Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
                       Partageons nos plaisirs. Vous lisez ! J'écris !      

  

                                         La conquête de Mars.


suite 4  :  sur Mars.

   

    Tous les trois partirent à la recherche des produits d’entretient.
    Dans la salle de réunion le silence était absolu. Ces individus sont complètement cinglés soupira quelqu’un, à chaque fois qu’une décision s’impose, ils choisissent toujours la pire. Cela me rappelle mon enfance dans les logement sociaux, c’était la même chose avec les immigrés de fraiche date.
   – J’envoie une équipe réparer l'ascenseur intervint un ingénieur.
   
    
Nous venions de sortir du magasin. C’est alors qu’un petit camion piloté par Karl accompagné de deux de ses adjoints déboucha sur le sentier et fonça sur nous. Je n’eus pas le temps de me défendre, mon bâton m’échappa promptement avant de ramper dans des broussailles tandis que les deux géants me prenant sous les bras me soulevèrent de terre sans ménagement puis me jetèrent sur la plate forme du camion. Ils en firent autant d’Olivier qui pourtant se débattait du mieux qu’il pouvait. Le camion repartit ensuite à toute allure.
   – Heureusement que Dendelamer à donné l’alerte, dit l’un des adjoints sinon nous étions bons pour aller lécher les bottes du Président jusqu’à obtenir son pardon.
   – En attendant ils ont fait du dégât, marmonna l’autre adjoint. Au moins quinze jour de travail pour tout remettre en état. Qu’est-ce qu’on va en faire ?
   – Sauf contrordre, il est prévu de les mettre avec les rats de laboratoire dès mercredi matin, répondit Karl d’une voix calme. J’ignore ce qui est envisagé pour eux par la suite. On parlait ces temps dernier d’un voyage en préparation pour la planète Mars ou Jupiter. J’espère que cette fois tout se passera bien.
   – Et la fille rouge cette « n’importe quoi », et ses voisins, les bons à rien chevelus qui copulent entre eux comme des malades depuis huit jours ?
   – Avec les rats aussi, grommela Karl, mais plus tard.
   J’ai tout entendu et cela tombe on ne peut mieux. « Nous ne sommes rien de plus que des rats de laboratoire », affirmait Asimov le Grand. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de différence entre eux et nous. Ces rats sont de chics types, affirmait mon papa. Des gens extrêmement intelligents et coopératifs. Je vis en passant que l’on préparait une grande réception dans le hall d’entrée du Lipstick Building junior, là où il y a les douches. De la lumière brillait dans toutes les pièces et les quatre grandes cheminées fumaient.
   Plus tard Maman nous expliqua que nous devions partir mercredi pour Mars avec Olivier, la fille rouge et ses copains. Des rats de laboratoire nous accompagneront car c’est eux qui doivent poser la patte les premier sur Mars. Mon destin ne fait que commencer. J’avais raison de croire en moi, moi Platon Schtroumpf fils spirituel de Gwennoledge, mon héros.
                                                      
