolier ». Ce rapport alarmiste établi par des experts du MIT (Université de technologie du Massachussetts), faisait état d’une limite prévisibles des énergies fossiles. L’écologie, qui se réfère à ce rapport, propose des mesures immédiates et coercitives pour contrer les deux événements, plus ou moins liés, qui constituent une part importante de ses convictions :
- La disparition du pétrole à brève échéance (cf. le rapports Meadow), ainsi que les principales matières premières.
- L’augmentation de la température du globe terrestre résultant de l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère, gaz issu principalement de la combustion des énergies fossiles par les industries. (1)
Sommes-nous devant une vue étayée scientifiquement, c'est à dire par des preuves évidentes et reproductibles hors de toutes hypothèses, ou devant une religion basée sur une croyance développée par un faux consensus ? Examinons les propositions en nous basant sur le réel et les chiffres.

La disparition du pétrole.
 
Bien que, régulièrement, de nouvelles poches de pétroles soient découvertes et exploitées, il n’empêche que l’ensemble des réserves mondiales de brut, qui en janvier 2009 étaient estimées à 1342 milliards de barils, ne seront pas éternelles sans que l’on puisse annoncer précisément l’époque de fin de ces réserves. Cependant, et depuis quelques années, 33 pays dont les USA, la Chine, le Brésil, l’Allemagne, la Suède etc. extraient, de leur sol, un carburant appelé kérogène à partir des gisements de schistes bitumineux. Cette réserve estimée en 2005, entre 2800 et 3300 milliards de barils augmente régulièrement au fur et à mesure de la découverte de nouveaux gisements. En France, 60 à 100 milliards de barils, chiffres sous toutes réserves, dorment à 2700 m sous le bassin parisien, un kérogène qui permettrait de tenir entre 90 et 150 ans environ au rythme de la consommation française de 2011. Ce type d’extraction, qui a ses inconvénients, le mouchetage du paysage par des puits d'extraction par exemple, est vivement combattu par les écologistes français. La majorité de ces derniers préfère envisager une décroissance du PIB capable d'enrayer la consommation de pétrole, ce qui ne se fera pas sans risques économiques et sociaux importants. En 2012 le président de la république d’alors, François Hollande, a interdit toute exploitation et recherche autour des schistes bitumineux en France. Aujourd’hui, un vague concept appelé « transition écologique » se substitue au terme de décroissance sans que l’on sache ce qui se cache vraiment sous ce vocable technocratique. (2)

Disparition des autres matières premières.
  Hormis les « terres rares » (lanthanides) oxydes métalliques plutôt foisonnants mais réparties de manière non concentrées et l'hélium surconsommé, le fer, l’aluminium, le cuivre, le magnésium, le chrome etc. sont abondants sur terre. La Chine et l’Afriques sont les principaux exploitants des terres rares nécessaires à l’industrie électronique, ce qui constitue un handicape stratégique pour le reste du monde. Cependant, toutes les réserves ne sont pas connues et, de la même manière qu’Edison essaya plus de mille matériaux avant de trouver le bon filament pour ses ampoules électriques -remplacées aujourd’hui par des diodes électroluminescentes (LED)-, la science et la technologie feront le nécessaire pour substituer aux "terres rares"  des composants moins difficiles à exploiter.

Alors pourquoi tant d’inquiétude ?
  Le mathématicien Nicolas Georgescu-Roegen (1906/1994) serait le fondateur de l’écologie moderne. Il avança l’idée que l’énergie disponible sur terre aurait fatalement une fin - idée reprise ensuite par le rapport Meadow- en se basant sur le second principe de la thermodynamique qui affirme l’inéluctable dégradation (ou entropie) de l’énergie. Théorie admise sans discuter par les écologistes. Ce principe, dit de Carnot et 2ème loi de la thermodynamique (une science véritable), s’applique à un système mécanique -à l’origine les machines à feu- clos et en fonctionnement dans lequel l’énergie est dissipée par son utilisation, la chaleur rayonnante ou les frottements. Ce qui permet d’affirmer à la suite que l’entropie -désordre au niveau moléculaire-, ne peut que croître. Ne pas confondre entropie et anthropie : oeuvre de l'homme. Appliquer ce principe à un système vivant et complexe, c’était faire de nombreuses impasses peu scientifiques. Georgescu-Roegen considère que la recherche fondamentale, qui nous a maintes fois sorti du pétrin, doit être mise de côté et oubliée. Les progrès de la médecine et de la chirurgie, de l’alimentation, des éléments de confort, de l’alphabétisation peuvent pourtant témoigner du contraire. Les physiciens pour leur part notent que le rayonnement solaire et tout ce qui lui est associé est absent dans la théorie de Georgescu-Roegen. De nombreux écologistes ont emboité le pas à Georgescu-Roegen dans un sens de plus en plus radical accusant le capitalisme, la mondialisation et la société marchande de promouvoir le gaspillage de la planète. D’où l’idée de prôner la décroissance avec des variantes en décroissance soutenable, volontaire, antipub, antinucléaire, zone à défendre, blacks-blocs, anti-capitalistes etc.

