I - Vie de Nicolas Chauvin
II- La Waffen SS ( l'armée SS)
III - Guerre du Mexique (1861-1867) Escarmouche d'Organo
IV - Autour du journal "Les tablettes des deux Charentes"
Qui était ce Nicolas Chauvin dont le nom, par glissement sémantique, servit à qualifier chauvins et chauvinisme, maladie nationale et même internationale ? En tout état de cause si la Révolution n'avait pas remis au goût du jour la patrie et la nation, le chauvinisme n'aurait peut-être pas existé, au moins avec l'intensité qu'on lui connait. Pas une rencontre sportive, nationale ou internationale sans chauvins et chauvinisme, c'est la règle. En compagnie de Gérard de Puymège auteur de "Chauvin, le soldat-laboureur. Contribution à l'étude des nationalismes" aux éditions Gallimard, nous allons tenter d’apporter une réponse sur l'individu Chauvin et le débusquer dans ses retranchements.
C’est Jacques Arago (1790-1855), littérateur et frère du savant François Arago qui, le premier, introduisit Chauvin dans le Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture de M. W. Duckett, Paris 1845. "Nicolas Chauvin, né à Rochefort, soldat à dix-huit ans. A fait toutes les campagnes, 17 blessures, toutes par devant, 3 doigts amputés, une épaule fracturée, front mutilé, sabre d'honneur, ruban rouge, deux cents francs de pension..."
L'historien Debidour,(1847-1917), Inspecteur Général de l'instruction publique, dans la Grande Encyclopédie, Inventaire Raisonné des Sciences, des Lettres et des Arts par une société de savants et de gens de lettre (1886-1902) reprend, sans le vérifier, l'article d'Arago et ajoute de son cru : "Chauvin, soldat français né à Rochefort ... L'exaltation naïve de son patriotisme et de son admiration pour l'Empereur l'avait, non moins que sa valeur, rendu célèbre dans toute l'armée. On souriait un peu de ce vieux brave. Plus tard on le chansonna et le public, inventant le mot de chauvinisme, prit l'habitude de désigner sous ce nom, l'exagération sincère et parfois plaisante du sentiment français à laquelle se laissaient aller nos anciens soldats."
Le journaliste Jules Clarétie, dans "Le Temps" du 3 janvier 1913, cité par de Puymège, rapporte que : "Chauvin retraité, revint à Rochefort et fut alors suisse à la préfecture maritime. Pendant le court séjour que Napoléon fit à Rochefort avant de s'embarquer à l'île d'Aix pour Sainte-Hélène, Chauvin ne voulut point quitter la chambre où couchait son maître. Le départ de l'Empereur et le retour du drapeau blanc le mirent dans un état d'exaltation extrême. Il emporta chez lui un vieux pavillon tricolore et s'en fit une paire de draps. Plus grognard que jamais Chauvin murmurait : je crèverais dedans, et il tint parole". Clarétie s'était inspiré du Docteur Gaulard de Rochefort qui racontait le fait dans le Bulletin de la Société Géographique de Rochefort, lequel Gaulard souhaitait qu'une rue de cette ville portât le nom de Nicolas Chauvin*. Nous étions à la veille de la Grande Guerre et le patriotique Chauvin revenait à la mode.
Dans la première moitié du 19° siècle, le conscrit Chauvin, sous la plume du dessinateur Charlet (1792-1845), devient une sorte de héros en négatif, symbole de la naïveté paysanne. A cette époque la conscription durait 8 ans et un homme sur deux était exempté. Rien d'étonnant à ce que ceux qui étaient pris passent pour des naïfs... qui se dégrossissaient ensuite au fil de ces huit années. On attribue aussi à Chauvin des "Oeuvres poétiques" grivoises et populistes parues en 1825. Chauvin est aussi le personnage central de plusieurs vaudeville dont "La Cocarde Tricolore" de Th et H. Cogniard en 1831, qui lui font dire cette réplique immortelle : J'suis Français, j'suis Chauvin et j'tape sur l'bédouin. (L'histoire se passe en Algérie.)
Sur scène, Chauvin rassemble tantôt l'image du troufion qui ne songe qu'à prendre du bon temps, tantôt celle de l'ancien à qui on ne la fait plus, voire du vieux soldat moralisateur et exalté, ou encore du démobilisé redevenu laboureur qui se laisse aller aux regrets des bons moments passés sous les drapeaux. Heureux temps où il courait les filles et faisait la guerre. Tout se passe, dans ces vaudevilles, comme si le public se partageait entre l'adulation pour le héros Chauvin et le mépris moqueur pour les exploits du troufion Chauvin. C'est l'époque des conquêtes hors de France, en Afrique surtout ; il y a alors les "pour" et il y a les "contre".
Alphonse Daudet (Contes du lundi- La mort de Chauvin- 1873) le voit ainsi : "Grand, grisonnant, le visage enflammé, le nez en bec de buse, des yeux ronds toujours en colère, qui ne se faisaient aimables que pour le monsieur décoré du coin ; le front bas, étroit, obstiné, un de ces fronts où la même pensée travaillant sans cesse, a fini par creuser une seule ride très profonde, quelque chose dans la tournure de bonasse et de ratapoil, par-dessus tout, la terrible façon dont il roulait les r en parlant de la "Frrance" et du "drapeau frrançais"... Je me dis : "Voilà Chauvin !"...
Ce Chauvin, dans le conte de Daudet meurt le 23 mai 1871 pendant la Commune de Paris, pris entre le feu des soldats versaillais et celui des insurgés.
Calculons : Si Chauvin s'est engagé à 18 ans, mettons à la prise du pouvoir par Napoléon en 1799, au départ de Napoléon pour Sainte-Hélène en 1815 il a 34 ans et se trouve bien jeune pour être le retraité de Clarétie et de Gaulard ; à sa mort (selon Daudet) le 23 mai 1871 il a 90 ans, un âge respectable qui dispense de courir sur les barricades.
Rochefort, possède-t-il les preuves tangibles de sa naissance ? Monsieur Gérard de Puymège nous a évité de remuer la paperasse aussi bien à Rochefort qu'aux archives des armées où un tel brave n'a pu que laisser d'abondantes traces. Ce ne sont pas les Chauvin héroïques qui manquent, mais aucun ne correspond à la description d'Arago. Rien, en ce qui concerne la naissance de Nicolas Chauvin, nous dit de Puymège "dans les paroissiaux et états civils de Rochefort, La Rochelle et les environs". On peut mentionner néanmoins, à partir des archives militaires :
- Pierre Chauvin, déserteur le 19 floréal an 12 ;
- Michel-Georges Chauvin, imprimeur, 23 ans, enrôlé le 11/3/1793 à Rochefort (ne laisse aucun souvenir particulier de sa bravoure) ;
- Jacques Chauvin, natif de Saint-Crespin (Charente maritime), 19 ans, enrôlé le 15/05/1793 (pas plus que le précédent il ne laisse une trace quelconque de sa bravoure) ;
- Un Nicolas Chauvin décédé à Rochefort le 9/05/1818. Il est aspirant canonnier dans l'artillerie de marine, mais n'a que 23 ans et se trouverait trop jeune pour avoir été grognard.
Par contre :
- A Saint Denis d'Oléron (Charente Maritime), depuis 1815, le plus glorieux des Chauvin, Pierre, Capitaine d'infanterie, est à la retraite. Il est né le 21/08/1774 à Berneuil, entre Saintes et Pons. Membre de la légion d'honneur, il décède le 24/06/1856. Soldat à 18 ans en octobre 1792, Caporal le 20/12/1792, Sergent à la 30° demi-brigade d'infanterie légère en 1801, Sergent-major en 1803, Capitaine en 1809, il est, à ce moment là, prisonnier de guerre en Espagne. Il participe aux campagnes de 1793 et 1794, puis en Italie, en Espagne. En 1815 il est dans l'Armée du nord, au 72° régiment de ligne. Blessé 3 fois (au lieu des 17 d’Arago), en 1799 "à la partie postérieure de la fesse droite", en 1800 au pied gauche et en 1808 au bras gauche. Il est mis à la retraite en 1815 pour cause de "gène dans les mouvements". Coïncidence, c'est en 1815 que l'épopée napoléonienne prend fin. De Puymège ne mentionne pas qu'il ait été ardent Bonapartiste et les archives militaires ne portent pas trace d'une attitude particulièrement "chauvine" et exaltée durant ses campagnes. Sa sœur Mme Veuve Rochabrun, en réclamant au ministère de la guerre les états de services de son frère en janvier 1879, ne fait pas mention de son état de héros national supposé.