          
  Nous sommes arrivés sur Mars avec un mois de retard. Nous n’étions pas partis depuis une semaine que la fille rouge, s’est rendu compte qu’elle avait oublié sa valise dans l’autobus qui nous transportait jusqu’au spaciodrome. Et elle insistait pour que nous fassions demi-tour au plus vite pour la récupérer. Sur terre, dans le poste de commandement, ils n’étaient pas de cet avis. À l’intérieur de la navette, il s’ensuivit une discussion entre les chevelus, les rats et nous, nous c'est-à-dire Olivier et moi. Les chevelus voulaient retourner sur terre pour chercher la valise tandis qu’Olivier et moi, promus chef de bord adjoint et chef de bord, refusions de changer de cap. Cependant durant notre sommeil un chevelu nommé Claudius fit basculer la navette vers la Terre. Le lendemain, sur mon ordre Olivier a redressé la barre et a remis le cap sur Mars. Malgré cela, un autre obstiné chevelu, pendant que nous avions le dos tourné à replacé la navette en direction de la Terre. Six fois il a fallu remettre l’engin sur ses rails et reprendre le cap initial. Même les rats, pourtant très compréhensifs, fulminaient.
   À la fin, pour couper court on a voté pour ou contre retourner vers la Terre. Astucieusement en tant que chef de bord, j’ai fait voter les rats qui n’avaient aucune envie de retourner dans les laboratoires de la Grande-Maison prendre des décharges électriques ou je ne sais quel autre enquiquinement. Cicéron et Maître Badinter, nos grands classiques en matière de dialectique, n’auraient pas désavoué ma ruse. Depuis, la fille rouge, qui se nomme Chimène, boude et refuse de nous chatouiller Olivier, les rats et moi. Par contre elle chatouille les chevelus des journées entières. Sur Terre, dans le poste de commandement, Karl est désespéré. Il prétend que nous n’aurons pas assez de carburant pour atteindre Mars, il faudrait lâcher du lest disait-il. Nous avons donc fait un procès à la fille rouge parce qu’elle sème la zizanie et qu’elle chatouille les chevelus et pas nous. Elle a perdu son procès et nous avons éjecté un chevelu, un dénommé Michou, dans l’espace à titre de punition et deux rats qui s'étaient promus leur avocat. Ils tournoient maintenant dans l’espace, entre nous et la Terre, comme un glaçon de cyanure jeté dans un torrent. Bien fait ! On ne pouvait pas éjecter Chimène pour de simples raisons humanitaires et Karl avait d'autres projets pour elle. Après cela Karl a dit que nous aurions assez de carburant pour atteindre Mars. Et pour revenir ? je lui ai demandé. Il a paru surpris et il a bafouillé que nous trouverions ça sur place, que des robots étaient allés sur Mars avant nous et qu’ils avaient préparé la mission. Quelle mission ? J’ai insisté. Karl a répondu qu’il ne m’entendait plus.
   Pour ne pas que nous nous ennuyons nous avons des centaines d’émissions de télé enregistrées. Certaine, comme Le manège aux enfants, Dorothée et Bonne nuit les petits ont plus de trois-cents ans et ont gardées, malgré tout, toute leur fraîcheur. Nombreux sont ceux dans la navette qui passent leurs nuits devant le petit écran comme on dit. En tripotant les boutons je suis tombé sur une vieille émission d’Arte où il était question de l’invention du langage, de notre langage, quelques années après les premières naissances, c'est-à-dire après la naissance des ancêtres de nos papas et de nos mamans il y a cent-cinquante ans. Nous ne disions alors que quatre sons : ga, zo, bu et meu. Un de nos savants, un de nos premiers savants fut comme par hasard un linguiste, décréta que ga voulait dire oui, zo non, bu peut-être et meu : va te faire voir chez  Plume. Il compliqua ensuite par des combinaisons intéressantes. Ainsi gazo signifiait : la fourchette à escargots ; bumeu : vous reprendrez bien du fromage ; zobu : mon tailleur est riche et gameu : arrêtez de me chatouiller mademoiselle, etc. Passionnant. J’ai noté tout ça dans mon carnet de vol, celui ou j’ai commencé à raconter mes aventures, pour en parler plus tard à mes enfants. Le lendemain, à force de réfléchir au langage et à Arte sur mon lit de vol j’avais les yeux cernés à mon réveil. C’est ce moment que choisit la fille rouge, Chimène, pour venir me chatouiller. Vous parlez d’une poisse ! Je n’ai pas été brillant et Chimène qui voulait faire la paix à été déçue. Elle avait beau prendre ça avec le sourire et même avec le rire, j’ai cru comprendre que Michou, que nous avions éjecté dans l'espace, était un superman de la chatouille.
   – À chacun son destin, j’ai répliqué. Le mien, comme celui du vieux Moïse est de vous conduire en Mars promis. Moïse n’a pas faibli devant Schéhérazade. 
