Moi président !
Je sais bien que ça ferait plaisir à quelques amis et à des tas d’ennemis -il va se planter c’est sûr, penseront ces derniers- mais je ne me présenterai pas à l’élection présidentielle. Je laisse la cohorte des prétendants, aux idées et projets identiques retouchés d’un verni idéologique, gambader à leur aise dans les prairies élyséennes, mais sans moi. Comme tous ceux qui ont conscience qu’être président de la République cela ne s’improvise pas du jour au lendemain, je ne me présenterai donc pas à l’élection présidentielle.
Ce n’est pas parce que l’on sait faire des frites croustillantes que l’on peut prétendre à être le boss de l’Élysée. C’est une fonction qui ne souffre pas l’improvisation ou le happening. Vous qui me lisez, vous êtes peut être candidat ? Dans ce cas félicitations. J’espère seulement que ce n’est pas pour passer à la télé et ainsi gagner votre pari avec les joueurs de boule de votre quartier ou avec les poivrots de votre bar favori. Je le répète, non je ne me présenterai pas à l’élection présidentielle la meute des postulants est déjà plus que trop étoffée ; laquelle s’enrichie un peu plus chaque jour. Statistiquement il y a parmi eux autant de génies en politique que d’idiots, je me compte plutôt chez ces derniers.
En tant que français moyen, je comprends et partage leurs rêves de grandeur qui font tout le charme de la plus haute fonction de l’état. Comme eux je me vois recevant les grands de ce monde : « Tu reprendras bien un verre de Juliénas Vladimir ! Goûte-moi ce calendos Donald ! » Je me vois faire des ronds de jambe à madame Méloni en lui offrant mes œuvres dédicacées, serrer dans mes bras le Président ukrainien et madame Trump (si affinité). Belle vie en vérité.
Naturellement j’ai les même talents que les candidats officiels, c’est-à-dire que je n’en ai aucun. Comme eux je suis capable de cramer la caisse en quelques mois, d’affirmer le matin ce que je contredirai le soir même et d’embaucher ma femme de ménage ou ma belle-mère comme conseillère financière ou secrétaire à la défense. Mais cela ne suffit pas. Ils faut apprendre à se mettre en scène avec des travailleurs affectueux, des vaches compréhensives ou des enfants pas trop turbulents, peaufiner une langue d’un bois irréprochable et mentir en regardant son interlocuteur dans les yeux. Néanmoins
non je ne me présenterai pas.
Cela c’est l’avers d’une médaille rutilante. Le revers c’est que la vie du Président est surveillée, encadrée, sans vraie liberté. Certes il ne lavera plus la vaisselle, son épouse s’habillera sans chipoter chez les meilleurs couturiers mais où est l’intimité ? Et puis c’est important pour un homme patriarcal et pas encore « déconstruit » d’avoir du temps de libre pour trainasser sur les Champs Elysées, boire un verre ici ou là. Et s’il n’a pas de femme ? Il n’y a pas de petites économies. Et si c’est une femme qui est élue ? Son époux n’en aura que plus de mérite.
Face à la meute des prétendants, nous devons nous poser quelques questions existentielles et essentielle : Lequel fera tomber la pluie ? lequel dorlotera le cul des vaches et lequel aimera la tête de veau ? Qui se spécialisera dans les enterrements et les mises en bière ? Seront-il tous atteint de passion pour les discours sans fin ? Auront-ils un chien ?
Non je ne veux pas être président, ni premier ministre, un poste qui n’a pas la cote (1 seul candidat déclaré), ni même ministre de quelque chose. Et que faire de ceux qui ne seront pas élus ? Chaque français devrait y réfléchir. Retourneront-ils dans l’anonymat en cherchant du travail à leur mesure, ce serait une bonne solution. Reprendront-ils leur place sur les bancs de l’opposition dans l’Assemblée nationale avec le titre peu envié de « loser » cher à monsieur Trump ? Se prépareront-ils pour le prochain tour, infatigables comme des mulets de montagne ? Ecriront-ils un livre, un de plus, à leur gloire ?
Mais revenons sur terre. Le New York magasine du 17 novembre 2025 (1) affirmait que nous devenions de plus en plus stupides sans le mesurer clairement. Il accuse les téléphones portables, véritables parc de loisir de poche lequel capte inutilement notre attention par des futilités et nous impose n’importe quoi sans jugement préalable. Raison de plus pour être vigilants. Quoi qu’il en soit, un fois élu notre futur président devra prendre garde à gauche, prendre garde à droite, et comme Bayard ne jamais quitter l’ennemi des yeux. Sera-t-il le serviteur de l’intelligence artificielle omniprésente et la contrôlera-t-il ? Dieu seul le sait.
Jean-Bernard Papi
(1) Courrier International n° 1869.
Partagez sur les réseaux sociaux
Commentaires :
Laisser un commentaire
Aucun commentaire n'a été laissé pour le moment... Soyez le premier !