Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
                       Partageons nos plaisirs. Vous lisez ! J'écris !      

(1) Les articles du très sérieux Bulletin de la société géographique de Rochefort (1911-1912-1913) que j'ai pu consulter ne font pas état de ce docteur Gaulard. (Source gallica.bnf.fr / BnF) 
(2) Alors qu'un Jean-Gabriel Chauvin, sculpteur de niveau international à l'égal d'un Brancusi (voir sur ce site), né à Rochefort, n'y a pas de rue à son nom. 
(3) Arago n'est pas le seul écrivain ayant de toutes pièces forgé une légende. Etienne-Léon de Lamothe-Langon (1786-1864) "inventa" en 1829, entre autres forgeries célèbres, une "Histoire de l'Inquisition en France" dépourvue de véracité mais en partie reprise par Jules Michelet (1798-1874) dans son essai La Sorcière. Ce dernier, historien, inventa un certain nombre de mythes républicains (Clovis, François 1er...) ainsi qu'un fantomatique "Droit de cuissage" dont on ne trouve trace nulle part.
Ci-dessous l'article complet  de Jacques Arago sur le chauvinisme dans lequel apparait Nicolas Chauvin.
CHAUVIN,CHAUVINISME. Ceci est de la farce et du drame la fois ; du drame parce qu'il rappelle de nobles sentiments de patriotiques pensées, de généreuses inspirations, un dévouement saint et sacré ; de la farce, parceque la société, telle que nous l'avons faite, semble prendre a tâche de gâter tout ce qu'elle effleure du doigt ou des lèvres. Chez nous, ce qui tue beaucoup plus que le mépris, c'est le ridicule. Le ridicule est le glaive le plus fatal du monde, en ce qu'il n'arme jamais que l'intelligence et l'esprit : le crétin laisse passer toutes les gloires, et, s'il n'ôte pas son chapeau devant elles, du moins n'essaie-t-il pas de les flétrir. Voyez, nous en sommes à mettre en opposition le crétin et l'homme de génie ! Le chauvinisme, c'est l'exagération d'un sentiment. On a fait des Chauvin comme on a fait des Macaire, comme on a fait des Jean-Jean, comme on a fait des Mayeux. La plume, le crayon, s'en sont emparés avec rage. J'ai vu un Chauvin à toutes les expositions du Louvre, et la foule hébétée riait devant lui... Pauvre Chauvin ! Chauvin était un soldat de la garde impériale... Vous voyez l'holocauste ? Quand son capitaine disait : Bonjour, Chauvin, le brave soldat pleurait ; quand son colonel le tutoyait, Chauvin pleurait, et ne saluait plus ses camarades ; un jour que son général, en passant l'inspection, lui toucha, par mégarde, les boutons de son uniforme, Chauvin pleura ; mais ce jour-là, voyez-vous, il jura de se faire tuer pour son général et pour sa patrie... Voilà le grand mot lâché je fais presque du chauvinisme en vous parlant de Chauvin.
  Mon Chauvin, le Chauvin à moi, celui de l'histoire, le Chauvin type de tous les chauvins présents  et futurs, non-seulement n'est pas un être imaginaire, mais il est multiple ; il se trouve là et là, partout où il y a un sacrifice à accepter, et je vous défie de me désigner un régiment, un bataillon une compagnie, que dis-je? une escouade, qui n'ait son Chauvin. Lorsqu'il naquit, ou plutôt lorsqu'il se sentit un cœur dans la poitrine, Chauvin se jura de ne vivre que dans une atmosphère d'enthousiasme. Un fusil était pour lui une sublime invention, un boulet lui semblait l'œuvre d'une intelligence plus qu'humaine et il aurait créé un culte, il aurait dressé des autels à l'inventeur de la bombe. Si son caporal lui disait d'aller en avant, Chauvin était toujours à quelques pas de son peloton ; quand l'ordre était donné de ne point faire de quartier, Chauvin mâchait sa cartouche avec frénésie, il eût volontiers mâché les chairs de l'ennemi vaincu. Chauvin, un jour, fut placé sous son drapeau, à l'ombre de son aigle. Il se crut éclairé, brûlé par un soleil resplendissant. Oh! ce jour-là, il se vit si grand, si colossal, qu'il n'eût point ôté son bonnet à poil, de peur de toucher les étoiles. De ce jour, Chauvin fut un héros. Un mois plus tard, on en fit une victime. On le licencia, on le renvoya dans ses foyers. Vive la république ! Vive le consulat ! Vive l'empire ! Vive la restauration ! Chauvin eût crié tout ce qu'on eût voulu mais il n'eût pas fait comme vous et moi ; son vive quelque chose serait parti du cœur, et il n'aurait pas hésité par devoir à faire de cette chose une chose solennelle.  Quel jour est né Chauvin ? On l'ignore, la renommée est muette à cet égard et cela ne nous surprend pas on ignore la patrie d'Homère, le Chauvin des temps fabuleux. Quand mourra Chauvin ? Jamais. Sa vie est écrite en caractères ineffaçables sur les murs de toutes les capitales, qu'il  a sapées ; sur les dernières assises des pyramides égyptiennes, qu'il a gravies ;sur le front des Alpes, qu'il a foulées du pied. Chauvin s'est battu sous toutes les zones, contre toutes les nations européennes, et si un repentir a traversé son existence guerrière, c'est de n'avoir pu escalader le firmament pour aller guerroyer contre les habitants de la lune. Et maintenant, si vous me demandez quelle était la religion de Chauvin, je vous répondrai que nul historiographe n'en fait mention, qu'on ignorera toujours s'il a adoré le dieu des juifs, celui des chrétiens, ou Mahomet ou Wishnou ; mais nous pouvons attester du moins qu'il n'était point athée, et qu'il adorait un dieu : sa patrie ! Le chauvinisme, n'est devenu un ridicule que par la faute de ceux qui n'ont pas compris le dévouement. Le chauvinisme est de tous les états, de tous les âges, de tous les pays. Il y a des chauvins chez les coiffeurs, chez les bureaucrates, chez le fumiste, chez l'épicier ; il y en a dans l'opulence, il y en a dans la pauvreté ; il y a du chauvinisme partout où il y a rivalité ; vous voyez donc bien qu'il est éternel.
  A peine achevions-nous cette étude, qu'un renseignement précis nous arrive des archives de la guerre. Nicolas Chauvin, celui-là même qui a francisé le mot placé en tète de cet article, est né à Rochefort. Soldat à dix-huit ans, il a fait toutes les campagnes. Dix-sept blessures, toutes reçues par devant, trois doigts amputés, une épaule fracturée, un front horriblement mutilé, un sabre d'honneur, un ruban rouge, deux cents francs de pension, voilà le vieux grognard qui se repose au soleil de son pays, en attendant qu'une croix de bois protège sa tombe... Le chauvinisme ne pouvait avoir plus noble patron.

