1- Le voile de Véronique par Le Greco.
2- L'arbre mort de Louis Augustin Auguin
3- Biennale 1993 d'art contemporain à Venise.
Le voile de Véronique par Le Greco.
Je ne peux m’empêcher d’un certain malaise en observant ce tableau du Gréco « Le voile de Véronique » peint vers 1530. On sait que « le thème du voile de Véronique, (s’est développé) à partir d'une légende remontant au IVe siècle selon laquelle Véronique (déformation de « vera icona ») aurait essuyé avec un linge le visage du Christ marchant vers le Golgotha. La face du Christ serait restée imprimée sur ce linge.»*
Le consul Lentulus, supérieur de Pilate décrit ainsi Jésus : « Cet homme est de haute taille, d'aspect élancé ; sa face est sévère et pleine de vertus [...] Ses cheveux sont de la couleur du vin ; ils tombent jusqu'aux oreilles en boucles sombres ; des oreilles aux épaules, ils sont ondulés et brillants ; des épaules à la ceinture, ils se répartissent en deux comme chez les Nazaréens. Son front est haut et pur ; son visage lisse et légèrement vermeil ; son allure est douce et caressante, son nez et sa bouche sont irréprochables ; sa barbe est épaisse, de la même couleur que ses cheveux ; ses yeux sont bleu clair. »* La tête du Christ est ici représentée selon les critères de l’époque du Greco. Pour le Gréco il est blond roux ; blond vénitien, souvenir de son passage à Venise ? Ses yeux sont sombres.
Mais peu importe les cheveux ou les yeux. Ce que je m’explique mal en regardant ce tableau c’est que le visage ne soit pas froissé comme le reste du linge, que ses cheveux se tordent comme des serpents, que son regard quasi hypnotique et stupéfait soit plutôt celui d’un individu étonné de se trouver là, décapité, au lieu de celui d’un sage imprégné de la chose divine. Ses oreilles pointues comme celles d’un diable, me surprennent tout comme les oreilles de Véronique laquelle pour sa part tient ce voile comme une bonne portugaise tiendrait une serpillère, avec dégoût.
Greco voulait-il signifier ici son mépris pour tout le fatras, reliques et légendes, qui encombraient l’atmosphère religieuse qui sévissait alors en Espagne durant la contre-réforme ? Et pourquoi ne pas le dire, son mépris du religieux tout court ? Une toile symbolique pour l’église catholique d’aujourd’hui face aux accusations de pédophilie à l’encontre de nombreux prêtres, en regard de sa volonté de canoniser Pie XII à qui l’on reproche sa passivité face à la persécution des juifs durant la dernière guerre, ses spéculations financières, son homophobie et son mépris des femmes, son hostilité envers le préservatif, son dogmatisme. Tant de chefs d’accusations, et bien d’autres, qui devaient déjà lui être reprochées au temps du Greco.
©Jean-Bernard Papi avril 2010.
Les citations* sont tirées de l’Encyclopædia Universalis 2007, tous droits réservés.
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L'arbre mort de Louis Augustin Auguin

Ce tableau de Louis Augustin Auguin (1824-1904) quil s’intitule « L’arbre mort » a été peint dans les dunes de Montalivet (33).
Auguin fut un élève de Jules Coignet. Ses premières expositions, à partir de 1846 eurent un tel succès qu’il put, en vendant ses toiles subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Fuyant Paris pour des raisons politiques, il revint à partir de 1860 s’installer près de Saintes (17) plus précisément à Port Berteau, au bord de la Charente. Il y sera rejoint par Gustave Courbet * qui demeurera à Saintes durant un an, avec de fréquents passages de Corot, Français et d’Aubigny. Une exposition collective Auguin-Courbet-Corot–Pradelle en 1863 à Saintes, rencontre un vif succès. Après ces années de fructueuse création il s’installe à Bordeaux où il ouvre un atelier. Il y peindra, toujours avec le même succès, entre autres tableaux, des bords de mer, dont cet « arbre mort ».
Le marchand qui à vendu cette toile prétendait qu’elle était la dernière œuvre d’Auguin. En très mauvais état, elle avait été perforée en deux endroits et remisée dans un grenier avant d’être vendue par des héritiers que cette peinture mélancolique rebutait. En effet le titre même « L’arbre mort » et la manière dont il a été peint, semble donner raison au marchand.
Le tableau est partagé en deux par une horizontale, qui fait la part belle à la terre, refuge des corps défunts, et le vaste ciel hypothétique demeure des âmes. Un sentier, parti de l’arbre mort qui gesticule vainement de ses bras noueux et secs en une sorte de prière, se dirige entre les dunes vers une petite langue de mer d’un bleu à peine plus foncée que le ciel. Purgatoire houleux ? Symbole de la vie qui grouille dans ses eaux ?
La tristesse de cette toile est perceptible dans le choix des teintes du sol variantes de bruns et de jaune, dans les bleus d’un ciel tourmenté et nuageux qui inspire le doute dans son opacité même. Dans la partie « terrestre » l’arbre mort au premier plan, dans son délabrement donne à voir une fin de vie douloureuse. Pourtant un rayon de lumière éclaire au premier plan le sable d’une tonalité dorée car rien n’est perdu tant que subsiste le souffle. Dernier regard du peintre sur cette nature qu’il a tant aimé et peinte ? Je serais tenté de le croire.