Le plus singulier des Chauvin fut le dragon qui alla mourir à Sare près de Saint-Jean-de-Luz au cours d'une escarmouche contre les espagnols, pendant les guerres de la Révolution. La ville de Saint-Jean-de-Luz, débaptisée le 29 brumaire an II s'appellera même pendant deux ou trois ans, Chauvin-Dragon. On ne sait rien de plus sur ce brave.
Il y eut aussi un Chauvin, piqueur de Napoléon 1er qui passa avec lui par Rochefort mais qui ne figure pas parmi ceux qui l'accompagnèrent à Sainte-Hélène. Ce Chauvin, selon de Puymège, s'il fut assez proche de l'empereur ne fut tout de même que son maître d'écurie.
Il y eut d'autres héroïques Chauvin dans d’autres départements, dont l'un, né à Falaise, se suicidera à Paris en 1806. Un Régis Chauvin né à Curas (Ardèche) en 1769, engagé à 18 ans, 17 campagnes, caporal le 2/06/1792 pourrait faire l’affaire mais il n’est pas natif de Rochefort. Pensionné, Légion d'honneur, il aurait appartenu à la garde impériale et serait mort à Vaugirard en 1838.
Les Rochefortais, dans Trois siècles en Images (édit. 1983) de l'histoire de leur ville, page 36 du tome 2, dans un article intitulé : Rochefort, berceau du chauvinisme, mentionnent cet étrange et impalpable concitoyen. On y cite une historiette où le malheureux Chauvin aurait présenté les armes au carrosse vide de l'empereur, lors de son départ pour l'exil, le 8 juillet 1815. Comme une star harcelée par ses fans Napoléon se serait éclipsé discrètement par une autre porte et dans une autre voiture. Chauvin aurait aussi fait un drap du drapeau français en souhaitant qu'il lui serve de linceul.
De Puymège écrit qu'il existe un dossier ouvert, aux archives de la guerre, au nom de Nicolas Chauvin. Il contient 3 pièces :
- Une demande de renseignements sur notre héros émanant de l'attaché militaire français en poste à Washington en décembre 1976 qui précise : né à Rochefort, 17 blessures etc ;
- Une seconde demande, plus insistante de ce même attaché, en février 1977 ;
- Une photocopie de l'article du Larousse sur Chauvin. (L'encyclopédie Larousse du XX° siècle édition 1933 reprend pratiquement mot pour mot l'article d'Arago.)
Sur chacune des deux premières pièces, l'archiviste à noté : Rien.
Malgré ses recherches, Gérard de Puymège n'a pu découvrir les preuves de la naissance à Rochefort du grognard Nicolas Chauvin, pas même celles de son existence en tant que héros national n'importe où en France.
S'agit-il, Chauvin et chauvinisme, d'un mythe en cours de formation ? Au sens où Roland Barthes (Mythologies) le définit "comme un système de communication, un message", "une parole choisie par l'histoire". Ou encore selon Mircea Eliade : "parce qu'ils (les mythes) renouvellent une communion, parce qu'ils ont été consacrés à l'origine par des dieux, des ancêtres ou des héros". Chauvin deviendrait alors, dans un temps indéterminé et lointain, ce que sont devenus Jeanne d'Arc, Roland neveu de Charlemagne, Sainte Geneviève, Guillaume Tell etc.
Autant de héros que le pays appelle à la rescousse comme modèles pour "cimenter l'union sacrée". Il ne lui manque que son chantre, un Michelet ou le Turoldus de la Chanson de Roland, qui traduise des faits hypothétiques en exploits qui se dérouleraient au temps jadis, quand les laboureurs formaient le gros de la troupe et que, suivant l'exemple du romain Cincinnatus, ils quittaient la charrue pour voler au secours de la patrie. Ce que traduisait en 1854 le Colonel Ambert : « Ce qu’il y a de plus grand, de plus beau, de plus digne d’admiration dans nos sociétés moderne c’est certainement le paysan transformé par la loi en soldat d’infanterie. »
Car on le voit bien, c'est toujours Chauvin, ou plutôt ceux qui se réclament de lui aujourd'hui, qui trouvent les mots les plus justes pour rassembler et unir les forces du nationalisme populaire que ce soit à l'occasion d'une guerre, d'une bataille économique ou dans ces lieux de conflits exacerbés que sont les compétitions sportives.
Il est aussi objet de dérision. Illustrant cette alternance glorification-mépris, Alphonse Daudet (Contes du lundi), après s'être senti plusieurs fois exaspéré par son attitude fanfaronne dira, parlant du siège de Paris : "Sans Chauvin, Paris n'aurait pas tenu huit jours. Puis à la fin de son texte : C'était le dernier Français."
D'origine bien française, il s'est mondialisé, ce que n'ont fait ni Jeanne d'Arc, ni Roland. Chauvinisme, ou manière de se comporter comme Nicolas Chauvin, se dit chauvinism en anglais (lesquels ont eu aussi leurs chauvins particuliers : les jingos), chauvinismus en allemand, chauvinismo en espagnol, sciovinismo en italien, chauvinismus en russe, sovinisme en roumain etc. Il est à ce point cosmopolite qu'un mouvement féministe anglo-saxon selon de Puymège l'a pris pour cible, il s'agit du M.C.P qui lutte contre le "Male Chauvinist Pig" !
Sans porter un jugement de valeur sur l'héritage laissé par Chauvin, force est de reconnaître qu'il s'est développé d'une manière remarquable et rapide. C'est pourquoi cet abusif Rochefortais, tout compte fait, a bien mérité de l’indulgence de la patrie, à défaut d'estime.
©Jean-Bernard Papi 2005
(Texte paru dans l'Echo des Arènes Oct. 99 n°24)
* Il existe bien une rue Nicolas Chauvin à Rochefort.

Mon roman « Céline, jusqu’au dernier jour http://www.jean-bernard-papi.com/celine-jusquau-dernier-jour.php» où Céline est une victime des SS (rien à voir avec Louis Ferdinand Céline) passe rapidement sur les origines et le rôle de la Waffen SS dans la 2ème guerre mondiale. Les voici étudiés plus en détail.
Pour ceux qui s'interressent aux événement, même et surtout ceux qui concernent les simples soldats de la seconde guerre mondiale lisez "Le journal de guerre de Laurent Papi"http://www.jean-bernard-papi.com/journal-de-guerre-de-laurent-papi.php
Htler et Rhöm
Le traité de Versailles signé en juin 1919 est rejeté par la population allemande qui ne comprend pas sa brutalité et sa sévérité, le pays n’ayant jamais été ni envahi ni bombardé. Elle fera un triomphe aux soldats de retour au pays. La leçon profitera aux alliés plus tard, convaincus que la lassitude de la population et son moral est aussi importante que la victoire militaire sur le champ de bataille.
Ce rejet du traité sera mis à profit par la propagande nazie et favorisera grandement le recrutement au sein de la Waffen SS naissante. Cependant tout le monde n’adhère pas à leur doctrine et les nazis lorsqu’ils participeront aux élections, dans les années précédant la prise de pouvoir d’Hitler, n’obtiendront jamais plus de 43% des voix. Plus tard, au moment de la dénazification de l’Allemagne, les alliés s’emploieront à distinguer les nazis d’opportunité et de nécessité, des nazis fanatiques comme le furent 99% des SS. Le traité de Versailles n’autorisant qu’une armée symbolique de 100.000 hommes, Hitler, faisant fi du traité, dès sa prise de pouvoir en 1933 va s’employer à réarmer l’Allemagne.
Genèse :
A l’origine, en 1923, simple milice (la Stabswache- corps de garde) chargée du maintien de l’ordre lors des meetings de la NSDAP (parti ouvrier national socialiste), elle se compose d’éléments peu sûrs et de voyous brutaux. Le premier des gardes du corps d’Hitler est un ancien boucher lutteur de foire. Les miliciens prêtent serment d’obéissance, portent un uniforme (casquette noire, brassard à croix gammée) et ont pour insigne une tête de mort. Interdits en 1923 ils renaissent en 1925.
Hitler, devenu chancelier du Reich, développe cette milice d’une part en la transformant en une garde personnelle la Leibstandarte (Etendard chéri) de quelques centaine d’hommes triés sur le volet qui deviendra en 1939 la division SS Leibstandarte Adolph Hitler forte de 20.000 hommes. C’est la première formation en date de la Waffen SS. D’autre part il impose dans chaque Länder une petite troupe de miliciens armés et bien entrainés, encadrés par d’anciens militaires, chargés de la propagande nazie ce sont les SS (Schutzstaffel-escouade de protection).

