Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
                       Partageons nos plaisirs. Vous lisez ! J'écris !      

  rosalie                

                           Croquis des  saisons et des voyages. 

                                  Poèmes de Jean-Bernard Papi

Prix de l'édition du val de Seine 1997


                               Croquis des saisons et des voyages-Poèmes. (Epuisé chez Editinter)) 
 
  Le recueil comporte  deux parties.
 La première partie, en 21 poèmes conte le déroulement des saisons, du  printemps à l'hiver, avec pour coeur, ou épicentre, la maison et son jardin.
  La seconde partie en 16 poèmes traite des voyages en chemin de fer objets de  toute une vie pour celui qui a voyagé plus que de raison.
  Le recueil est illustré de sept dessins à l'encre, dont celui de la couverture,  par  Dominique Peyraud.
  Il fut épuisé en à peine quatre ans et non réédité, le texte complet est offert  sur ce site 

 Un éditeur généreux, peut-être, lui donnera une seconde vie. 

-1- Les saisons
-2-Les voyages
 
 





               1  Les saisons


              
 C'est comme le rire d'une fillette qui ricoche
 une voix flûtée sur une autre voix.
On dirait que le printemps approche
dit tout bas Hermeline
et quelque part dans le petit bois
un arbre frileux qu'on appelle tremble
frémit comme un blessé qui s'éveille
la terre et le soleil alors marchent à l'amble
c'est le moment, dit le chat en bougeant ses oreilles
 
c'est le moment, dit l'oiseau à l'insecte
il suffit de gratter sous la pierre
pour que se montre le lézard au nez léger.
 
Et c'est comme si l'herbe bourdonnait
celui qui se couche et s'enveloppe de lierre
a de l'eau à ses pieds et du feu dans la tête.
                                           
                                    II
 
 L'air s'ouvre soudain aux sonnailles
les cloches du vieux bourg entrent dans la maison
qui secoue ses tapis et repeint son portail
et branlent aux étages comme des moussaillons
ceux qui clouent sur la porte "Approche étranger
tu peux t'asseoir ici, tu peux te reposer".
Puis qui courent au jardin les bras chargés de graines
qui s'attardent au lilas, qui rêvent à la vigne
qui savent du vent interpréter les signes,
le gel cette nuit ? La pluie est une aubaine.
 
Celui-là n'écoute guère la route qui ronronne                 
et les lycéens le plongent dans l'ennui
il a planté ses haies plus hautes que des tours
pour s'éloigner, dit-il, de la folie des hommes
et il n'aime rien autant que la brutale pluie
qui roule sur son toit et inonde sa cour.
 
                                   III
 
 La ville s'ébroue et chasse une ondée
on ne parle plus ici que de risques urbains
tout est prétexte à peur. On vit au moyen âge
quand on craignait le feu, la peste et le curé.
Mais que la rue est belle et qu'il est bon le pain
quand d'une vitrine à l'autre on se paie des voyages
ici c'est le saumon et là les chiche-kebabs
celui qui chante a fait chanter la rue
l'un dans un pot a mis un baobab
un autre vend une herbe qui vous emporte aux nues.
 
La ville est ainsi faite mais le ciel n'est pas moins
aussi clair qu'au village
et trois géraniums et quatre primevères
y font un printemps qui vous ramène au loin
la maison des parents au pays de naguère
que l'on cherche bêtement sur la route des rois mages.
 
                                    IV
 
 Ecoutez le matin qui se lève
les herbes se défroissent
quand le froid des gelées fond dans votre paume
l'histoire des crocus est une histoire si brève.
Il suffit d'un lilas au mur d'une impasse
d'un carré de muguet pour que la nuit embaume.
Le printemps naît aussi sur la route des camions
et ne recule pas quand crachent les canons.
 
Certains ont souvenir d'arbres couverts de sang
mais l'arbre comme l'homme renaît de peu de choses
sur les champs de bataille on voit sortir les roses
le temps, toujours le temps, l'invincible temps !
  
                                   V
  
L'été cogne aux nuques des cyclistes
il faut pousser très haut les machines pesantes
on est au bord des routes comme au bord des ruisseaux.
L'été cris de radio
de limonade-menthe
de rires et de boulistes. 
L'été du bord de mer
le temps des digestions
des parasols jaunes.
On fera du Morey, de la planche. J'irai dans le désert
si tu ne cesses pas de poser des questions !
 
En apnée aussi on peut voir la faune...
Pour pêcher j'attendrai la marée
et nous irons si loin, plus loin que Cordouan
la terre ne sera plus qu'une mince fumée
une vapeur blanche par-dessus l'océan.
  
                                  VI
 
 Le charme de l'été c'est de n'avoir rien à faire
aux autres les forêts en feu

et le dinghy qui verse.
Demain, peut-être, j'irai à Barbezieux
les routes en ce moment c'est l'enfer
dit Hermeline. Demain, ah ! demain,
tout ira mieux...
              
                                    VII
 
 Je resterai chez moi, il me faut travailler !
La ville est silencieuse dans l'odeur du goudron
quelquefois une auto, quelquefois un camion
qui secoue mes vieux murs et vient me réveiller...
La brise ose effleurer ma sieste
je travaillerai ce soir, s'il n'y a pas d'orage
peut-être un chapitre, peut-être qu'une page
dans la grosse chaleur, le lézard est moins leste.
On m'a conté les champs et l'herbe jaunie
des vaches cherchant l'ombre et puis soudain les cris
les oiseaux réveillés et la guerre qui gronde
les cloches basculées...
C'était, voyons, au coeur de l'été
ou pendant les vendanges ?
 
Quatre notes criées par la fenêtre
le bruit du téléphone qui agresse le monde
et fait fuir les mésanges.
Les poires se balancent sous mon oeil attendri.
 "On en mange tant et tant, je crois que je grossis. Le monde du jardin est la sphère d'abondance. C'est pas moi qui le dit c'est en toutes lettres dans le journal. Ce soir il y aura de la tarte aux prunes. Oui, du jardin. Comment encore ? C'est normal... Dominique a fini les moissons... Comment sera le grain ? ..."
 Les voix des femmes glissent sur mon sommeil
et me font un coussin
entre les pétales d'un rêve cent fois dorloté
s'essouffle une abeille.
Mon Dieu que l'on est bien
au soir d'un jour d'été !

                         
                                   VIII
  
Un gamin à ma porte parle de la rentrée
et du maître barbu de Saint-Romain-de-Bénet
j'en suis triste pour lui
on était si heureux et voilà que d'un coup
la civilisation est là, pogs et Mac-Do
les infos, la télé, la trouille
si le ciel nous tombait sur la tête ? Pauvre de nous
pauvres Gaulois, pauvres niquedouilles
le feu dans les banlieues, les grèves dans le métro...
 
Et ces gosses, dans la rue, comme des grands
qui énumèrent la série de leurs emmerdements.
L'école, le maître, les devoirs, foutue prison....
        

à suivre...               
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