   Elle a été frappée par la justesse de mon raisonnement.
   – À propos quel est ton gène dominant Chimène ?
   – Je suis jument par ma grand-mère et truie par ma mère.
   Comme il n’y avait rien d’autre à faire que de regarder la télé, chatouiller et se faire chatouiller par Chimène ou par un chevelu nommé Marie-Chantal qui fait ça plutôt bien, boire du quoquaquola, grignoter de gros et luisants beignets et tenir des discussions avec le centre de contrôle de la G-M, tout allait maintenant pour le mieux dans la navette. Sous mon commandement. Et Chimène avait même renoncé à retrouver sa valise. Depuis deux jours Olivier s’est lui aussi lancé à chatouiller. Il fait ça avec un autre chevelu, un nommé Lulu. Il faut à ce niveau de mon histoire que je vous dise deux mots sur les chevelus qui nous accompagnent. En premier chef ils sont habillés de façon étrange d’un short ultra court en cuir et d’une petite veste sans manche en cuir également, avec des franges. Leur peau est d’une vilaine couleur marron tatouée de fleurs verdâtres partout, une laideur absolue. Ils sont plus petits que moi mais plus larges de torse, avec de gros bras et de grosses cuisses velues, leurs cheveux roses leur tombent jusqu’aux reins. Interrogés, ils avouent tous les cinq posséder des gènes de thon et de selle en cuir de Harley-Davidson. Un mélange des plus hasardeux, mais qu’importe, ils sont dans la navette pour accomplir les gros travaux et faire le coup de poing en cas de mauvaise rencontre sur Mars.
   Ces mauvaises rencontres ne sont pas des fantasmes. La Grande-Maison a expédié sur Mars une tapée de robots qui maintenant divaguent entre les canyons de "Valles Marineris" et le volcan "Syrtis Major Planitia". La solitude et le froid les ont rendus fous tant et si bien qu’ils passent leur temps à se tirer dessus à coups de laser dans des embuscades incertaines vu la taille du champ de bataille. Normalement ils sont tous rattachés à la base « Carl Sagan Mémorial » que les premiers robots de la Grande-Maison ont installée il y a longtemps, mais ils n’en font qu’à leur tête et vagabondent sur la planète, comme je l’ai dit, au gré des tempêtes martiennes. C’est devenu maintenant avec les bactéries, l’unique et la véritable population de cette planète et la plupart des robots ne se souviennent même plus de la terre. Quand à leurs missions sur Mars, il y a belle lurette qu’ils les ont oubliées.
   Grâce à eux cependant on sait qu’il y a de l’eau dans le sous-sol à une grande profondeur, des cristaux qui parlent et des pierres qui dansent. Des pluies de petits morceaux d’étoiles et des satellites artificiels en fin de vie viennent régulièrement se fracasser sur le sol en écrasant au passage quelques colonies de bactéries arrivées avec les premiers robots. D’après mon ordinateur ces bactéries qui ont trouvé le terrain qui leur convenait sont atteintes de gigantisme, c'est-à-dire qu’elles sont maintenant visibles à l’œil nu. Les rats doivent les domestiquer pour qu'elles produisent un maximam d'oxygène. On n’en sait pas plus étant donné qu’aucune mission martienne n’est revenue sur terre. Nous serons les premiers humains à poser le pied sur la planète rouge et « nous serons les premiers à contempler les merveilles que nous offre ce monde nouveau » à déclaré le Président de la Grande-Maison avant notre départ. Nous serons aussi les premiers à en revenir, c’est Karl qui me l’a dit.
  La base "Carl Sagan Mémorial" a été choisie pour notre « atterrissage ». C’est la plus pratique. Il y en a plusieurs autres, une chinoise, une indienne, une iranienne, une saoudienne et d’autres encore réparties sur toute la surface de Mars. Au début tout le monde s’entendait pour collationner les résultats scientifiques. Puis les pays se sont chamaillés jusqu’à ce que la Grande-Maison rachète les bases les unes après les autres. Aujourd’hui seule Carl Sagan est utilisée. D’après les photos que nous possédons à bord de la navette c’est une grande étendue plate avec des maisonnettes blanches sans étage bien alignées de part et d’autre d’une voie centrale qui conduit à l’aire d’atterrissage. Le tout est entouré de barbelés avec des miradors aux angles. Sur l’aire d’atterrissage est écrit : « Notre travail rend libre, la Grande-Maison est notre salut, Gwennoledge est notre exemple ». Ce sont les premiers robots qui ont installé la base. Une fois posés nous devrons déployer la grande bulle de plastique qui recouvrira toutes les installations et la base entière car comme il n’y a pas d’atmosphère nous en créerons une sous cette bulle. Ceci fait nous pourrons aller et venir sans combinaison ni masque.