Heinrich Himmler (Photo ci -dessus) filleul du prince Heinrich de Bavière, après des études solides, il est ingénieur agronome à 21 ans, est un des premiers à entrer dans la SS (Matricule 168). Devenu Reichffürer le 6 janvier 1929, chef suprême des SS, il fonde, sur des critères de race, le Schwarze Korps (Le Corps noir ou Ordre noir) extension politique et militaire de la SS et noyau dur de la future race des seigneurs. 2000 en 1930 ils seront 210.000 en 1936 dans l’Ordre Noir.
« Un membre de la SS, dit-il, doit être honnête, convenable, fidèle et bon camarade envers ses compatriotes mais pas envers les représentant des autres pays. Le destin d’un Russe, d’un Tchèque ne l’intéresse pas… » La SS comprend désormais une police politique (Gestapo), un service de renseignement et de sécurité(RSHA), le réseau d’espionnage intérieur et extérieur (la SD dirigée par Heydrich puis par Kaltenbrunner), l’organisation extérieure des camps de concentration, le service de la race, une armée, la Waffen SS officiellement fondée le 2 mars 1940, et un parti dans le parti l’Allgemeine SS (SS Générale ou Universelle).

La Waffen SS, mission et composition :
Le corps de garde, puis l’Escouade de protection (Schutzstaffel) comme son nom l’indique avaient initialement pour mission de faire régner l’ordre nazi sur les territoires conquis par la Wehrmacht. Tout naturellement, et progressivement, ils en vinrent à prêter mains forte à cette dernière en particulier pendant la campagne de Russie. On les appelait « les pompiers d’Hitler » parce qu’ils tentaient de sauver ce qui était en passe d’être détruit.
Au début, les volontaires de la Waffen SS doivent prouver leur « aryenneté » depuis au moins 1800, mesurer 1,74 m et être de bons nazis. Pas moins de 7 attestations différentes sont exigées (Jean-Luc Leleu) (Moralité, santé, scolarité, généalogique, certificat d’employeur, judiciaire...)

Waffen SS, Wehrmacht (et civils) prêtent serment à Hitler, et non à l’État Allemand, devant le drapeau, deux doigts de la main droite levés : « Je te jure, Adolph Hitler, Führer germanique et réformateur de l’Europe d’être fidèle et brave. Je jure de t’obéir à toi et aux chefs que tu m’auras désigné jusqu’à la mort. Que Dieu me vienne en aide. »
Les soldats de la Waffen SS, ou hommes du rang pour employer une terminologie moderne, sont issus des jeunesses hitlériennes et pour 90% sont des paysans volontaires qui y voient la possibilité d’une promotion sociale pour peu qu’ils se montrent courageux, purs et impitoyables. Citadins et bourgeois sont en proportions infimes. A l’intérieur des unités, entre officiers, sous-officiers et soldats règne une camaraderie virile qui n’exclue pas l’obéissance absolue.
Tous suivent un entrainement physique très dur, pratiquent les sports de combat et l’entrainement sur le terrain avec tirs à balles réelles. L’endoctrinement politique y est aussi important que la formation militaire.
Himmler veut une armée qui gagne « sur les champs de bataille le droit d’être les maîtres ». Les maîtres dans un Reich nazi de 1000 ans. « Dans une guerre idéologique, dit-il c’est un grand honneur de servir dans un corps national socialiste. »
Au début de la guerre, le recrutement de la Waffen SS ne va pas sans heurts avec le commandement de la Wehrmacht qui mobilise tous les jeunes en état de porter les armes. Himmler engagera donc des « Allemands ethniques » : Autrichiens, puis Sudètes, Silésiens, Luxembourgeois et Alsaciens au fur et à mesure de l’expansion du Reich. Déjà bien avant la guerre il avait recruté des Américains, Suédois et Suisses alémaniques pour peu qu’ils satisfassent aux normes exigées par l’Ordre Noir. Notamment un chirurgien suisse du nom de Riedweg qui deviendra le responsable du Bureau Germanique, rouage essentiel dans l’internationalisation de la Waffen SS. Des Français déserteurs les rejoindront dès le début de la guerre. Le bataillon SS Heimwehr-Danzig en 1938 fut la première formation de combat à comporter une majorité de personnel non allemand d’origine.
Au fur et à mesure du déroulement des opérations militaires et avec les premières défaites, la Waffen SS sera moins exigeante sur les critères de sélection et se satisfera « de type germaniques » pourvu qu’ils soient nazis et volontaires. « Tandis que le reste du Corps Noir n’en continue pas moins son existence fantastique semée de morts de plus en plus nombreux. Hitler et son bras séculier Himmler poussés par leurs voix intérieures poursuivent leurs actions politico-mystiques aux confins de la magie et de la criminalité… » Écrit Brissaud dans l’Encyclopédie Universalis.
L’armement de la Waffen SS est grosso modo celui de la Wehrmacht, pistolet mitrailleur Schmeisser, grenades à manche, Fusils Mauser, mitrailleuse MG40 etc. La composition des unités fluctuent selon le recrutement. A titre d’exemple la Panzer-division Das Reich en 1944 est théoriquement composée de 19000 hommes soit deux régiments de grenadiers (Deutchland et der Führer), des servants des 300 Chars Panther et Tigres (2000H), de l’artillerie, DCA, groupe antichar Propulsé, lance roquettes, canons d’assauts. Groupe de reconnaissance, Génie, transmission, Troupes de remplacement et les 500 hommes du Quartier Général du général de division Heinz Lammerding.
Leur uniforme de parade est noir, la tenue de combat « vert petit pois ». Ils portent le brassard à croix gammée et les runes SS sur le col de vareuse, le calot ou le casque d’acier
De 100.000 hommes en 1940 (Discours du Reichstag par Hitler à la suite de la campagne de France), à la fin de la guerre les effectifs de la Waffen SS seront d’un million d’européens et de 50.000 asiates, Turkmènes, Tatars, Uzbek, Indiens Etc. issus de 30 nations. Les pertes totales furent estimées à 350.000 morts. À la fin de la guerre, la Waffen SS compte 38 divisions dont 18 allemandes : Das Reich, Leibstandarte ou LSSAH, Polizei, Prinz Eugen, Totenkopft, Das Reich etc. ; 2 scandinaves : Viking et Nordland ; 2 belges : Langemark et Wallonie cette dernière commandée par Léon Degrelle ; 6 slaves et centraux dont Handschar et Kama (Musulmanes); 3 baltes ; 2 néerlandaises : Lederland et Nederland ; 1 française : la division Charlemagne forte de 10.000 hommes, qui sera la dernière troupe SS à se rendre. Une trentaine de SS français mettront plus de 60 chars russes hors de combat en défendant le bunker d’Hitler. Répartis dans toutes les unités on estime à 30.000 le nombre des français qui combattront dans la Waffen SS sans compter ceux de la Gestapo et de la police.
Les divisions Handschar composée de volontaire musulmans bosniaque et Kama composée d’albanais musulmans et de Croates bénéficient du soutien de Amin Al-Husseini, mufti de Jérusalem qui s’emploi à mener « le Djihad made in Germany ». Appuyé par le IIIème Reich il espère ainsi « embraser la région à partir de la Syrie » et stopper l’arrivée des Juifs en Palestine suite à la décision Balfour (1917). Ajoutons deux bandes de tueurs responsables d’horreurs sans nom notamment à Varsovie. Ce sont les 6500 russes et ukrainiens de la brigade Kaminski, et la brigade Dirlewanger formée de repris de justice (1064) et de 966 « volontaires » communistes qui furent incorporés à la SS à l’automne 1943.
Une partie de la division SS Totenkopf (Tête de mort) dirige le millier de camps de concentration et la dizaine de camps d’extermination (inclus dans les camps de concentrations les plus importants) après avoir participé activement à la mise à mort d’un million de civils Juif et de communistes, à l’arme à feu en Pologne et en Ukraine avec l’Einsatzgruppen SS (groupe d’intervention). Ce que l’on appellera la Shoa par balles.
La surveillance des camps est lucrative (bijoux, cheveux, vêtements récupérés, location de prisonniers aux usines d’armement Krupp, Flick, Quant, Siemens etc.) L’IG Farben versera 20 millions de Marck pour la « location » de prisonniers durant deux ans.
A Sachsenhausen sur 157.000 détenus furent récupérés 54.000 bagues 52.000 montres, 14.000 bijoux, 170.000 marks, 58.000 dollars, 46.000 pièces d’or, 7 kilos d’or en barre… Ce camp représentant 5% de l’ensemble des camps on arrive à la somme 2.800 millions de marks pour la totalité des camps. Somme que s’est attribué la SS.