Un climat terrestre de plus en plus chaud ?
  Le groupe d’étude du climat, ou GIEC, formé par les instances intergouvernementales et l'ONU, un organisme controversé par certains climatologues, (l’américaine et climatologue Judith Curry par exemple), qui lui reprochent ses positions gauchisantes et anti-capitaliste, dans son dernier rapport, le cinquième, informe que la température terrestre, toutes surfaces confondues a augmenté de 0,89 degré entre 1901 et 2012. Un degré disait déjà en 1960 la revue Diagramme (voir "Controverse sur le climat" sur ce site). L’homme et ses industries, affirme le GIEC, est en très grande partie responsable de cette augmentation de température du fait des émissions des gaz à effet de serre : CO2 et CO issus de la combustion des énergies fossiles, méthane produit par la digestion des bovins et dans une moindre mesure vapeur d'eau et autres aérosols. À ce rythme, en 2100 la chaleur du sol devrait augmenter de 2,6watt/m2 ce qui accroitra la température de l’air de +0,3 à +0,7 °C soit une élévation de +1,5°C par rapport à 1850/1900. Le +4°C comme avancé parfois est jugé peu probable.
  Bien que le CO2 constitue la nourriture des plantes et du plancton, au-delà d’un seuil sa concentration dans l’air est préoccupante car la végétation actuelle et les océans ne peuvent absorber le surplus. À moyen terme affirme le GIEC, soit vers 2100, si l’on ne réduit pas les émissions de CO2 la vie sera perturbée sur terre. En accusation la surconsommation de pétrole par les moyens de transport (autos, avions, navires) le chauffage et l’industrie chimique ou de transformation sans oublier l’augmentation rapide de la population mondiale, aujourd’hui de 7 milliards d’individus, elle-même consommatrice de pétrole en tous les usages de la vie courante. Ajoutons les nombreuses autres causes d’augmentation de température sur lesquels on n’a pas ou peu de prise. Ce sont les variations cycliques du rayonnement solaires, l’activité des volcans, les grands incendies, le méthane dégagé par les déchets et par le permafrost en réchauffement, les modifications des courants océaniques, les variations des paramètres de Milankovic etc. Que faire ?

