Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                                La littérature est un art de combat.  

Devoir conjugal.

Jeudi 12 Février 2026
Devoir conjugal.
  Nos chers députés, des hommes et femmes avisés, ont enfin supprimé le fantomatique devoir conjugal qui n’apparait dans aucune loi ou règlement. Ce n’était qu’un devoir pas une obligation (1). À l’origine probablement une simple coutume paysanne ou une vieille tradition chrétienne (2). Pour ma part, et au nom de tous, je me félicite de la disparition, sans possibilité de retour, de ce vieux pensum. Un devoir qui nous met à la disposition d’une épouse abondamment parfumée et en nuisette -noire (pour les excentriques) ou rose bonbon (pour les traditionalistes) -, laquelle exige l’accomplissement de ce que nombre d’époux considèrent comme une corvée aussi plaisante que les impôts.
  Combien d’entre nous, le samedi soir par exemple, les autres soirs on est fatigué, préféreraient boire quelques bières avec les copains dans un bistrot bon enfant avant de regarder ensemble le match de foot objets de toutes les conversations. Encore heureux si avant ce « devoir » elle ne vous demande pas de prier la Vierge Marie avec elle pour qu’elle lui pardonne le gros péché qu’elle va commettre.
  Et en avant la musique, place au devoir !
  Primo, se concentrer comme pour le réglage de la télé un soir de match important genre OM-PSG. Secondo enlever la nuisette tout en écoutant d’une oreille attentive la radio, pourtant mise en sourdine, qui diffuse le match en direct. Et s’il n’y a pas de match ce soir-là ? Dans ce cas le galérien se cramponne à son banc de nage et au boulot. Il lui reste à écouter tout contristé « Le prélude à l’après-midi d’un faune » diffusé sur France-Culture. Car le samedi soir, la radio c’est un impératif catégorique... Une panne et c’est un crime de lèse-majesté. Impardonnable. Combien de temps pris sur le sommeil par les changements de position ? les laborieuses remises en route et les remarques désobligeantes adressées à tous les hommes en général et à vous en particulier ?
  Mieux encore, la disparition du devoir conjugal va entrainer, car il existe un lien évident entre eux, la disparition de facto de la nuit de noce. Quelle torture que cette nuit fatale qui transforme une fois sur deux des jeunes mâles entreprenants et robustes en déchets psychiques. Parce qu’ils n’auront pas su négocier ce virage dangereux, les voici soumis et rendus plus débiles qu’un poussin du jour. Des jeunes gens qui le matin encore pavoisaient dans leur salle de bain, choisissant une cravate de bon goût, essayant le caleçon acheté la veille par petite maman, s’aspergeant d’un parfum couteux tout en pommadant leurs rudes mains de travailleur. À qui pensaient-ils alors si joyeusement ? À elle parbleu ! À la future mariée. Ils se demandaient, ces innocents, si elle deviendrait fana de foot, si elle lirait l’Equipe, si elle jouerait au tiercé, si elle apprécierait les copains ?
  Interrogée le soir même quelle déception ! Elle n’aime rien, sauf abuser encore et encore du devoir conjugal qu’elle pratique en artiste et sans s’économiser. Avait-elle trop bu pendant le délicieux repas, -sorte de dernière cigarette offerte au condamné-, avait-elle trop dansé, trop ri ? Il fallut la porter pour franchir le seuil de la chambre au risque de se démolir la colonne vertébrale. Rien ne sera épargné à ce héros.
  Chanceux celui qui au lendemain de la chose se retrouve entier moralement et physiquement après un exercice que l’on pourrait comparer aux « Six jours cyclistes de Paris » pour l’endurance. Heureusement, ce matin-là notre héros affichera beaucoup de bonne volonté, peut-être pour la dernière fois, afin qu’elle franchisse enfin la ligne d’arrivée avant que les tartines et le café fumant préparé par petite maman ne fassent leur entrée dans la chambre. Oui, il était temps que des sages se penchent sur cette vieille torture que sont nuit de noce et devoir conjugal. Et pour que la portée de cet acte devienne universelle tous ensemble, tous ensemble #MeNous.
 (Celui ou celle qui comprendra ce texte seulement au premier degré et me le reprochera, ne sera plus jamais mon ami).

Jean-Bernard Papi ©
 (1) Devoir ou obligation ? Le devoir est ce que nous devons. L'obligation est quelque chose qui nous lie, qui nous oblige. Le devoir est toujours quelque chose de moral. L'obligation n'a pas ce caractère ; elle peut dépendre de causes très différentes. (Littré)
(2) Voir Saint Paul qui voulait que l’on fasse l’amour pour faire des gosses et pas pour le plaisir.
 

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