  Hier nous nous sommes posés sur Mars sans trop de dégâts. Olivier était aux commandes car le pilote automatique, comme prévu par nos ordinateurs, est tombé en panne peu avant l’atterrissage. Chimène à voulu l’aider à poser la navette de même que Marie-Chantal ce qui fait qu’au lieu d’atterrir convenablement sur les roues nous nous sommes posés sur le ventre. Ça ne fait rien, nous avons fait un beau voyage et c’est ça qui compte. Folamour, le robot gardien était là pour nous accueillir. C’est un vieux robot du milieu du XXIème siècle qui ressemble à une table de billard équipée de quatre grosses roues crantées. La peinture de sa carcasse est écaillée par plaques et il entrecoupe ses phrases de quintes de toux vigoureuses. En outre il a un accent franco-canadien glaiseux et épais. Comme nous ne comprenons pas ce qu’il nous dit, nous lui faisons répéter ses phrases, ce qui le fait tousser tant et plus. Cela amuse beaucoup Chimène qui lui fait reprendre sans cesse pour avoir le bonheur de l’entendre tousser à se fendre en deux. Le soir - un jour martien ressemble à un jour terrestre nouveau et dure 17 heures martiennes, heures qui sont un peu plus courtes que les nôtres de quelques minutes- Chimène a essayé de le chatouiller. Cela lui a provoqué des crises de toux qui n’en finissaient pas. Ce qui ne l’a pas empêché de lancer ensuite un message à tous les robots de Mars pour les prévenir de l’arrivée d’une fille experte en chatouilles.
   Très sincèrement, les qualités principales de Folamour ne sont ni la propreté ni l’ordre. La base Carl Sagan est un fouillis de tôles tordues, de bidons métalliques écrasés, d’empilements de boîtes en plastique de toutes tailles, de boîtiers électriques perdant leurs composants en vrac, de monticules d'instruments électroniques éventrés d’où dégouline des rivières de composants, de microprocesseurs et de câbles multicolores. Ce sont les débris des satellites, nous dira Folamour. Ces détritus encombrent la voie principale. Nous sommes obligés de nous faufiler entre ces ferrailles pour atteindre les maisonnettes avec le risque qu’un morceau de tôle déchire notre combinaison étanche. Sur les photos les maisonnettes ressemblaient à d’antiques petites et pimpantes maisons comme celles qui bordent les routes du Devonshire (UK). Hélas ! Elles ont mal résisté aux tempêtes martiennes et trois ont perdue leur toiture, une quatrième s’est effondrée et la cinquième qui parait encore tenir debout n’a plus de fenêtres. Nous décidons de nous y établir quand même en attendant que les chevelus en remettent une ou deux en état. Mais la première de leurs besognes est de gonfler la bulle qui nous mettra tous à l’abri.
    Une colonie de bactérie s’est installée dans la première maisonnette, celle qui a perdu son toit et la moitié de ses murs. Folamour dit que ces bactéries sont d’aimables voisines et que leur chef souhaiterait obtenir un entretien du chef de l’expédition. J’y consens. Je n’imaginais pas les bactéries comme ça. Elles ressemblent, elle et leur milieu, à des guenilles jetées dans un lavoir submergé de mousse. Quand, en compagnie des rats dirigés par un certain Algernon, nous sommes entrés dans leur baraquement elles se sont rassemblées en piaillant et en grouillant jusqu’à ce que Folamour intervienne fermement pour obtenir le silence. Il en sortait de partout, des trous dans les murs, des fentes du plancher, entre les plinthes et les murs. Elles arrivaient par paquets en se grimpant les unes sur les autres. Enfin leur chef s’est avancé.
   – Ma vie n’est qu’une suite d’histoires passionnantes, dit-il d’une voix qui ressemble à un portail de fer rouillé malmené par le vent. Si je savais écrire, cela ferait un bon roman j’en suis certain.
   – C’est tout ce que vous aviez à nous dire ? s’étonne Olivier.
  – Non. Mais laissez-moi continuer jeune homme sans m’interrompre. Nous sommes arrivés sur le sol martien avec la première navette. Nous avions pour mission de produire de l’oxygène afin de créer une atmosphère mais la tâche est immense et nous manquons de moyens, chacun tire à hue et à dia, personne n’écoute et notre reproduction est anarchique. Nous n’avons pas de planning familial et certains, même parmi les plus fidèles, veulent ma peau. Nous avons pris du retard dans notre programme et les autres colonies de Mars où nous nous sommes installées ne sont pas mieux loties. Enfin, si vous nous acceptez, nous redoublerons d’efforts et triplerons notre production. Il suffit pour ça de menacer les mauvais et de promettre la lune aux meilleurs. Mon nom est Madamledirlo, je suis homosexuel et hermaphrodite, mes amis m’appellent Zora. Maintenant il faut que nous retournions au boulot ; avec la grosse bulle que vous avez installé notre tâche sera plus facile. Que les rats se tranquillisent, nous accepterons volontiers d'être dirigés et suivrons leurs plans à la lettre.
   – Finalement, pour une bactérie, il est sympa Madamledirlo, commente Chimène et pas bêcheur.
  
