Jean-Bernard Papi, romancier, essayiste, nouvelliste et poète

                                        Il n'y a de recette de jouvence que le rire.
                       Partageons nos plaisirs. Vous lisez ! J'écris !      

                                            Marco.
 



 
 
   

  



   Nous avions embarqué Marco à l'escale de Lagos, au Portugal. Marco était un de ces routards qui attendent dans les ports qu'un bateau, en général un de ces petits voiliers de plaisance risque-tout qui longent les côtes européennes ou africaines, veuille bien les prendre à bord. Ils ne demandent qu'à être déposés un peu plus loin, sur le quai d'un autre port où ils attendront patiemment près de leur sac. Ils exécutent les petits travaux du bord et savent tout faire, du boulot d'équipier en régate à celui de cuisinier. Ils vous recousent une voile ou réparent une coque comme des spécialistes et les résines polyester n'ont aucun secret pour eux.
   Marco était de ceux-là, et de surcroît il était beau, de cette grâce bronzée et nerveuse qu'ont les surfeurs dont il possédait la tignasse décolorée par l'eau salée et les dents blanches. Clémentine avait voulu qu'il monte à bord, pour m'aider à naviguer jusqu'aux Canaries. J'aurais pu me passer de son aide, mais nous étions en voyage de noce et elle voulait qu'il tienne la barre pendant que nous nous prélasserions sur nos couchettes. Marco se montra ravi d'embarquer avec nous et ne posa pas de conditions. Il ramassa prestement son sac et nous suivit sur le môle ou nous avions ancré le voilier. Avisant le tuyau de caoutchouc enroulé sur le ponton qui servait à faire le plein d'eau douce, il voulut se doucher avant de monter à bord.
   - Votre voilier petit, mais très propre. Marco pourrait le salir, baragouina-t-il dans un sourire éclatant.
    En un tourne main il fut nu. Clémentine rougit mais ne baissa pas les yeux pendant qu'il se frictionnait sous le jet. J'aurais dû, à ce moment là, refuser de le prendre à bord sous un prétexte quelconque et lever l'ancre pendant qu'il faisait ses ablutions et se laissait complaisamment admirer. Le soir même, pourtant, nous voguions tous les trois au large du cap Saint-Vincent. Pendant que sur notre couchette je faisais l'amour à Clémentine, Marco chantonnait sur la plage arrière en tenant la barre. Lorsqu'elle eut joui, avec ses vocalises et ses plaintes habituelles, Clémentine prit mon sexe, devenu petit et délicat comme celui d'une statue antique, dans sa main et murmura comme pour elle-même :
    - As-tu remarqué comme celui de Marco est long et gros, même au repos ?
   Prenant cela pour un jeu, que l'ignorance de Clémentine pour le corps masculin justifiait pleinement, je lui répondis qu'en effet, je l'avais remarqué.
    - Quelle peut-être sa taille lorsqu'il bande ? continua-t-elle de sa voix douce et chantante.
   Je répondis que je n'en savais rien, mais qu'il fallait être une femme pour s'occuper de pareils détails. J'ajoutais, imprudemment, que si ce genre de chose l'intéressait, elle n'avait qu'à aller voir par elle-même. J'étais un fat, un orgueilleux persuadé de la soumission et de la fidélité de sa jeune épouse. Au lieu de s'offusquer, elle eut un léger sourire puis sa bouche enveloppa ma verge d'une chaleur humide, comme pour me remercier.
    Le lendemain, elle prit son bain de soleil, nue, comme chaque matin, sur le pont. Marco tenait la barre. J'étais dans la cabine en train de faire le point tandis qu'elle se déshabillait devant lui. Elle le fit comme s'il n'existait pas. Je le vis qui la fixait intensément, de ses yeux agrandis, après avoir eu un léger sursaut de surprise. Pendant ce temps, elle s'étirait et s'allongeait sur le ventre, au soleil, les cuisses largement ouvertes dans sa direction. J'aurais dû monter sur le pont d'une allure naturelle,  cautionner son exhibition qui aurait alors passé pour du naturisme innocent. Au lieu de quoi, je ne fis pas un geste et me terrai dans la cabine en attendant la suite, le cœur battant violemment, une nausée au bord des lèvres.
   Marco bloqua la barre et s'avança sans bruit vers Clémentine. Il s'agenouilla entre ses cuisses et fit très doucement glisser sa langue entre les lèvres roses, gonflées et entrouvertes du sexe de ma compagne. Elle ne bougea pas, se contentant de s'ouvrir plus encore et de tendre ses fesses vers sa bouche. Marco lui pétrit alors la croupe en la léchant d'une manière si gloutonne qu'il en devenait bestial. À l'instant où, outré, je m'apprêtais à jaillir sur le pont Clémentine, se retourna et attira Marco près d'elle. D'une poussée légère elle l'obligea à s'étendre sur le dos et posa sa main à plat sur sa braguette. Ce qu'elle toucha, l'émotion qu'elle en retira, se lut dans ses yeux. Un étonnement incrédule suivi d'une flamme joyeuse qui dansa dans ses prunelles noires. Elle ouvrit la braguette et tendrement glissa la main sur la peau du jeune homme pour aller chercher le pénis qu'elle libéra comme un diable de sa boîte. Le sexe de Marco était tendu et vibrant, long comme ma main et volumineux à un point tel que les doigts de Clémentine n'en faisaient pas le tour.
   Je devinai ce qui se passa alors dans la tête de ma jolie épouse. Auprès de Marco, j'étais infirme. Mon sexe était petit, noiraud, veineux et embarrassé d'une peau grenue. Le sien était lisse, doré comme un bois précieux, il triomphait dans les mains de Clémentine comme un drapeau, une lance ou une coupe d'or. Elle se mit à le sucer avec des mignardises et des agaceries de la bouche qu'elle ne m'avait jamais faites. Promenant ses doigts légers entre les fesses du garçon, elle le titillait des ongles et de la langue, des bourses jusqu'à l'anus. De  ses lèvres, elle coiffait le gland, qui me parut aussi frais et tendre qu’une bouche de bébé, comme elle l'aurait fait d'une glace dans son cornet. Je lui vis le même regard gourmand et le même frémissement heureux des narines qu'elle avait lorsqu'elle dégustait ces sorbets italiens surchargés de crème, d'amandes et de fruits confits que nous achetions dans les ports de l'Adriatique. Longuement, elle savourait ce sexe et paraissait elle-même comblée en lui offrant la jouissance tiède et poivrée de son palais.
   Marco prit brutalement, et sans prévenir, son plaisir. Il  inonda sa bouche. J'avais eu la même incontinence et elle s'était montrée froissée par cette marque de sans-gêne et de mépris, selon elle. Elle reçut Marco avec un contentement si évident que des larmes de dépit me montèrent aux yeux. J'eus la surprise de découvrir que mon corps réagissait différemment que ne le faisait mon intellect car un orgasme impétueux et soudain me secoua. Tandis que je m'accrochais, frémissant, à la table des cartes, mon pantalon s'auréolait d'une large tache. J'aurais dû ordonner de faire demi-tour, retourner à Lagos afin d'étudier calmement la situation. Je ne le fis pas. Marco regagna sa place, Clémentine continua de se faire rôtir au soleil et j'allai dans notre cabine me changer. Le soir venu, étendu près de Clémentine sur notre couchette, je ne fis aucune allusion à ce qui s'était passé. Ce fut elle qui me parla de Marco. Blottie contre moi et le nez dans mon cou, elle se laissait caresser quand soudain:
    - Tu m'as vue avec Marco, n'est- ce pas ?
    - Oui.
    - Alors raconte-moi, tu veux bien ?
    Je lui racontai. Mon récit terminé, je lui fis l'amour. J'eus l'impression de planter ma verge dans un marécage brûlant. Une source dégouttait entre ses jambes qui me mouilla jusqu'à mi cuisse. Elle prit un plaisir extrême qui lui révulsa les yeux, j'y devinai cependant l'image de Marco mêlée à la mienne.
           
