Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                                La littérature est un art de combat.  

Sur le mur de la caverne

Vendredi 19 Juin 2026
Sur le mur de la caverne

 
  Sur le mur de la caverne s’agitent des ombres (1)
  Tu es dans la salle d’un cinéma et tu regardes un film où se mêlent le comique et le mélancolique. Disons dans le genre et le style de Charlie Chaplin. Une vingtaine de rangées de fauteuils te séparent de l’écran et dans chaque fauteuil un spectateur attentif, comme prisonnier de l’écran et de ce qui s’y déroule. L’obscurité est à peine traversée par quelques petites lumières ici ou là, simple précaution pour éviter les chutes. L’obscurité est propice à l’épanchement comme à la sincérité et l’on entend des rires et parfois des râles de tristesse ou d’angoisse, peut-être même une larme nait-elle dans l’ombre…
  Ils sont derrière toi mais tu ne les vois pas, tu ne peux pas les voir car ils n’existent tout simplement pas sur notre terre, tu ne peux que, de temps en temps et si rarement sentir comme une main légère s’appuyer sur ton épaule. Peut-être un signe d’affection. Inutile d’en parler on ne te croira pas. Ils ne te veulent aucun mal, simplement ils viennent près de toi pour se nourrir. Car vois-tu ils se nourrissent de tes sentiments, de tes émotions bonnes ou mauvaises que tu laisses échapper en public et ils sont très habiles à les provoquer.
  Même si tu es chez toi nul ne peut t’empêcher de frémir devant la perversité du monde. Mais cela aussi ils le provoquent. On leur doit beaucoup, notre technicité, nos découvertes scientifiques, nos beaux-arts, nos monuments anciens. Ils ne sont pas intervenus directement, ils ont simplement orienté, à toutes les époques, les pensées de nos savants, de nos ingénieurs, de nos architectes en leur faisant croire au fait du hasard. On appelle cela : la sérendipité, la découverte fortuite, l’euréka. Ainsi fut fait de la télévision, de l’imprimerie, de la radio, des antibiotiques et tant d’autres choses, toutes inventions des plus utiles pour diffuser les récits et les images de notre monde et générer de l’émotion et du sentiment. Les religions même sont leurs créatures, une prière collective les enchantes et peut nourrir une famille entière dans leur univers.
  Comment sait-on cela ? Laissent-ils des traces ? Lorsque votre pensée vous échappe et passe instantanément du plus sérieux au plus futile, souvenez-vous alors que le sérieux est pour eux comme une riche et copieuse manne et qu’ils viennent de s’en nourrir. Alors que le futile ne vaut pas la peine de s’y attarder ; nourritures terrestres bonnes pour les hommes, disent-ils. Ils préfèreront toujours les philosophes aux amoureux, les savants aux cancres et la vue du beau à l’envahissement du laid.
  Parfois un innocent comme vous et moi franchit brièvement les barrières qui nous séparent de leurs mondes. Sportif qui transcende son effort et entre dans un domaine inconnu, un record qu’il n’avait aucune prétention d’atteindre ; poètes, peintres et musiciens qui frôlent ou découvrent la note sublime, le texte qui fera date. On dirait que quelqu’un me dicte ma partition, mon poème ou guide mon pinceau… C’est comme l’intervention d’un dieu de l’inspiration.
  Longtemps j’ai cherché ces inconnus, suivi des traces que j’espérais être plus ou moins les leurs, lu de vieux textes et des manuscrits dont ils seraient les auteurs sans en tirer une seule certitude sauf celle de me dire que je n’obtiendrai jamais rien d’eux qui ne soit pas dicté par leur volonté.  L’intelligence artificielle m’aidera-t-elle ? J’en doute d’autant que je devine leur patte, leur créativité derrière ces machines lourdaudes. D’autres, des physiciens plus imaginatifs, décrivent leurs univers comme un empilement de feuilles froissées, de plans géométriques qui n’ont ni limite, ni volume, ni poids, et sont couverts de signes qui s’entremêlent. Notre terre et notre univers forment un ou plusieurs plans parmi eux.
  Leur monde doit, supposent nos physiciens, profiter de ce bétail humain que les Inconnus entretiennent et forcent à produire comme nous-mêmes obligeons quelques animaux à produire lait, viande, œufs etc. Certains savants pensent aussi que quelques personnages géniaux d’aujourd’hui viennent de ce monde (2). En particulier certains grands patrons de la tech comme Elon Musk ou Sam Altman. À mon avais, ils ne sont que leurs serviteurs tout juste aptes à surveiller le parc humain, mais le savent-ils eux qui se croient les égaux des dieux ?
Jean-Bernard Papi ©
 
(1) Un rappel modeste de Platon. Après la fable : le conte.
(2) C’est un bruit qui court qui voudrait que la recherche de l’immortalité passe par ces « grands inconnus » qui peuplent d’autres univers. Ce qui relève plus de la science-fiction et de Ray Bradbury que de la recherche fondamentale.

Partagez sur les réseaux sociaux

Commentaires :

Laisser un commentaire
Aucun commentaire n'a été laissé pour le moment... Soyez le premier !