Le travail dans les camps de concentration et de travail est d’un rendement dérisoires et les travaux demandés sont exécutés en dépit du bon sens. Jamais d’ailleurs les SS n’exigeront productivité et compétitivité. Dans les camps d’extermination ils élimineront en quelques années plus de six millions d’hommes et de femmes. Y compris des prisonniers de guerre russes et hongrois.
Himmler et les surveillants SS par leur incompétence d’organisateur (l’administration des camps était confiée à des internés repris de justice) une gestion humaine stupide qui élimine des individus en bonne santé capable de travailler tout en en astreignant d’autres à des tâches dépourvues de sens, en s’attribuant du matériel et des matières premières (acier, matériel ferroviaire et roulant, ciment etc.) grandement utile à l’effort de guerre, portent une responsabilité importante dans la défaite allemande. Par exemple, ils élimineront des soldats russes, environ 60.000, sous prétextes qu’ils étaient slaves alors que dans le même temps ils embaucheront des Russes pour leurs usines d’armement.
L’idée que les prisonniers des camps fussent des esclaves est fausse : l’esclave à un prix qui le rend précieux pour son maître. Les Allemands, qui les employaient, tenaient les prisonniers, fussent-ils ingénieurs ou savants, pour des sous-hommes inférieurs à l’esclave. Tout cela fait que en juin 1944, à l’époque du débarquement alliés dans la plus part des unités de la Waffen SS (et Wehrmacht), 30% des matériels étaient hors service et l’on manquait d’hommes et de munitions dans les mêmes proportions. Ajoutons que contrairement à la légende, la Waffen SS au début des combats était d’une valeur très moyenne malgré un armement (chars et armes individuelles) meilleur que celui de la Wehrmacht, ce n’est qu’après s’être battus sur le front de l’Est qu’ils acquerront une certaine valeur tactique.
Il est difficile d’énumérer ici tous les crimes imputables à la Waffen SS. Citons seulement une partie de ceux qui, à la fin de la guerre, constitueront les crimes répertoriés faisant l’objet de procès. La Leibstandarte fusilla pendant trois jours des prisonniers soviétiques en 1942. La SS Totentenkopf fusilla cent prisonniers alliés en 1940 durant la bataille des Flandres. Les soldats SS de l’Einsatzgruppen (2) assassinèrent 500.000 Juifs Polonais et Ukrainiens (Ravin de Babi Yar…). 600 Juifs de Galicie furent assassinés par Wiking, 920 Juifs assassinés par Das Reich à Minsk, sans oublier Tulle et Oradour- sur-Glane. 71 prisonniers US fusillés dans les Ardennes par la Leibstandarte. Partisans yougoslaves torturés et exécutés par SS Prinz Eugen. Meurtre de 64 prisonniers canadiens et anglais par la div. SS Hitler Jugend (des adolescents de 16 et 17 ans) etc. Répressions, tortures, meurtres ont jalonnés les déplacements de la Waffen SS. Sans oublier naturellement leur participation active à la Shoa.(3)
Comment cela a-t-il pu arriver ? (Wie Konnte es geschehen).
Comment tous ces crimes ont-ils pu être commis par des soldats ? Redoutable question que les Allemands durant la période de dénazification au lendemain de la guerre se sont naturellement posés. Nombre de philosophes, d’historien et de chercheurs de tous crins ont tenté d’élaborer une théorie explicative. Hannah Arendt dans son livre « Le système totalitaire » y répond en partie par l’organisation à la fois floue et serrée du système nazi.
Floue parce que les postes de commandement et de décision sont multipliés et démultipliés autour d’une mission unique. Ce qui a pour but de ramener la prise de décision finale au Führer, même pour des vétilles. Serrée parce qu’une discipline de fer corsette la pensée et aboli toute initiative. Le chef, Adolph Hitler, a toujours raison et ne peut se tromper par conséquent tout ce qu’il ordonne doit être exécuté à la lettre sans réticence ni murmure. Befehl ist Befehl (Un ordre est un ordre) dira Eichmann. La notion même de chef (Führer) envahit toute l’organisation allemande, on est chef de bureau, chef de tramway, chef de train et toujours le chef couvre ses subordonnés. Elle attribue la passivité des juifs qui étaient conduit dans les camps par le fait que dès 1933 ils furent systématiquement dévalorisés et progressivement déshumanisés.
On peut représenter le système nazi par trois cercles. Le premier, le plus important en nombre est formé des sympathisants et partisans qui ont infiltré tous les rouages de l’Etat et de la société civile. Le second celui des dignitaires, un millier de fanatiques affectés à des postes élevés et interchangeables servent de courroie de transmission. Le troisième est celui des intimes d’Hitler, une cinquantaine qui prennent toutes les décisions. Ce dernier cercle se trouve considérablement éloigné des réalités et baigne dans une mythomanie où rien n’est impossible.
Malheur à qui contrarie le Führer. Son propre beau- frère le SS général Fegelein sera fusillé sur son ordre le 29 avril 1945 pour avoir voulu quitter le bunker avec sa femme quelques heures avant la fin. Une autre raison tient dans le caractère même d’Hitler, son orgueil, sa mythomanie le porte à ne prendre conseil de personne. Il voit l’avenir sous la forme d’une suprématie de la prétendue race aryenne couvrant toute l’Europe et en particulier les pays de l’Est, berceau supposé des Aryens qui en furent chassés. Il envisage froidement de supprimer Russes et Polonais (170 millions d’individus) pour installer des Allemands et réinvestir ainsi le pays des ancêtres.
Hitler adhère aussi aux divagations ésotériques et puériles d’Himmler.
L’Ahnenerbe (héritage des ancêtres) fondée par Himmler est une organisation pseudo scientifique dont le but est de démontrer la supériorité de la race aryenne et ainsi créer l’Urgermane, l’homme d’essence divine, guerrier invincible, résistant au froid et doté de facultés surnaturelles. L’Ahnenerbe recherchera avec sérieux la religion originelle des Aryens dans les gravures pariétales du Bohusland suédois. La partie médicale de cette Ahnenerbe dirigée par le SS docteur West, recteur de l’université de Munich suit de près les expériences « spéciales » menées par les médecins SS des camps, les Mengele et consort.
Hitler et ses proches approuvent aussi la théorie de la Glazialcosmogonie d’Hörbiger, cosmogonie représentée par une lutte cyclique du feu et de la glace, le mythe de Thulé et d’Hyperborée, celui des êtres souterrains, les Vril-Ya. Autant de fables qui renforcent les certitudes des hauts dignitaires sur l’origine exceptionnelle des Aryens, peuple du froid, et leur hégémonie sur les autres hommes. En tout état de cause les unités de la Waffen SS et de la Wehrmacht envoyées en Russie n’auraient jamais dû souffrir du froid. Des Supérieurs inconnus nés d’une antique civilisation (venus d’Aldébaran selon Himmler) devaient se manifester pour aider les SS à changer l’humanité !
En résumé
La mégalomanie et les convictions idéologiques des dirigeants nazis, l’organisation poussée de l’industrie de la mort à laquelle toute l’Allemagne participera, le mépris des peuples non germaniques, en premier lieu des Juifs, Tziganes et Slaves qualifiés de sous-hommes, l’obéissance aveugle aux ordres car le chef ne peut se tromper, l’éparpillement des centres de décision et leur fractionnement extrême qui décharge chacun de ses responsabilités, sont les bonnes réponses à la question : Comment cela a-t-il pu arriver ?
Ont-ils été punis suite aux crimes de guerre ? Quelques-uns ; trop peu. Lammerding commandant de Das Reich à l’époque d’Oradour sur Glane fut condamné à mort par contumace à Bordeaux en 1948 mais mourut dans son lit en 1971 à Munich et nombre d’officiers SS se sont réfugiés à l’étranger en Amérique du Sud et dans les pays arabes comme l’Egypte. Cependant en Allemagne les crimes de guerre contrairement à la France, sont imprescriptibles. Les meurtriers des 124 habitants de Maillé en Indre et Loire (œuvre de la Waffen SS ou de la Wehrmacht ?) assassinés le 25 août 1945 seront connus un jour ou l’autre.
© Jean-Bernard Papi 2009
Bibliographie :
- Bréviaire de la haine de Léon Poliakov
- Histoire des Français sous l'occupation d'Henri Amouroux
-Historia hors série n°21, n°226,232,231 et 223
- Wikipédia et l'Encyclopédie Universalis ainsi que de nombreuses revue comme la Gazette des armes et les Dossiers Secrets du 3ème Reich.
ANNEXE
(1)Himmler : Capable de fournir un immense travail mais comme un automate routinier, son fanatisme est profond, tumultueux et sincère. Il croit à ce qu’il dit et ne recule devant aucun crime pour réaliser les objectifs que lui fixe son Führer.
