Ils sont venus, ils sont tous là.
Ils sont venus, ils sont tous là…
Je les vis de mes yeux, et je n’en reviens pas. Des bataillons d’écologistes d’obédiences diverses s’étaient réunis autour des incendies en Gironde et dans le Var ! Tous volontaires, munis de pelles et d’arrosoirs, voire de simples branchages, ils attaquaient, et avec quel courage, le feu à sa base. Cinq ou six professeurs d’université, maladroits mais pleins de bonne volonté, donnaient des conseils de maniement de pelle et d’arrosoirs à la bleusaille des « Soulèvements de la terre ». A l’évidence tous étaient là pour prêter main forte aux pompiers.
Je vis, ceux de Notre Dame-des-Landes avec leurs (vieux) tracteurs et leurs citernes cabossées qui cahotaient sur les chemins forestiers, charriant l’eau de leurs robinets et plus souvent l’eau de la mare du voisin. Ah la solidarité, quelle force ! Ils étaient prêts à donner leur vie dans ce combat titanesque à la mesure de leur foi pour que notre mère la terre échappe à ses assassins. Ils espéraient toutefois que l’on en vint jamais à cette extrémité car ils avaient leurs salades bio à planter.
Je vis plus loin les jeunes « d’Extinction rébellion » -dirigés par un révolutionnaire trotskiste apparenté Lambertiste qui avait fait toute sa carrière comme portier à la CGT- ils étaient renforcés par une légion d’élèves en sociologie, peut-être même certains de Science-po. Tous bien décidés à sauver la planète et peut-être Marcheprime et le Cap-Ferret si leur route passait par là. Parmi eux de nombreux jeunes brandissaient le drapeau palestinien, un geste de défi face au feu apocalyptique en espérant que ces talismans sacrés éteignassent les flammes par leur seule présence. Drapeaux brandis certes mais pas trop près des braises quand même car ils n’étaient que bénévoles et pas encore martyrs.
Dans la foule on jasait sur ces ombres aperçues dans le sous-bois que l’on pensait être les fameux et vénéneux « Dérèglement climatique » qui mettaient le feu à la pinède avec leurs allumettes et leurs bidons d’essence. « On les a poursuivis jurait un écolo, mais ils se sont cachés chez les journalistes ».
Je vis les dames du Comité central du parti de l’Ecologie politique parisienne et quelques associées de la France insoumise, entrainées par madame Rousseau grimée en « Victoire nous voilà (dépoitraillée façon grecque) », qui distribuaient des bonbons et des boissons gazeuses aux pompiers et à cette belle jeunesse. J’aperçu un noir (vu à la télé) juché sur sa trottinette, qui distribuait de la poudre interdite (non pas du talc ou du sucre en poudre, autre chose dont je tairai le nom pour ne pas cafarder) des petits gâteaux et des cigarettes venus du Maroc.
Je vis aussi les ex-ministres de l’environnement, ceux -là même qui, par leur perspicacité savante, avaient compris que la nature est bonne pour l’homme à condition de lui ficher la paix une bonne fois pour toute. Ceux qui jadis péroraient sur les plateaux de télévision pour vanter leur « Code de l’environnement » pondu avec élégance par un cénacle d’amateurs après avoir rejeté comme obsolète et patriarcal un « Code forestier » issu de l’expérience et du savoir-faire des professionnels (1). C’est ainsi qu’il était interdit de débroussailler, élaguer et détruire ce qui est mort au printemps pour protéger la reproduction des espèces animales plus ou moins abondantes (abondantes certes chez les bouseux mais pas à Paris !). Ces espèces nous remercierons plus tard j’en suis persuadé, affirmait l’un d’eux.
Je vis que pour être les premiers à atteindre la ligne de feu, tous ces braves écolos rompus aux techniques de la guérilla et à l’utilisation de la lance à eau, avaient chassé comme à l’accoutumé et à coups de parapluie les paysans indigènes hirsutes et suants. Ces derniers étaient venus aider les pompiers avec leurs abominables tracteurs capitalistes chaussés de ces gros pneus qui écrasent et blessent notre terre nourricière et sa biodiversité (j’ai réussi à la placer, enfin cette bio machin). On attendait les présidents des groupes écologistes, les justement candidats à la présidentielle, pour de très beaux discours sous les étoiles dans une ambiance surchauffée par la divine nature. Il allait être question, car on n’avait pas chômé à l’Assemblée nationale, de nouvelles normes à appliquer d’urgence pour éviter à l’avenir que ces incendies gigantesques se reproduisent.
Enfin, je vis un petit groupe de Black Block, noirs de suie, interrogés par l’un des multiples envoyés spéciaux de nos chaînes de télévision, qui brandissaient des massettes et des marteaux en se plaignant du peu d’efficacité de cet outillage. « Il est vrai dit l’un d’eux que nous sommes plus spécialisés dans les feux de poubelles, les vitrines et les mobiliers urbains. On pourrait cabosser, si on nous le demande, un fourgon de gendarmes, un camion de pompiers ou un canadair ».
A cet instant j’avais le cœur serein, les forces vives du pays en mettaient un fameux coup et nous pouvions dormir sur nos deux oreilles, comme d’insouciants bébés. L’écologie veillait. C’est alors que je me suis réveillé, en sueur, il faisait 36° C dans ma chambre, une température de fin du monde propice aux rêves insensés.
Jean-Bernard Papi ©
(1) Le Code forestier prévoit l'éradication stricte du danger de combustibles en forêt, tandis que le Code de l'environnement empêche toute intervention mécanique dans ce but et ainsi donne les meilleures occasions aux incendiaires
. Le Code de l’environnement rappelle aussi que dans les zones pavillonnaires autour des villes et villages il faut débroussailler son jardin en toutes saisons.
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