Les solutions des écologistes :
   – Freiner la consommation de pétrole en particulier dans les machines thermiques ? Cela parait impossible et sans grand impact si on se contente de considérer les automobiles sans toucher à l’industrie, aux navires et avions, y compris ceux des armées. Décroitre en prenant pour objectif un retour en 1960 comme préconisé par l'écologiste Serge Latouche ? En 1960 la population mondiale était de 3 milliards d’individus (7 milliards aujourd’hui) ; que faire de cet excédent d'individus ? Ou en suivant Paul Watson de l’ONG Sea Shepherde (cité par S. Pinker) qui préconise de limiter la population mondiale à moins de 1 milliard ?  On touche ici du doigt l’état d’esprit fanatique des écologistes radicaux qui avancent des propositions…impossibles à tenir. 
   – Freiner l’accroissement de la population mondiale ? Plus impossible encore que de freiner la consommation de pétrole.
   – Améliorer le rendement des moteurs, favoriser l’isolation des maisons, utiliser les puits canadiens plutôt que la climatisation.
   - Passer au tout électrique. Seule l'énergie nucléaire est dite "énergie propre" ? Ce qui oblige à développer les centrales nucléaires honnies par certains leaders écologistes irrationnels qui confondent arme atomique et électricité nucléaire (Yves Cochet en France).  Ajoutons les éoliennes là où il y a du vent et les centrales solaires là où le soleil brille en complément, à condition d’une réglementation qui définisse le remplacement ou la démolition des installations après usage. Favoriser la plantation d’arbres gourmands en CO2. Etc. Et faire confiance à la science ! "L'âge de pierre ne s'est pas arrêté faute de pierres" a déclaré avec humour le ministre saoudien du pétrole Ahmed Z. Yamani. 
    Mais sommes-nous certains d’une catastrophe apocalyptique comme l’annoncent les membres du GIEC et nombre de spécialistes de tous horizons, ou l’américain Al Gore (qui avait prévu la fonte totale des glaces polaires pour l’an 2000) ou encore le Français Nicolas Hulot, fanatique, sorte de Savonarole moderne, si la température de la planète augmente de 2 à 4 degrés d’ici 2100 ? Le passé de la terre ne peut-il servir de guide ? Par deux fois en deux mille ans la température terrestre eut des sautes d'humeur. Durant "l'optimum climatique" au moyen-âge, entre l'an mille et le XIVème siècle, qui vit le Groenland verdoyant et "La petite ère glaciaire" du XVème siècle à 1850. Selon Stéphanie Thiebault (Archéologie expérimentale in Encyclopédie Universalis 2018) en 1381/1390 la température fut la même qu'en 1991/2000. Durant ces époques la consommation de pétrole fut voisine de zéro pour des populations bien moindres qu'aujourd'hui. En attendant les solutions qui ne manqueront pas d’apparaître dans les dix ou vingt années à venir -ne signale-t-on pas le premier vol d’un plus lourd que l’air par propulsion ionique au MIT- il faut enfouir le CO2. Où ? Les anciennes poches de pétrole pourraient faire l’affaire. Voire le dissocier en ses composants ? La recherche est ouverte.

 Alors : L'Ecologie Science ou religion ?
    L’attitude fermée et radicale des écologistes, même chez ceux qui se disent progressistes, l’absence de références scientifiques convaincantes et chiffrées dans les jugements qu’ils avancent ne permettent pas de penser l’écologie comme une science. Tout au plus peut-on la rapprocher de l’économie qui, même si elle fait appel aux statistiques, n’a d’une science que l’approche pifométrique de ses experts. Pour beaucoup d’observateurs l’écologie est d’abord une sorte de secte apocalyptique au sens entendu du 17 ème siècle, c'est-à-dire appartenant à la religion. Les imprécations des écologistes (3) formulées dans leurs livres, leurs revues et les médias, sont très semblables à celles de ces prophètes hébraïques qui mêlaient à leurs injonctions des présages de catastrophes futures, par bonheur jamais accomplies. Le corpus de leur doctrine, base de leur foi, aboutit in fine à une mise à l’écart de la raison raisonnante pour donner la priorité aux sentiments et émotions, comme la peur, la haine et le repli sur soi. Ils ne tiennent pas compte non plus des aspirations des peuples en développement qui voudraient accéder eux aussi à la richesse et au confort occidental. Derrière toute  religion se cache l’appétit du pouvoir avec en corollaire l’utilisation « de la prune et du bâton »pour mener les foules. "Le pouvoir, dit Peter Sloterdijk, a la capacité de mettre les faits en fuite". Le pape François ne s'y trompe pas quand il se range du côté des écologistes militants dans son encyclique Laudato si' (2015) et dans ses appels à la prière "pour la conservation de l'oeuvre de Dieu, créateur de l'univers" (c'est scientifique ça ?). N'oublions pas l'appel des religions (?) à jeuner le 1er de chaque mois pour économiser la planète.
   Terminons par les conclusions de Jean-Marie Harribey parue dans l’Encyclopédie Universaliste 2018 in "Critique de la décroissance" : « Sur quoi fonder l'écologie demande Goldsmith (4) ? Pas sur la science mais sur la foi, répond-il. Il s'agit donc de réenchanter le monde, ainsi que le dit aussi Latouche. Alors que la modernité avait laïcisé la société, confinant la religion à la sphère privée, le religieux est réintroduit dans l'ordre politique pour détruire celui-ci comme lieu de construction de la cohabitation entre les humains […] Pour les théoriciens de la décroissance et du refus du développement, la coupable est finalement la Raison confondue avec la rationalité capitaliste, qui a désacralisé, « désenchanté » le monde. La nécessaire critique de l'instrumentalisation de la Raison tombe alors dans un relativisme qui met sur le même plan la science et la croyance. Or, s'il existe des croyances au sein de la science – l'économie en est un bel exemple –, la science possède des garde-fous : la raison et la vérification – qui lui évitent de se perdre dans la crédulité. Derrière la critique de la Raison, il y a le rejet des Lumières et de l'idée même que puissent être construits des droits universels. Le début de succès des thèses en faveur de la décroissance est dû, au moins en partie, aux échecs des expériences du XXe siècle et notamment à la difficile prise en compte par les mouvements sociaux et le marxisme traditionnel de la dimension de l'écologie. Celle-ci est devenue un impératif. Son inscription dans le champ social et politique en est un autre. Mais elle implique l'abandon de l'idée qu'il existe un ordre social naturel. La synthèse entre des objectifs sociaux (un développement au service de tous) et des préoccupations écologiques (une soutenabilité de ce développement) est à ce prix. La nature ne peut être ni objet, comme dans le capitalisme productiviste, ni sujet théorisé par l'écologie profonde, mais un projet puisque l'Homme porte seul la responsabilité de le penser. Un humanisme de notre temps ne pourrait-il concevoir un développement véritablement soutenable, socialement et écologiquement, alliant l'équité intragénérationnelle et l'équité intergénérationnelle ? »
  Cette religion nouvelle, ajouterai-je, aura-t-elle le pouvoir de changer la société, le grand rêve des politiques et des idéologues, et ainsi faire basculer les civilisations vers un vertueux  futur ? Permettez-moi d'en douter, aucune religion n'a transformé les humains en profondeur, tout au plus les a-t-elle assujétis.
Nota: Il existe une grande similitude entre l'an mille et le monde d'aujourd'hui mais le développement de ce point de vue nous entrainerait trop loin.
 