« Froid, calculateur, avide de pouvoir, mauvais génie de Hitler, l’individu le plus dénué de scrupules du IIIème Reich » dira de lui le Gal Friedrich Hossbach.
2) Dans les premiers mois de l’année 1942 les groupes d’extermination font leur bilan.
Einsatzgruppe A : 229052 exécutions.
EinsatzgruppeB 45467 Juifs exécutés.
Einsatzgruppe C 95000 Juifs.
Einsatzgruppe D 92000. « Toutes actions réalisées sans incidents » dira Otto Ohlendorf à son procès. Derrière les Einsatzgruppe passent des régiments de SS chargés de compléter l’extermination. En un mois le SS Jeckeln annonce 44125 exécutions.

(3) L’ordre du Führer pour les pays occupé est clair « Il faut détruire sans merci toute opposition passée, présente et future au national socialisme. »

" Le ghetto de Varsovie n'existe plus" Genéral Jurgen Stroop.
Escarmouche d’Organo entre les Français et les Mexicains le 30 décembre 1862. (Guerre franco-mexicaine 1861-1867)
(Rapports du Capitaine Brian pour les Français, et du Colonel Diaz-Miron pour les Mexicains)
Dossier établi par le Sous-lieutenant d’Artiguelongue du 62ème de ligne (photo ci-dessous), peu après l’accrochage auquel il a participé.
On notera le décalage entre les récits français et mexicain, en particulier sur le nombre des combattants et celui des tués et blessés. Le tout se lit comme un roman.( Les chevrons indiquent les campagnes et/ou les blessures. Arriéros : muletier indigène au service de l’armée expéditionnaire.)
On observera que le colonel Diaz-Miron devait se méfier des armées françaises réputées les meilleures armées de l'époque et se méfier en particulier du fusil à canon rayé plus précis que les canons lisses. Les deux rapports semblent donner raison à ceux qui prétendent que la victoire appartient à celui qui la revendique le plus haut.
©Jean-Bernard Papi 2010

1/ Rapport des Français
El Encero le 3 janvier 1863
Mon colonel,
En exécution des ordres qui m’avaient été transmis par monsieur le commandant Cottat, je suis parti de Corofalso le 29 décembre1862 avec trois compagnie du régiment : 1er, 2ème, 4ème du 1er bataillon formant un effectif de : officiers 5, troupe 189, total 194.
Je devais avec huit voitures mexicaines effectuer l’évacuation du poste de Puente National. Les instructions qui m’avaient été données m’avertissaient que les guérillas infestaient la route, et que, en conséquence, je devais prendre toutes les précautions militaires que comportait cette situation.
Je n’ai rien de particulier à signaler pour ma première étape de Corofalso à Plan d’el Rio. Le lendemain 30 décembre je partis à 6 heures du matin pour me rendre à Puente National ma destination ; la troupe était disposée de la manière suivante :
1/ 10 hommes de la 2ème en avant-garde de 80 à 100 pas ;
2/ Le restant de la 2ème compagnie ;
3/ La garde de police composée de trois escouades prises dans les trois compagnies ;
4/ La première section de la 4ème compagnie moins une escouade ;
5 / 4 voitures mexicaines ;
6 / 2 escouades de la 4ème compagnie ;
7/ 4 voitures mexicaines ;
8/ 2 escouades de la 4ème compagnie ;
9/ La 1er compagnie.
Environ une demi- heure après notre départ notre attention fut attirée par les traces récentes d’un gros campement : restants de nourriture, loques etc. Plus loin deux baïonnettes, des cartouches. De plus tous les villages venaient d’être brûlés, je ne marchais qu’entre des débris fumants. Ces indices indiquaient le passage d’une troupe nombreuse à peu de distances devant nous.
Je prévins mon extrême avant-garde de redoubler d’attention et de soins, surtout aux coudes et dépressions de la route qui partout est à peu près la même, un sillon au milieu d’une forêt, le plus souvent impénétrable. Le reste du détachement marchait en main, bien serré.
Après une demi-heure de marche environ, en un point que je sais s’appeler depuis l’Organo, situé entre la Rinconnada qui est à une lieue en avant et Palo Gaccho à une lieue en arrière mon avant-garde reçut du côté gauche de la route une décharge foudroyante. Le fourrier Zaepfell, qui la commandait fut tué roide et un homme blessé mortellement.
Alors éclata, en avant et un peu à gauche, une fusillade des plus nourries. Aussitôt je lançai la 2ème tête baissée et au pas de course, dans l’intérieur du bois. Cette charge vigoureusement enlevée par M le Sous-lieutenant Dartiguelongue, qui commandait la compagnie eut pour résultat de nous dégager momentanément.
Mais j’avais sur la route 8 voitures à garder et à amener à destination ; il était donc prudent de ne pas se laisser entamer par une diversion qui les eût livrées à une vraie attaque car dans ces terrains on ne voit rien, on ne sait où est l’ennemi ; aussi je fis rétrograder mais très doucement.
L’attaque alors se renouvela plus vigoureusement qu’avant, je fis sur le champ reprendre l’offensive à la 2ème et comme l’action était des plus vives, M le Capitaine de la Chaussée se porta à la fusillade laissant le convoi aux 4 escouades de sa compagnie qui s’y trouvaient attachées, et à M de Lauzun dont la compagnie gardait les derrières. Cette diversion dirigée en partant du convoi puis rabattue sur la tête, fut de la plus grande utilité. Il y eut un instant de répit.
Je voulus alors parvenir à mon but ; retourner à mon convoi et le faire marcher ; je simulais une charge pour en finir et essayais de me retirer : une troisième tentative éclata.
Dès lors il n’y avait pas à hésiter ; je n’entendais qu’une maigre fusillade sur mes derrières mais le devant de ma route était si infesté d’ennemis qu’il fallait le déblayer vigoureusement pour passer ; il n’y avait qu’une ressource celle de l’offensive prolongée afin de dégager à fond, j’ordonnais de la prendre avec le plus de vacarme possible.
On s’enfonça dans la broussaille perpendiculairement à la route, puis parallèlement, aussi lestement que les obstacles le permettaient ; tout ce que j’avais sous la main : 2ème compagnie et 1er section de la 4ème compagnie fournit la battue de la sorte aux cris mille fois répété de : Vive l’Empereur ! Accompagnés de l’effet des tambours et clairons. Cette charge poussée à près d’un kilomètre nous dégagea en avant ; on tourna alors à droite pour revenir sur la route en laissant quelques hommes à courte portée dans l’intérieur des fourrés. A cet endroit de la route le hasard nous avait conduits sur une gare des plus favorables.
J’y fis arrêter, et l’on embusqua les hommes derrière un rond-point qui était là, comme exprès pour recevoir les voitures.
Mais au même moment sur les derrières où se trouvait la 1ère compagnie et la 2ème section de la 4ème, l’attaque recommença. On y entendait une très vive fusillade, des cris ; on voyait les Mexicains se rouler aplatis pour traverser la route.
Je voulus faire pour la gauche ce qui venait de réussir à droite, un retour prolongé et, de plus, laisser des embuscades pour attendre que le convoi eut gagné quelque distance.
Je laissais au capitaine de la Chaussée le soin d’organiser les choses en avant et, comme naturellement on était fort mêlés, je pris 40 hommes, les premiers sous la main. Je les mis sous le commandement de M le sous-lieutenant Stéphanopoli avec l’ordre de revenir en arrière au pas de course le long de la route , en rasant les bois, puis de se jeter dans l’intérieur, mais obliquement au-dessus de l’attaque, comme pour tourner et l’enlever aux cris plusieurs fois répété de : Vive l’Empereur ! car ce cri anime tous les hommes ; il devait rendre courage à ceux que l’on dégageait au cas où leur position eut été délicate, enfin, il devait faire lâcher pied à l’ennemi.
Cette charge sur la gauche fut poussée à fond ; j’en dessinais une deuxième pour occuper mon monde, le tenir en animation et surtout donner aux voitures le temps de partir, ce qu’elles firent, moins la dernière où une mule blessée causait les plus grands embarras.
En attendant la mise en état de cette voiture et son départ, je fis des retours bien accusés, mais immédiatement arrêtés, pendant que le clairon continuait à sonner ; en même temps on ramassait les blessés, les morts, on les chargeait, moins un seul que je n’ai pas eu le bonheur de faire retrouver dans ces terrains si couverts où l’homme échappe. Au retour j’ai rencontré ce malheureux sur la route ; il n’était pas mutilé on l’enterra sur le champ.
Tel est l’ensemble de l’affaire, mon colonel ; elle a été bien rude, bien acharnée de la part de l’ennemi qui semblait regarder le convoi comme une prise assurée, comme une proie que la fortune lui jetait au passage.
