Hiver nucléaire.
Hiver nucléaire.
Le syndicat britannique des homards et langoustes peut crier victoire, il est désormais interdit en Grande-Bretagne de tuer ces crustacés en les plongeant dans l’eau bouillante. Cela faisait un bail que le professeur Robert Elwood de l’université Queen’s de Belfast alertait l’opinion : plongés dans l’eau bouillante ils souffrent. Durant 3 minutes environ, ce qui n’est pas rien. Vous l’avez deviné ce syndicat n’existe pas mais l’opinion publique britannique existe et donne de la voix d’autant plus fort qu’elle ne mange pas de ces bestioles hors de prix. La Suisse avait déjà donné le la en interdisant l’ébouillantement des animaux. Les restaurateurs suisses, puisqu’il faut bien manger, utilisent une sorte d’électrocution qui étourdit d’abord homards et langoustes avant de les ratiboiser mais c’est cher et pas à la portée de tout le monde. Alors pour l’amateur fortuné britannique comment les tuer en respectant la loi tout en veillant à maintenir les qualités gustatives de ces aimables bestioles ? Dilemme (Pour le savoir passez directement au dernier paragraphe).
Quel est l’objet de ces quelques lignes peu enthousiasmantes, et je dois le dire sans grand intérêt ? Aujourd’hui notre sensibilité en général et notre attendrissement pour les animaux sont tels que peu de personnes acceptent de tuer un animal, supposé innocent, de sang-froid, sauf peut-être lors de sacrifices barbares ou d’accès de folie sanguinaire. On est loin de l’animal « mécanique » de Descartes. Prenons les chatons juste nés, il était d’usage jadis d’éliminer rapidement ceux que l’on ne voulait pas conserver. Aujourd’hui on préfère les lâcher dans la nature qui se chargera de leur élimination.
Cela étant, imaginons ce que l’on appelle « un hiver nucléaire » (1) c’est-à-dire, après une guerre ou une éruption volcanique géante par exemple, un chaos total où le ravitaillement n’est plus assuré, où les médecins se font rares où la terre et l’eau sont polluées. Dans ce contexte chacun ne devra sa survie qu’à ses compétences de primate de base. Sera-t-on alors capable de tuer une poule, un lapin, un rat, un chien ?.. De capturer un oiseau ? Trouvera-t-on à se nourrir en bord de mer ou près d’un fleuve ? Qui reconnaitra un champignon consommable d’un dangereux ? Comment trier les herbes comestibles de celles qui ne le sont pas, les fruits sauvages ? Où trouver de l’eau potable ? Allumer du feu ?
Mille et une chose que l’habitant des villes, ne sait plus faire. Sa survie se limitera à quelques semaines moins encore si les provisions engrangées avant la catastrophe, papier hygiénique compris, sont contaminées ou bêtement détruites. Cet habitant, habituellement trop préoccupé par son environnement et par ce qui embellit théâtralement son quotidien, ne l’est pas assez par ce qui conditionnera sa survie. Il préfère vivre dans un paradis et c’est bien naturel. Etudier les plantes et la vie sauvage, s’isoler et vivre dans les bois en se nourrissant de ce que l’on trouve à la manière d’un Henry David Thoreau (2) n’est pas à la portée de tout le monde. Et faire un herbier n’est plus de mode. La floraison des rosiers au printemps c’est très bien mais les roses ne sont pas comestibles.
Il y aura quand même de probables survivants à cet hiver nucléaire : quelques peuplades d’Amazonie, quelques tribus d’Afrique vivant encore en brousse, d’autres éparses en Nouvelle Guinée, en Alaska. Et la civilisation repartira sur d’autres bases, si elle repart et si l’homme accepte de regarder la nature comme un vivier et non comme un jardin d’agréement. (3)
Celles-zè-ceux qui sont satisfaits, -pour apporter une note positive dans ce texte hors du temps et revenir au premier paragraphe- ce sont nos amis langoustes et homards, ils vont pouvoir vivre sans crainte de finir ébouillantés. La nouvelle méthode pour les tuer étant tout aussi cruelle, un coup de couteau entre les deux yeux, nos amis britanniques préfèreront j’en suis certain se régaler désormais d’un bon porridge ou d’un pudding bien chaud plutôt que d’assassiner ces chers crustacés. Alors longue vie au homard et à sa langouste ! Et préparons-nous en France.
Jean-Bernard Papi ©
(1) Ce qui n’arrivera pas je l’espère, mais imaginons.
(2) Auteur en particulier de « Walden ou la vie dans les bois » Thoreau (1817/1862) philosophe et naturaliste passe pour être le père de la décroissance et de la désobéissance civile. Il a vécu deux ans dans une cabane au fond des bois. Cette hygiène de vie ne lui a guère réussie puisqu’il n’aura vécu que 45 ans.
(3) Je ne fais pas de pub pour le survivalisme, d’autant qu’un survivaliste s’il accumule les provisions dans son bunker au fond du jardin n’accumule pas forcément les expériences de survie dans une nature dévastée.
S : Parmi les animaux et plantes à ne pas consommer citons le poisson globe, certaines grenouilles et tritons, le muguet, la digitaline etc
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