Jean-Bernard Papi ©
 
(1) "Quant aux possibilités de modifier la teneur en gaz carbonique on peut supposer que toutes modifications artificielles présenteraient plus d’inconvénients que d’avantages à l’échelle du globe terrestre" affirme Henri Dessens Diagramme n° 100.
(2)  La disparition du pétrole n’est donc plus ou pas à l’ordre du jour dans de nombreux pays, sauf en France. L’électricité, le gaz propane liquéfié, l’hydrogène liquide, font figures de prétendants à la relève des énergies fossile au moins pour les véhicules automobiles. Ce qui atténuerait les émissions de CO2 sans pour autant les supprimer totalement car toute combustion produit du CO2. La France, pour sa part s’est engagée à diviser par 4 (75%) ses émissions d’ici 2050. La recherche de substituts financée par l’industrie n’a pas dit non plus son dernier mot. Durant 60.000 ans l’énergie à la disposition des chasseurs-cueilleurs fut uniquement humaine. Remplacée par le travail animal à partir de -8000 avant notre ère, relayé au XIXème siècle par les machines à vapeur. Aujourd’hui, en France, elle provient essentiellement du pétrole, du charbon et de l’électricité. Cette dernière est fournie par les éoliennes (10%), le photovoltaïque (3%), l’électronucléaire (70%) et les centrales conventionnelles (eau, charbon, pétrole etc.).
(3) - Serge Latouche : Faut-il refuser le développement ? (1987) Serge Latouche : le modèle occidental de développement est arrivé à un stade critique. Ses effets négatifs sur l’environnement sont évidents – Les décroissants : Le monde n’est pas une marchandise (2001) - Clémentin et Cheynet : Décroissance soutenable (2001) - Ouverture à Lyon de l’institut (en religion institut = règle d’un ordre religieux) d’études économiques pour la décroissance soutenable (2001) - Le parti « les Verts » dès leur création formalisent une position favorable à la décroissance – Marche pour la décroissance à Lyon 7 juin 3 juillet 2005– Création du parti de la décroissance (2006) Movimento en Italie- Entesa en Catalogne – Création de l’Institut Momentum en vue de démystifier l’idéologie productiviste etc.
(4) Edward Goldsmith philosophe britannique de l’environnement (revue Ecologist)                                                             Peinture de Kael
                                                                                                                                 
Références :
- Wikipédia. (La décroissance etc.)
- Futura et l’analyse du 5ème volume du GIEC
- Encyclopédie Universaliste 2018.
- Diagramme n° 75, 95 et 100 de 1963
- Steven Pinker « Le triomphe des Lumières » en particulier le chapitre 10.
- sur ce site voir : "Controverse sur le climat "http://www.jean-bernard-papi.com/controverse-sur-le-climat.php et "Y a plus de saisons" http://www.jean-bernard-papi.com/y-a-plus-de-saisons.php