Je ne puis vous préciser le chiffre des attaquants, mais les rapports les plus modérés les portent de 600 à 800 hommes, qu’on m’a dit être des réguliers commandés par Diaz-Miron. La tenue en blanc était uniforme et les fusils avec baïonnettes uniformes aussi. Pour moi je n’hésite pas à accepter au moins ce chiffre en raison de la ténacité, de la durée de l’affaire et des groupes qui, coup sur coup, venaient à la fusillade. Nous n’avons jamais fait que prendre l’offensive et cependant il nous a été impossible de dégager la droite et la gauche avant une grande heure de combat.
Un peloton de cavalerie, fort de 50 à 60 hommes se tenait à cheval sur la route, vers Puente Nacional hors de portée, attendant le résultat de l’affaire. Pour la mener à bonne fin, il nous a fallu enlever deux lignes successives d’embuscades en pierres sèches, espèces de taupinières à ras de terre, recouvertes de broussailles, et d’où les mexicains tiraient à coup sûr, certains d’avoir une issue en arrière de ces abris ; l’endroit avait été solidement disposé ; à notre retour je l’ai encore fait remarquer à tous les contingents du détachement.
La rencontre a donc été des plus sérieuses ; mais j’avais avec moi d’excellents officiers dont l’honneur et la bravoure ont éclaté aux yeux de nos petits fantassins qui en étaient à, leur premier coup de feu.
Comme toujours, le cœur de nos hommes a répondu vivement aux élans généreux qui leur étaient inspirés. Capitaines et sous-lieutenants ont enlevé leur monde carrément et si, après le combat, les hommes ont crié « Vive les officiers », les officiers à leur tour pouvaient féliciter chaleureusement leurs soldats. je ne citerai donc personne parmi les officiers. Il y a de nobles services à récompenser, je le sais, mais je sais aussi, Mon Colonel, que je ne puis faire mieux qu’abandonner ces messieurs à toute votre bienveillance ; c’est la meilleure garantie que je puisse leur donner.
Dans la troupe, je citerai :
Salmon, sergent major de la 1ère, grand entraînement.
Rougier, soldat à la 2ème, soldat bien dévoué, gravement blessé en ramenant un de ses camarades, moral très-élevé ;
Plumiau, soldat à la 4ème, quoique blessé sérieusement à la cuisse, n’a pas voulu être emporté avant l’issue de l’affaire et tirait toujours.
Bauer, sergent à la 4ème sous officier âgé mais rempli de vigueur comme un jeune homme.
Cosson, soldat à la 2ème, 3 chevrons, grande bravoure, bel exemple aux jeunes soldats.
Harmand, soldat à la 1ère. Toujours en avant de sa compagnie.
Devèze, soldat à la 2ème, a eu les cuisses traversées en marchant bravement.
Filias, soldat à la 4ème. Tombe dans une embuscade, s’est vigoureusement servi de sa baïonnette.
Tous ces hommes, selon moi, mériteraient des récompenses signalées.
En outre, j’aurai l’honneur de vous remettre une liste d’hommes qui mériteraient bien les compagnies d’Elites avec un beau libellé.
Je ne puis pas non plus, Mon Colonel, ne pas mentionner la conduite fort digne des deux majordomes du convoi :
Dastas, 1er majordome qui a été blessé gravement à la main.
Pourrière, 2ème majordome qui s’est occupé de la dernière voiture si gênante.
De plus, un arrièros, attaché au convoi, a fait très –bravement le coup de feu, c’est un garçon qui a du cœur, le nommé Martinez.
Je crois que ces trois personnes mériteraient au moins une parole des plus flatteuses.
J’arrive enfin au chiffre de nos pertes : 7 tués, 5 blessés, total 12 hommes hors de combat. Ce sont des pertes sensibles mais qui semblent encore modérées lorsque l’on songe que le détachement avait à faire à des forces si supérieures que l’ennemi assassinait en quelque sorte d’un terrain bien étudié et préparé. Et, cependant en dépit d’avantages si considérables il a été débusqué et dispersé. Ses pertes d’après les rapports les plus modestes sont de 40 à 50 hommes tués ce qui fait supposer un nombre de blessés fort important.
Plusieurs ont été tués à la baïonnette tout proche des voitures, car il y avait de la part de l’assaillant une audace qui tenait, je crois, à la certitude qu’il avait de nous enlever.
De plus, pendant l’affaire, huit mules de renfort libres, effarées par la fusillade, ont pris la fuite dans les bois. Deux mules ont été blessées aux voitures ;
Enfin le convoi a été mis en marche doucement, avec ses blessés, ses morts chargé, moins celui qu’il a été impossible de trouver. Nous sommes repartis avec une belle contenance, sans précipitation ni tapage, comme des gens qui ne s’en vont pas mais qui marchent à leur destination ; on se tenait sur ses gardes, prêt encore à montrer vigoureusement les dents, car la troupe était fière d’elle- même et dans l’état moral le plus brillant ;
Mais il n’y eut que des coups de fusils isolés qui ne méritaient pas la riposte. Nous sommes arrivés à Puente Nacional vers 1heure ½.
Pour mon retour outre la mort de trois malades de l’hôpital, 1 homme du 51ème de ligne et 2 zouaves, je n’ai qu’un fait à signaler : à la Rinconada, j’ai envoyé une corvée à l’eau sous la protection d’une section du 62ème et d’une section de zouaves, elle a été accueillie par un feu de 30 à 40 fusils déchargés à la fois ; un zouave a été contusionné ; le terrain ne permettait pas de donner la chasse à ces quelques bandits.
J’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect, Mon colonel, Votre très –humble et très-obéissant serviteur.
P de Brian, Capitaine au 62ème de ligne.
2/ Traduction du rapport du Colonel Diaz-Miron (transmis au Général Ortéga, Commandant de l’Armée d’Orient.)
Armée d’Orient
Général en Chef.
Citoyen Ministre,
Le colonel Manuel Diaz-Miron, Commandant militaire de l’état de Vera –Cruz, par dépêche du 31 du mois dernier, datée d’Actopan, m’écrit ce qui suit :
« Ayant reçu avis qu’avant-hier, il était arrivé à Plan d’El Rio, un convoi venant de Jalapa avec vingt voitures vides et escortées par une force française assez considérable, je me mis en mouvement dans la nuit du même jour, avec une troupe dans le dessein de surprendre l’ennemi, ce qui ne put avoir lieu parce qu’une partie des troupes qui devaient commencer l’attaque en tombant sur les derrières du point désigné, s’égara en chemin et n’arriva pas à temps.
Prenant alors le parti de me retirer dans la matinée, je suivis la route nationale et vint prendre position à un point de cette route appelé Organo. Là j’embusquais mes forces disposant de l’autre côté de la route quelques soldats également embusqués et qui devaient ouvrir le premier feu pour attirer l’attention de l’ennemi pendant que le reste tomberait sur ses derrières. Un peu plus en avant je répartis 150 hommes des deux côtés destinés à déboucher et à faire face à l’avant-garde pour la contenir pendant que, d’une autre part, on harcellerait le centre.
A 7 heures du matin, l’ennemi apparut. Dès qu’il fut à hauteur de nos embuscades celles –ci ouvrirent sur lui un feu très-vif dont la précipitation l’empêcha de pénétrer plus avant et par suite de se compromettre davantage. Aussi eut-il le temps de former des colonnes d’attaque et de détacher des tirailleurs qui se lancèrent dans l’intérieur du bois et ouvrirent le feu sur nous. Le combat prit alors un autre aspect. Nos troupes cependant se maintinrent dans leurs positions soutenant le feu pendant deux heures et sortant même presque toutes pour se battre à découvert. C’est alors que déboulant par la route nationale la troupe qui s’était égarée dans sa marche sur Plan d’El Rio, et qui arrivait par cette même route ouvrit sur les derrières de l’ennemi un feu très- vif qui introduisit la confusion dans ses rangs et lui fit promptement lâcher pied. A ce moment mon escorte à cheval chargea, mais elle dut se retirer à cause de sa faiblesse numérique, après avoir perdu quelques chevaux. Pendant ce temps les voitures suivaient rapidement leur chemin chargées de morts et de blessés que les Français enlevaient à mesure qu’ils tombaient, laissant partout des traces de sang. Ma troupe parvint à enlever 10 mules du convoi et en quittant le lieu de l’action on recueillit deux morts du 62ème l’un d’eux officier ou chef, quelques fusils rayés d’infanterie, des baïonnettes et des havresacs.
Dans cette rencontre nous avons eu cinq morts, seize blessés (dont 2 officiers) et douze disparus. La perte des Français peut s’évaluer à 60 hommes hors de combat.