   Le lendemain matin, alors que j'étais à la barre, Clémentine appela Marco pour qu'il vienne l'aider. Elle était alors dans notre cabine, occupée à je ne sais trop quel rangement. Marco dévala, tout joyeux, l'échelle d'accès. Il se passa quelques minutes avant que je ne quitte mon poste, intrigué par leur silence. J'aurais mieux fait de ne pas bouger et de les ignorer. Pourtant, je collai mon visage au hublot et les vis. Ils étaient nus et Marco besognait Clémentine qui poussait de petits cris à chaque fois que sa verge la pénétrait. Etendue sur notre couchette, elle avait croisé ses jambes dans son dos et le maintenait avec une force qui faisait saillir les muscles de ses cuisses et de ses mollets. Le garçon debout, allait et venait à coups de reins énergiques, pénétrant Clémentine avec une vigueur de taureau, bien campé sur ses jambes nerveuses.
   Elle ne fut pas longue à jouir. Illico il la retourna et, sans perdre un instant, la pénétra par l'anus. Nous avions pratiqué deux ou trois fois la sodomie, Clémentine et moi, et je m'étais au préalable copieusement enduit de vaseline. Je fus tout étonné de voir avec quelle facilité l'énorme sexe de Marco entrait en elle. Je compris alors que ma femme s'y était préparée avant l'arrivée du garçon. Cela me bouleversa et m'ébranla si fort les nerfs, que je sentis que j'allais jouir. Je n'eus que le temps de défaire mon pantalon. Pendant ce temps, Marco, après s'être libéré en elle, urinait copieusement d'un long jet mousseux entre les fesses de Clémentine qui se tordait de plaisir.
   Mon orgasme fut si vif que je mis plusieurs secondes avant de me ressaisir. J'étais à la barre cependant, lorsque Marco remonta sur le pont et la journée s'écoula sans autre incident. La brise était de force quatre et le bateau, par vent arrière, filait bon train. Dans quatre jours nous devrions atteindre Casablanca pour y faire escale. Comme la veille, il me fallut raconter à Clémentine ce que j'avais vu par le hublot et, comme la veille, au récit succédèrent des baisers, des enlacements, des caresses, des moments d'amours si intenses que je doutais qu'il pût y en avoir de plus ardents et de plus passionnés.
   - Il est temps, me murmura-t-elle à l’oreille lorsqu'elle fut apaisée.       
  Je me levai sans bruit. Marco devait tenir la barre jusqu'à minuit. Je pris mon poignard de commando planqué sous la couchette et montai sur le pont. Il ne fut pas étonné de me voir.  Tandis qu'il me montrait une étoile orangée qu'il croyait être Aldébaran, je lui ouvris la gorge d'un coup rapide du tranchant puis basculai son corps dans la mer. Clémentine, en me voyant revenir, s'étira d'aise sur notre couchette.
  - À Casablanca nous trouverons quelqu'un pour le remplacer… Pourvu qu'il soit aussi beau, soupira-t-elle.
     
Jean-Bernard Papi ©
(publié dans Les Feuillets roses n°14 -1994)