Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                                La littérature est un art de combat.  

Le moine dans les sables mouvants.

Lundi 4 Mai 2026
Le moine dans les sables mouvants.
  Ceci est une fable que je vous dédie pour oublier qui vous savez et la folie de ses guerres et comme dans toutes les fables la réalité en prend un coup mais ça ne fait rien, l’important c’est la communication comme dirait justement qui vous savez.  
   C’est donc un moine, les yeux tournés vers le ciel et récitant force prières, qui chemine dans un marais avec l’intention d’atteindre la route nationale pas loin. Par mégarde il pénètre dans une aire de sables mouvants et commence à s’enliser. Comme c’est un moine très pieux, très saint et très juste, il dialogue sans problème avec Dieu, un peu à la manière de Don Camillo avec Jésus, un Dieu omnipotent cela va de soi. Il adresse donc une prière à Dieu.
  - Dieu s’il te plait, gémit le moine, sors- moi de là sinon je vais mourir. Et Dieu lui répond qu’il s’en occupe et qu’il va lui envoyer quelqu’un.
   Quelques secondes plus tard sur la route nationale apparait une joggeuse qui trotte, longs cheveux au vent. Elle aperçoit le moine.
  - Moine je te vois dans l’embarras, je vais t’aider lui crie-t-elle. Tu cramponneras ma chevelure et je te tirerai vers le sec.
  - Non inutile dit le moine, j’attends quelqu’un, un envoyé de Dieu qui va faire le nécessaire. Si je suis ton idée je risque surtout de t’arracher beaucoup de tes beaux cheveux.
  La joggeuse repart. Le moine est maintenant entré jusqu’à la taille dans les sables mouvants. Arrive une grand-mère à vélo qui se rend au marché de la ville vendre un panier de fromages du lait de ses chèvres.
  - Moine je te tends mon vélo, accroches-toi à la roue arrière et je vais te tirer de là.
  Une fois de plus le moine répond qu’il attend quelqu’un, un envoyé du Très Haut et qu’elle risque bêtement, si on s’y prend mal, de perdre son vélo dans les sables mouvants.
   L’aimable grand-mère enfourche sa bicyclette et repart vers la ville.
   S’arrête un motard barbu et chevelu qui porte une guitare attachée dans son dos.  Il propose au moine qui est maintenant enterré jusqu’au cou de cramponner la guitare, un instrument ayant appartenu à Johnny Halliday, et de se laisser tirer hors du marécage jusqu’à la route. Le moine refuse une troisième fois car explique-t-il, il attend son sauveur qui ne va pas tarder. De plus la guitare est précieuse et un faux mouvement pourrait la briser etc. Le motard reprend la route. Une demi-heure plus tard le moine disparait totalement happé par les sables mouvants, et naturellement il meurt.
  Dieu l’attend au paradis.
  - Alors bougre d’andouille, lui dit-il de sa grosse voix, je t’ai envoyé trois personnes pour te tirer de ton bourbier et tu as refusé leur aide avec de mauvais prétextes. Moi qui lit en toi comme dans un livre de J-Bernard Papi, tu as estimé qu’ils n’étaient pas dignes de toi. Maintenant que tu es mort tu voudrais que je te plaigne ? 
   - Mais mon Dieu j’attendais des anges, pas des humains mal outillés, lui répond le moine en pleurant.
  - Parce que tu voulais Saint George ce magnifique soldat ou saint Michel mon envoyé spécial, un archange aimé entre tous ? C’est beaucoup trop de talent pour sortir du merdier un moine victime de sa sottise. Moine de rien du tout, pour satisfaire ton orgueil il te fallait du haut de gamme ? Et pourquoi pas mon fils, tant que tu y était. Je t’ai envoyé ce que j’avais sous la main. Je vais te réexpédier sur terre car tu es un bon moine malgré tout et de bons moines nous en manquons. Apprend que dans le dénuement et face au danger on accepte ce qui se présente.
  Ainsi, dans toutes les religions, dévots orgueilleux cheminent en contemplant les cieux si occupés avec leur Dieu qu’ils ne voient devant eux ni la mauvaise eau ni la fiente fétide. (1)
  De même l’amour qui contemple les étoiles chemine jusqu’à s’embourber dans mille tracas dont ne pourra l’en sortir ni Dieu, ni le ver luisant amoureux.
Jean-Bernard Papi ©

(1) The Turbulent World un journal de Singapour cité par Courrier International n°1852 exprime sa conviction que l’on assisterait à une nouvelle forme de « croisade » dans la guerre actuelle entre l’Iran, Israël et les USA. En effet explique-t-il les Gardiens de la Révolution iraniens sont des soldats imprégnés de foi musulmane, de nombreux rabbins interviennent désormais au sein de l’armée israélienne y compris dans ses écoles et Pete Hegseth s’efforce de transformer l’armée américaine en une force motivée par la foi chrétienne fondamentaliste.  
 

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