J’éprouve la plus grande satisfaction à vous donner connaissance de ce fait d’arme et je dois ajouter que ce combat acharné a notablement amélioré le moral de nos troupes. Durant l’action, on a vu des traits de valeur et des luttes corps à corps qui font honneur aux défenseurs de l’Indépendance que j’ai eu l’honneur de conduire au combat.
Le nombre de nos combattants était de 500 hommes tandis que l’ennemi en comptait 1200, la plus grande partie du 62ème de ligne.
J’ai laissé une force imposante pour intercepter la route et couper la communication. Pour moi, je suis venu occuper avec le reste de ma troupe ce point qui est plus à même de fournir à notre subsistance.
Je pense faire d’autres mouvements dont je vous parlerai ultérieurement.
Telle est la relation des faits que j’ai l’honneur de soumettre à votre haute appréciation. »
Liberté et réformes,
Quartier Général à Saragoza, le 21 janvier 1863
J.G Ortéga
Ordre du régiment :
Trois compagnies du régiment, la 1ère, 2ème et 4ème du 1er bataillon, formant un effectif de 200 hommes et allant effectuer l’évacuation de Puente Nacional ont été assaillies le 30 décembre par des forces bien supérieures qui les attendaient dans des positions choisies et fortifiées entre Plan Del Rio et la Rinconada.
Après un combat très vif de plus d’une heure, nos ennemis culbutés dans tous les sens ont dû prendre la fuite laissant un grand nombre de morts sur le terrain. Nous n’avons eu à regretter que la perte de sept braves, entr’autres du fourrier Zaepfel et du caporal Nasich.
M le capitaine de Brian qui commandait le détachement a montré dans cette occasion l’intelligence et l’énergie que le Colonel attendait de lui. MM les capitaines de la Chaussée, les Sous-lieutenants Dartiguelongue, Stéphanopoli, Vidal de Lauzun ont enlevé leurs troupes avec vigueur et celles-ci ont répondu à l’appel de leurs officiers avec un élan qui leur fait le plus grand honneur.
C’est un beau début pour le 62ème de ligne sur la terre du Mexique.
Tout le monde a donc fait noblement son devoir mais le Colonel est heureux de pouvoir citer d’une manière particulière les sous-officiers et les soldats dont les noms suivent :
1ère Cie : Salmon Sergent major
« : Harmand Fusilier
2ème Cie : Rougier ‘’ blessé
Cosson ‘’ ‘’
Devèze ‘’ ‘’
3ème Cie : Bauer Sergent
: Plumiau Fusilier Blessé
: Filias ‘’
Le colonel s’empressera de faire valoir, comme ils le méritent, les droits à des récompenses de ceux qui lui ont été signalés comme les plus méritants.
Jalapa, le 5 janvier 1863
Le Colonel Aymard
Ordre général
Le Général en chef a encore un nouveau fait d’armes à faire connaître au Corps expéditionnaire. Il s’agit d’un rude combat livré par quelques compagnies du 62ème de ligne le 30 décembre dernier et dont le rapport ne lui est parvenu qu’hier par suite des difficultés qu’ ont présenté les communications de la colonne, sous les ordres du Général Bazaine, avec le quartier général.
Le 30 décembre , 3 compagnies du 62ème sous les ordres du Capitaine de Brian se rendaient de Jalapa à Puente Nacional pour protéger l’évacuation de ce poste, lorsque arrivé au point nommé l’Organo entre Palo-Gaccho et la Rinconnada elles furent vivement attaquées par les troupes mexicaines au nombre de 800 hommes environ, commandées par Diaz-Miron ; l’ennemi s’était fortement retranché derrière des abris en pierres sèches couvertes de broussailles, et ce ne fut qu’après une heure de combat que les Mexicains chargés à la baïonnette furent délogés de leurs embuscades et dispersés dans toutes les directions sous les yeux de leur chef qui se tenait prudemment hors de portée avec sa cavalerie.
C’est la deuxième fois que, sur le même terrain où s’est livré le combat du 3 novembre, Diaz-Miron a vu ses bandes occupant de fortes positions ont fui devant une poignée de nos braves soldats ;
Le général en chef est heureux de saisir cette nouvelle occasion de signaler l’entrain avec lequel nos soldats abordent des forces bien supérieures et établissant, ainsi qu’ils l’ont fait de tous temps leur supériorité dans l’attaque.
Les militaires appartenant à ces 3 compagnies du 62ème qui se sont le plus particulièrement fait remarquer par leur énergie et leur courage dans cette affaire qui leur a coûté 7 hommes tués et 5 blessés sont :
MM de Brian, Capitaine Commandant le détachement, qui dû n’éprouver aussi peu de pertes qu’à ses bonnes dispositions et à la vigueur avec laquelle il a fait attaquer la forte position de l’ennemi.
de la Chaussée Capitaine, Stéphanopoli, Dartiguelongue, Vidal de Lauzun, Sous-lieutenants, ces 4 officiers ont enlevé leurs soldats avec la plus grande vigueur.
Salmon, Sergent Major
Bauer, Sergent
Filias, fusilier est resté au feu étant blessé,
Cosson ‘’ grièvement blessé
Rougier ‘’ ‘’
Plumiau ‘’ ‘’
L’ennemi a laissé sur le terrain 50 morts et a eu un grand nombre de blessés ;
Au quartier général à Orizaba le 26 janvier 1863
Le Général Commandant en chef
Forey.
Ordre général N°2
Le Général commandant en chef le corps expéditionnaire du Mexique porte à la connaissance des troupes qu’à la suite du combat de l’Organo (30 dec. 1862) il a conféré provisoirement en vertu des pouvoirs qui lui ont été dévolus par le décret impérial du 21 juillet 1862, les décorations ci-dessous désignées au 62ème de Ligne :
1° La croix d’Officier de la Légion d’honneur à M de Brian de Foussière Fonteneuille, Capitaine ;
2° La croix de Chevalier à MM de la Chaussée, Capitaine ;
Dartiguelongue Sous –lieutenant ;
3° La médaille militaire aux nommés :
Salmon, Sergent major
Bauer Sergent
Filias Fusilier
Harmand ‘’
Rougier ‘’
Plumiau ‘’
Au Quartier Général à Orizaba le 27 janvier 1863
Le Général Cdt en Chef
Forey
PCC Le Chef d’Etat major de la 1ère division
Signé Lacroix
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Autour du journal « Les Tablettes des deux Charentes »…
J’ai sous les yeux deux rescapés du tout début du XXème siècle, deux exemplaires de « Les Tablettes des deux Charentes », abandonnés sur le haut d’une armoire depuis bientôt cent trois ans ! Ce qui m’oblige, par parenthèses, à douter de l’efficacité des différentes femmes de ménage de la famille.
Leur date de parution ? Mardi 18 février 1908 et jeudi 20 février 1908 ; en 1908 Les Tablettes… affichent déjà 101 ans de publication ! Ce à quoi peu de journaux actuels peuvent prétendre, mis à part Le Figaro qui se targue d’être né sous Charles X (vers 1830). Le premier numéro des « Tablettes» est donc né en 1807, sous Napoléon 1er. Ceux qui sont en ma possession portent les numéros 20 et 21 de l’année 1908. Chaque numéro parait les mardis, jeudis et samedis pour la somme de 10 centimes (1) en Charente-inférieure, et 15 centimes ailleurs. (Remarquez que sur « Les Tablettes des deux Charentes »: « les mardi, jeudi et samedi » s’écrivent alors sans s, par contre la locution « deux Charentes » porte la marque du pluriel.)
« Les Tablettes des deux Charentes » se déclarent ouvertement journal politique. L’administration et la rédaction siègent 123 rue Chanzy à Rochefort et l’agence Havas est chargée de le pourvoir en annonces. Le journal se compose d’une feuille de papier fort pliée au format « Cavalier » soit 62cm par 46cm, un format imposant et peu pratique qui n’offre que 4 pages au lecteur. L’écriture serrée est imprimée à la presse, peut-être en Didot, les titres sont en gras d’une taille variable allant jusqu’au centimètre pour les plus gros. On compte six colonnes par page, les articles courts sont séparés par un saut de ligne ou un trait gras, il n’y a pas de logique particulière qui place un article par rapport à autre, sauf peut-être la nécessaire économie de papier. Voila pour la présentation.