Jacques Arago, 
page 374 du Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture -dirigé par M. W. Duckett, Paris 1845. « Source gallica.bnf.fr / BnF »
 
Nota :
Macaire : Robert Macaire générique des fripons adroits et audacieux.
Jean-Jean : surnom d'une personne stupide.
Mayeux : 1831 bossu qui incarne toute la versatilité politique de la bourgeoisie de l'époque.

 
Bibliographie :
- Wikipedia

Chauvin, le soldat-laboureur. Contribution à l'étude des nationalismes par Gérard de Puymège (Gallimard) 
- L'Alambic des Charentes de François Julien-Labruyère (ed Le Croît Vif ) page 313.
- Dictionnaiore Biographique des Charentais (ed Le Croît Vif) page 311. 
- Mémoire des rues de Rochefort de Michel Allary (Le Croît Vif) page 93.
 
Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture, dirigé par M. W. Duckett, Paris 1845.« Source gallica.bnf.fr / BnF »
Grande Encyclopédie, Inventaire Raisonné des Sciences, des Lettres et des Arts par une société de savants et de gens de lettre (1886-1902). « Source gallica.bnf.fr / BnF » 
 -La Cocarde Tricolore de Th et H Coignard. 
« Source gallica.bnf.fr / BnF »
Bulletin de la société géographique de Rochefort (1911-1912-1913) Source gallica.bnf.fr / BnF         
 
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