   Quelques jours plus tard nous avons reçu la visite de plusieurs robots, les plus proches, ceux qui travaillent dans le grand canyon de "Candor Chasma". De vrai loqueteux. J’ai honte de les voir se déplacer en grinçant, cahin-caha, guenilleux et corrodés, s’appuyant sur des cannes et maugréant à chaque pas comme des patriarches. Certains ressemblent à des jouets d’enfants, genre locomotive à vapeur, d’autres à des chaises longues, d’autre encore à des cages à oiseaux, l’un très pittoresque ressemble, si j’en crois Folamour, au David de Michel-Ange. C’est un robot expédié dans l’espace par un allumé de président italien du début du XXII ème siècle. Il sert juste à faire joli. Une bande d’éclopés que ces robots qui, à l’origine et lors de leurs lancements ne manquaient pas de grandeur et de dignité. Certains travaillent depuis deux cents ans sans salaire ni vacances. « On nous a oublié », gémissent-ils. J’ai promis d’intervenir en leur faveur quand nous rentrerons sur terre. Mon ordre de mission spécifie que nous devons tenter de nous reproduire sur Mars. Pour voir si ça marche. Nous en avons discuté et le sort m’a désigné pour tenter le coup avec Chimène, le soir même.
   Les chevelus ont préparé notre chambre nuptiale dans l’une des baraques vide mais toujours pas réparée ; mais qu’importe le toit puisqu’il ne pleut pas sur Mars et la bulle nous préserve des tempêtes. J’étais intimidé et Chimène aussi, je crois. J’avais mis mon short des dimanches noir et blanc, une couronne de fleurs en papier doré et un justaucorps vert très class. Elle avait revêtu une de ces robes en feuilles de cuivre très sexy, signées Paca Robanne, que les habilleuses de la Grande-Maison avaient placées dans la navette en prévision de ce jour. Ainsi vêtue, elle avait un peu de mal à se déplacer et nous avons uni nos forces pour la transporter sur le lit. La nature nous a amplement pourvu d’organes du plaisir et une nuit de noce ne suffit pas pour que s’apaise notre libido. Après des chatouillis préliminaires et force caresses d’Orang-Outang qui nous amenèrent au voisinage de l’aube, Chimène glissa une main dans mon short pour extirper mon organe sexuel. Les mâles du XXème siècle se désespéraient devant la taille ridicule de leur pénis, aussi la science et la sélection aidant nous pouvons aujourd’hui faire varier sa taille à volonté, jusqu’à la disproportion.