La première page, la Une, comporte des informations d’ordre général couvrant le monde, la France et ses colonies. On y relève par exemple que Pittsburg est sous les eaux et que 20.000 hommes sont de ce fait au chômage, qu’à Calcutta 10.630 soldats ont été envoyés contre les Zakka-Khels, une tribu indienne en révolte contre l’Angleterre, qu’en Chine des rebelles ont pillés des écoles catholiques et massacrés plus de cent élèves, qu’au Maroc Moulay Hafid a adressé aux corps diplomatiques une demande pour mettre fin aux opérations militaires dans la région de Casablanca, et qu’enfin le calme étant complètement rétabli à la frontière algérienne, le général Lyautey va quitter son poste pour venir à Paris.
En France, M. Ribot député du Pas-de-Calais (2) a démontré, au Palais Bourbon, l’inanité et le péril de l’impôt sur le revenu que propose le ministre Caillaux. (L’impôt sur le revenu est en discussions à la Chambre des députés, il ne sera voté qu’en 1914 et institué en 1917). M Ribot rappel les multiples tentatives d’amélioration fiscales qui sont tombées à plat « Votre préoccupation est d’atteindre les riches, souligne-t-il, mais croyez vous que la situation des gros fermiers soit très enviable ? Un gros fermier qui paye aujourd’hui 100 francs va en payer 700 ou 800. » M Ribot reproche vivement à M.Caillaux d’avoir déchaîné les passions contre « les privilèges bourgeois » « Vous créez l’instrument, vous ne voulez pas en abuser, soit ! Mais d’autres demain en abuseront et vous en aurez la responsabilité… »
Les lois sociales de la république, observent Les Tablettes des deux Charentes « n’ont pas beaucoup de succès. La loi sur l’assistance des vieillards aboutit manifestement à des résultats dérisoires tout en coûtant fort cher. La loi sur le repos hebdomadaire ne peut encore trouver le moyen de se mettre sur pied et son application est vite devenue la chose la plus complexe du monde. » Le journal observe également que le régime des retraites ouvrière à l’étude parait sous évalué financièrement par les députés.
M Clémenceau, président du conseil confie à un sénateur de droite : « Nous marchons vers la guerre avec l’Allemagne, l’Angleterre l’exige. » (Rapporté par M. Oscar Havard.)
La gendarmerie est menacée d’être rattachée au Ministère de l’intérieur dans le cadre des économies à réaliser sur le budget. Le général Bourrely rédacteur de l’article, et les officiers de la gendarmerie s’y opposent. Ils dénoncent le manque de candidats gendarmes et notent que les soldes sont peu attractives et qu’en outre « les gendarmes s’habillent à leurs frais et achètent leur monture ». Le général Bourrely ne croit pas en la vertu d’une école pour la gendarmerie lui préférant une augmentation substantielle des soldes. Il précise qu’un projet de gendarmerie mobile de 2000 hommes destinés au maintien de l’ordre en province est à l’étude.
Les jeunes filles réclament des places. Les Tablettes font remarquer que pour vider les institutions religieuses on a créé des collèges et lycées pour les jeunes filles sans qu’elles aient la moindre perspective d’avenir leurs diplômes obtenus. En 1908, 34.262 élèves sont présentes dans les classes du secondaire Le journaliste écrit « On est loin des railleries, des critiques qui au début accueillirent les premières fillettes osant se risquer dans un établissement secondaire. » Pour obtenir leur place dans la société elles ont constitué une association… Ce mouvement féministe, conclut le journaliste, promet vraiment d’être fort intéressant. »
La Une se termine par l’inévitable feuilleton, ici deux chapitres, de : Le Prix du Sang par Jules Mary.
Dans ses pages intérieures Les Tablettes des deux Charentes consacrent une large diffusion aux promotions, nominations en France et dans les Colonies. Concernent les médecins de la marine, les marins, officiers et sous-officiers et fusiliers-marins de Cherbourg, Rochefort, Brest et Toulon. Elles comprennent également les listes d’embarquement des matelots, sous officiers et officiers ainsi que les mariages, décès et naissances chez les officiers et édiles de la région. En cela Les Tablettes est un média parfait qui s’adresse avec pertinence à ceux qui sont concerné expressément. On y apprend aussi qu’une explosion de chaudière sur le Jeanne d’Arc a fait plusieurs morts et qu’il s’agit du deuxième accident de ce genre. Sur plusieurs bâtiments dont « La Patrie », les tubes des canons de 47 se décollent. …M le médecin de 1ère classe Amédée-R, H Brochet est nommé Médecin Principal (4)…
Il est écrit aussi que les Indo-Chinois, en Indo-Chine pourront accéder au même titre que les Français aux emplois administratifs, judiciaires et aux offices publics et aux grades dans l’armée indigène à compétences égales. (Courrier d’Haïphong).
Une sorte de fourre-tout La Chronique rassemble un certain nombre d’articles supposés ne pas correspondre et/ ou correspondre à l’optique des Tablettes (Catholique et antidreyfusarde) Ainsi le journal voit d’un mauvais œil le ministre de la guerre, le général Picquart (voir l’affaire Dreyfus), qui a mis à pied un officier de la garde républicaine, le lieutenant Herbelot, lequel était allé serrer la main d’un prévenu antimilitariste à l’issue d’une audience en correctionnelle. A Brest « Les républicains …émettent le vœu que l’union la plus complète des amis de l’ordre contre l’ennemi collectiviste se fasse sur son nom. » (Sur le nom du sénateur Delobeau.) A Brest le capitaine d’infanterie coloniale Paul Marabail vient de soutenir une thèse en Sorbonne pour le doctorat d’Université portant sur « Le cercle de Cao Bang » (3).
A Niort Depuis lundi matin, les ouvriers maçons et tailleurs de pierre sont en grève : ils demandent une augmentation de 25% sur le salaire actuel de la journée de onze heures ou 30% d’augmentation et la journée de dix heures.
Au théâtre de Rochefort les 20, 21, 22, et dimanche 23 représentation de Cyraunez de Blairgerac, pièce satirique en 1 acte et en vers. Au cours de ces soirées, débuts de M Mmes Mareuil 1ere chanteuse légère d’opérette et Lornay chanteuse de genre et satirique. Prochainement Mme Barthel chanteuse grivoise ( ?) à voix, de la Cigale.
Monsieur Léon Daudet éreinte La vie de Jeanne d’Arc d’ Anatole France : « Naufrage du talent, de l’esprit, du cœur, naufrage de tout. Ô châtiment !... » écrit-il (Anatole France y est qualifié de maître dreyfusard).
La quatrième page comporte essentiellement le coût des denrées, céréales, foin etc sur les marchés locaux et nationaux, le service du chemin de fer au départ et à l’arrivée de Rochefort, les adjudications et les annonces payantes ainsi que les publicités. Publicité pour des remèdes certifiés excellents (dont un malade d’aujourd’hui ferait bien de se garder).
En conclusion, quelle opinion peut-on se faire quant à la véracité des faits qui sont exposés dans Les Tablettes ? Difficile à dire, sauf à vérifier chaque article et encore. La phrase de M. Clémenceau relative à la guerre contre l’Allemagne voulue par l’Angleterre fait froid dans le dos six ans avant l’attentat de Sarajevo et le début de la Grande Guerre ; comme dans n’importe quel journal il y a une part d’omissions voulues et plusieurs parts de pseudos vérités difficiles à déceler, ce qui ne peut faire de toute façon l’objet de cet article. Enfin, n’y a-t-il pas dans cette courte évocation de la « Belle époque » à travers « Les Tablettes des deux Charentes » comme un parfum d’aujourd’hui ? On y aborde les mêmes sujets en des termes bien peu différents, preuves que les soucis de nos aïeux ressemblaient fort aux nôtres.
Jean-Bernard Papi 01/2011
(1) En 1908 cent cartes de visites de bonne qualité valaient 1 franc, soit à peu près pour cent cartes de visite 25 € d’aujourd’hui ce qui ramène « Les Tablettes des deux Charentes » à 2,5€.
(2) Alexandre Ribot 1848-1923, polytechnicien, député puis sénateur: « Ribot, savez-vous ce que j'ai rêvé de vous cette nuit ? Un rêve bien pénible. Je vous voyais au purgatoire car vous n'irez pas en enfer. Vous êtes un brave homme. Vous n'irez pas non plus directement au ciel, vous n'êtes pas parfait. Vous étiez donc au purgatoire où vous enduriez de cruels tourments : vous aviez à côté de vous un ange qui vous disait tout le temps du bien de vos amis. Vous souffriez horriblement. » M Caillaux (Mémoires) voir Wikipédia pour plus de détails.
(3) Cercle : région administrative et militaire d’une zone frontalière avec la Chine.
(4) voir mon article dans www.jean-bernard-papi.com : Alain-Fournier s’est il (réellement) inspiré d’Yvonne de Quièvrecourt pour décrire Yvonne de Galais, personnage principal de son livre « Le grand Meaulnes » ?