Copyright Jean-Bernard Papi
* Voir : Gustave Courbet en Saintonge de Roger Bonniot Edition librairie Klincksieck et La Saintonge Littéraire N° 72 l'article de Philippe Ravon.
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(Essai critique et parodique)
Dédié à Marcel Duchamp, Richard Serra, Parmiggiani etc.
"Le Lion d'Or de la biennale 1993 d'art contemporain de Venise a été remis à un jeune artiste italien, Maximo Italo, qui exposait sa toute première, et prometteuse, œuvre. Ce jeune homme était jusqu'alors employé à l'entretien du parc où se déroule chaque année la biennale. C'est en prenant prétexte d'une réparation à faire dans le pavillon italien que le jeune artiste a pu y introduire son travail qui a tout de suite été remarquée par les organisateurs et le jury." (La Gazetta Venizia d'el Arte n°1023)
Julia K.ristina, psychanalyste et écrivain, présidente du jury, au cours d'une conférence de presse télévisée a dégagé les charges émotionnelles de l'œuvre, de "l'installation", pour employer le mot qui convient et qui est admis par les artistes eux-mêmes. Il s'agit d'une installation donc, montée près de l'entrée même du pavillon, dans le renfoncement à droite de la porte pour être précis. Ce choix de l'emplacement est chargé d'une connotation psychologique importante que madame Kristina n'a pas manqué de relever. L'option du renfoncement démontre, a-t-elle dit, l'impératif, pour l'artiste, de s'effacer devant son œuvre. Cependant, ce n'est, malgré tout, pas dépourvu d'une agressivité latente ; ce que met en relief l'espèce de guet-apens, d'embuscade que constitue, précisément, ce "derrière la porte".
L'installation, dans sa partie gauche, est composée d'un cendrier sur pied cylindrique de couleur orange et beige dont la base est aménagée pour recevoir des déchets de papier et, tout à côté, d'un porte parapluie assorti, orange et beige, de marque "Unic" inscrit dans un ovale gris. Il se dégage, de cette partie de l'installation, selon Julia K.ristina, une solitude si poignante, si intense, que l'artiste a souhaité en atténuer l'effet en posant, à quelques dizaines de centimètres, et dans ce qu'il faut considérer comme la partie droite de l'œuvre, une caisse à outils bleu-marine, légèrement cabossée d'où émerge un manche de marteau de couleur paille, dont l'extrémité, prévue pour la préhension, est peinte de rouge vif.
Madame Jukia K.ristina, a vu dans ce marteau un symbole de l'oppression de la société technologique en même temps qu'une critique à peine voilée du marxisme et du communisme. Ce que n'a pas contesté monsieur Maximo Italo. Les membres du jury ont noté également, je cite, "l'oppression fumeurs / non fumeurs évoquée par le cendrier, le rappel écologique de la corbeille aux déchets, le temps et l'eau, petit clin d'œil adressé à Venise par le porte parapluie". Une dame du jury fit même observer que le manche du marteau était "phallique à souhait".
Une prise électrique murale neuve de marque "Legrand", prête à l'emploi, était également posée sur le sol, assez loin cependant de la caisse à outils, accompagnée de deux rouleaux de cinq mètres de câble électrique, d'un millimètre carré de section, de couleur bleu pour l'un et rouge pour l'autre. Le jury s'est demandé, si cette partie "quincaillerie" présentée à l'extrême droite (encore un clin d'œil politique ?), ne devait pas être considérée comme une installation à part. Maximo Italo, interrogé, a protesté du contraire. La prise et les câbles sont liés, a-t-il affirmé. Mais finalement il laisse chacun libre d'apprécier à sa guise. Il s'agit là, à n'en pas douter, et tout le monde est d'accord là-dessus, d'une évocation subtile des difficultés de communication entre les êtres, chaque objet se voyant chargé d'un signifiant qui varie au gré de chacun.
Enfin un double-mètre métallique, enroulé dans une boîte de marque "Fiat" était là pour rappeler que, de l'autre côté de l'Adriatique, une guerre barbare (Fiat fabrique aussi du matériel d'armement) se déroule (le double-mètre à ruban !) à quelques centaines de kilomètres de Venise (le double mètre en lui-même).
L'installation, il va sans dire, a été achetée par la Fondation Agnellotti dés la remise des prix. Maximo Italo, peu bavard de nature, a cependant laissé échapper devant notre consœur du Forum des Arts un sifflement devant l’énormité du chèque et un « Prima lavoravo per dieci lire all'ora ! » ce qui peut se traduire par "Et dire qu'avant je bossais pour des clopinettes !" qui laisse deviner l'angoisse et le doute qui assaille normalement tout artiste face au succès. Enfin de nombreux mécènes, dont la fondation Cartier, se disent prêts à aider Monsieur Italo qui projette de s'installer à New York pour y préparer l'exposition d'automne et la biennale de San Francisco. Nous souhaitons bonne chance à cet artiste naissant et insolite et nous attendons, avec une grande impatience que le musée d'art contemporain de Paris, veuille bien acquérir, pour le plus grand bonheur des Français, l'une de ses futures installations.
© Jean-Bernard Papi