   Nous en discutons, Chimène et moi, avant de tomber d’accord sur la taille maximum. Ensuite ce ne fut qu’un coït ordinaire de quelques heures. Je laissai aller ma semence dans le ventre de Chimène tout en en surveillant le niveau pas sa bouche grande ouverte. On a vu des semences trop abondantes se perdre dans un éternuement ou un vomissement, et de médiocre quantité ne pas atteindre le niveau minimum requis pour la reproduction. Les chevelus placés derrière moi vérifiaient, eux aussi, en regardant par dessus mon épaule. Il ne restait plus qu’à la nature de faire son œuvre. Le lendemain la procréatrice commença de gonfler. J’étais heureux comme un futur père. J’annonçai la nouvelle à la salle de contrôle où Karl et d’autres pontes de la Grande-Maison attendaient près des écrans de transmission et des ordinateurs.
   – C’est pas trop tôt, râla Karl. Ça fait des jours que nous attendons de vos nouvelles. Qu'est-ce que vous foutiez ?
   – Je lui en ai fourré jusque là, dis-je, ignorant ostensiblement les réflexions de notre chef de projet. Je joignis le geste à la parole. Puis je contais par le menu notre atterrissage, en me gardant bien de préciser la manière dont nous nous étions posés. Je parlais de la détresse des robots, des bactéries, du piteux état de la base « Carl Sagan » et de Chimène.
   – Avez-vous trouvé du pétrole ? Des métaux originaux et rares ? Des transuraniens ? De l'uranium ? De l'or ? Des terres rares ? Du diamant ? Glapit une voix près de Karl dans laquelle je reconnus celle du Président de la Grande-Maison.
   – Vous n’êtes pas sur Mars pour vous prélasser, nous reprocha Karl mais pour accomplir une mission. Dites-vous bien qu’ici on se moque du bien être des robots et des bactéries. Reproduisez-vous autant que cela vous chante mais en dehors des horaires de travail ! Le reste du temps vous devez chercher les richesses qui manquent cruellement à la Terre.
 
   Dans les jours qui ont suivi nous avons tenu conférences sur conférences en présence de tous les robots -enfin ceux qui pouvaient encore se déplacer-, des équipes de rats chargés d’explorer le sous-sol de la planète, des bactéries et de notre équipage, sauf Chimène dont la grossesse s’avérait difficile. Tous étaient d’accord : il n’y a rien d’intéressant sur et dans Mars, aucune terre rare, aucun métal précieux, pas de pétrole. À part, comme je l'ai déjà dit, quelques cristaux qui parlent et des pierres qui dansent sans intérêts. Ceux qui avaient vanté ses richesses  s'étaient trompés ou d’autres étaient probablement passés avant nous, c’était la seule explication. Karl piqua une colère épouvantable et nous demanda si nous savions ce qu’était du pétrole, des métaux précieux et rares, des diamants, du lithium ou de la kimberlite etc. Aucun d’entre nous ne savait. Les vieux robots avaient oublié, les rats n’avaient jamais su et nous non plus. Cela n’avait jamais figuré dans nos logiciels d'apprentissage.
   À cet instant Chimène poussa un cri et celui d'un bébé lui répondit : le peuplement de Mars venait de commencer. Hourra !
 
Jean-Bernard Papi ©